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(Jeanne)


Son nom, les six lettres le composant, se répercutant avec écho dans la pénombre salle, qui ne semblait plus si grande tout d'un coup, ses objets innombrables la rendant plus étouffante que réconfortante.

« Jeanne ! » Ce simple mot lui provoqua un frisson. La voix de Timothée, d'ordinaire si placide et cassante s'était chargée d'émotion, et l'adolescente compris immédiatement que c'était mauvais signe. Même lui, si peu réceptif qu'il soit à tous les signaux émotionnels qui lui étaient envoyés, avait saisi en un regard que quelque chose n'allait pas.

Jeanne eu envie de crier. Non ! Non ! Elle ne voulait pas, pas devant cet imbécile perdre sa contenance, son personnage qu'elle aimait tant et qu'elle rêvait un jour devenir elle. "Jeanne" était sûre d'elle, elle se savait intelligente et peut-être jolie; elle était toujours pleine d'énergie et malicieuse, prenant un malin plaisir à embêter Timothée et toujours prête à écouter aux portes ou chiper quelque chose aux cuisines. Parfois, on la prenait la main dans le sac, mais elle était Jeanne après tout, trop adorable pour qu'il lui arrive quoique ce soit de plus qu'une réprimande avec un léger sourire – « un sourire de pitié, parce qu'il savent », lui susurrait une voix au fond d'elle, « tout le monde sait ce qu'il t'attend ».

Jeanne avait tellement rêvé d'être cette fille, la peste à laquelle tout le monde fini par s'attacher, qui avait des chaussettes hautes et des barrettes pailletées dans les cheveux et qui trainait dans les couloirs du lycée avec ses amies en jugeant à voix basse les gens autour d'elles, sans oublier de glousser par intermittences. Souvent, elle s'était dit : peut-être, peut-être qu'un jour je serais tellement libre que je ne m'en rendrait même pas compte, moi aussi, peut-être que si j'attends un peu, la chance tournera en ma faveur. Mais à présent, tout s'était effondré : la vie n'avait plus rien à lui offrir.

Au final, face à Timothée, elle était bien loin de la fille de ses rêves. Ses cheveux plus emmêlés que jamais, son gilet en laine mal boutonné et ses yeux, affreusement gonflés et rougis mais desséchés après ces journées entières à pleurer. Elle sentit Timothée se crisper, elle senti le malaise des jumeaux, ces imbéciles qui l'accompagnaient, pourtant, c'est d'une voix pleine d'un entrain surjouée qu'elle lança :

Thimy ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?! Et pourquoi les as-tu emmenés, eux ?

- Ils connaissaient le chemin, il pinça les lèvres, il n'aimait pas avouer son ignorance, J'ai besoin de... mettre en sécurité certaines choses.

La jeune fille se rendit tout à coup compte que Timothée devait être aussi blême qu'elle et qu'il semblait plus faible qu'à l'ordinaire. Elle chercha machinalement dans sa poche, n'avait-elle pas un biscuit ou une barre de chocolat à lui donner ?

Le blond se tourna alors vers la fille aux yeux verts et à l'air farouche qui portait un sac semblant bien lourd – mais son teint était chargé de soleil, ses réflexes vifs, ses dents en bon état, son corps musclé et ses yeux encore plein de vie, notait Jeanne.Cette gamine était encore en sacré bonne santé. « Cela ne durera pas », se surpris-t-elle à penser avec un plaisir mal placé.

- Pose ça là, C26, ordonna Timothée, Et surtout, s'empressa-t-il d'ajouter, DOUCEMENT.

La gamine eu une petite moue, cassée dans son magnifique élan de fracasser ce sac qui lui avait brisé le dos tout le trajet. Elle s'exécuta docilement, cependant, elle était bien dressée.

- D'ailleurs, comment vous connaissiez cet endroit vous ? lança Jeanne d'un ton accusateur aux jumeaux.

Le garçon était toujours aussi silencieux- ah oui, la télépathie- et c'est la fille qui répondit avec son ton un peu agressif, elle n'appréciait visiblement pas la plus âgée:

Sacha et SachaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant