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(PDV Sacha, le frère)


Une file où l'on se bouscule. Un décor constitué à 90 % de plastique dont les coloris vont de bleu à blanc. Des néons offrant une lumière blanchâtre. Le bruit métallique des couverts s'entrechoquant. Les murmures des conversations. Une odeur âcre de nourriture industrielle sans la moindre trace de sel.

Je n'aurais pas imaginé l'endroit appelé « réfectoire » comme cela. Mais il est pourtant ainsi et porte, en conséquence, bien son nom.

Un garde nous y a conduit environ une heure après l'arrivée des autres garçons dans le dortoir et ma première conversation avec Félix. Le gardien a tambouriné à la porte en criant pour nous faire sortir, et nous a dit de nous mettre en rang. Suivant les autres qui avaient l'air d'agir comme des automates, j'ai parcouru les innombrables couloirs en essayant de les observer au maximum pour pouvoir me souvenir du chemin. Cependant, je en comprends pas comment font les autres qui ont l'air de s'y repérer comme dans leur poche. À mes yeux, ces longs corridors sont quasiment tous identiques. Tellement, qu'au bout d'un moment, je me suis demandé si nous ne tournions pas en rond, et j'ai été soulagé quand nous sommes arrivés devant la porte du réfectoire.

La file avance à rythme régulier, et quand vient mon tour, je saisi une assiette toute chaude sur une table collée au mur, où se découpe une trappe servant probablement à faire passer les repas. Les aliments contenus dans l'assiette me rappellent grandement ceux de la cantine. De la purée. Des trucs verts qui ressemblent de près ou de loin à des brocolis. Un sorte de morceau de caoutchouc marron sûrement censé être un bout de viande. Bon bah... je pense que c'est parti pour manger « cantine du collège » 7/7 j.

Je cherche du regard un endroit où m'assoir. Les garçons se sont installés en petits groupes, certains silencieux, d'autres parlant de choses et d'autres comme si l'endroit où nous nous trouvions était parfaitement normal. 

Moi, je reste planté là, avec mon plateau, sans réellement savoir où prendre place, quand quelqu'un me met un léger coup de coude dans les côtes pour attirer mon attention. Je me tourne, et vois Félix qui m'indique d'un mouvement de tête des chaises vacantes. Non content de pouvoir discuter avec quelqu'un (même si, entre nous, cette personne est un peu bizarre), je le suis. 

Nous nous installons l'un en face de l'autre, et, voyant que j'examine mon assiette avec suspicion, il me dit d'un ton neutre :

- Ne t'inquiètes pas, s'ils avaient voulu te tuer, ils l'auraient déjà fait bien avant.

- Tu es sûr que ce n'est pas drogué, ou je-ne-sais-quoi ?

- Sûr et certain. Pourquoi ? s'enquit-il avec un intérêt soudain, À l'extérieur la nourriture ne ressemble pas à ça ?

- Euh... si. Mais comme on est dans un laboratoire, je me disais... je commence devant sa mine perplexe, En fait, laisse tomber.

Le silence s'installe, mon interlocuteur ne voulant apparemment pas relancer la conversation, ce qui est assez gênant. 

Je fais des dessins dans ma purée, sans pour autant me décider à l'ingurgiter. Félix non-plus ne mange pas. Il regarde avec attention derrière moi, la file d'adolescents qui arrivent, en fronçant les sourcils. Je m'apprête à lui demander s'il y a un problème quand une voix m'interpelle :

- On peut s'assoir ici ?

Je me retourne vivement et doit faire un effort pour ne pas balancer ma chaise à l'autre bout de la salle et lui sauter au cou.

- Sacha !!!

Elle sourit et pose son plateau à côté du mien. Je bondis de ma chaise et nous nous rejoignons en une étreinte fraternelle. Puis je m'écarte, tout en gardant mes mains sur ses épaules et je la parcours rapidement du regard.

Sacha et SachaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant