33.

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(Sacha, le frère)


Parfois je me rappelle. D'avoir vaguement entendu une voix criant mon nom puis d'avoir été déplacé par des ombres immenses alors que mon corps s'était décomposé. Peut-être ai-je voulu dire quelque chose ? Peut-être ai-je vu quelque chose ? Comme le plafond qui défile, les centaines de néons qui s'enchaînent devant mes yeux et dans le mur. Je crois que j'ai respiré, longuement, et brûlé de l'intérieur. Peut-être étais-je d'accord et que j'ai éteint moi-même mon regard.

Peut-être pas.

**

Les vitres sont immenses je veux les toucher. Je n'ai pas le droit. Un peu colorées, du vert. Leur bleu malade comme celui accroché sur le mur, là. Bleu malade et obsédant, je le regarde. Ne peux en détacher mes yeux, dans un univers monochrome et maniaque. Je tends le bras vers les vitres, qui sont un écran, là, sur le mur. Mon pied ricoche, je tombe et avale. Ma salive. Lève la tête et fixe encore. Bleu malade, - vert. J'attends, le sol est chaud et ronronne. J'écoute mon cœur, le voile tombe et le vert-vitre disparaît.

J'oublie quelque chose.

**

J'ai quelque chose dans la main. J'ai quelque chose sous cette main, en fait. C'est un bouton. Et je dois appuyer dessus. Il est lisse, ça change. De quoi ? Aie. Mes doigts se tendent et se crispent, j'ai mal. Pas assez vite, pas assez vite. De quoi ? Les couleurs défilent, elles contiennent des formes. Ma tête est chaude, mon crâne n'est pas seul, ils m'en ont mis un deuxième - usage unique et répété. Un deuxième plein de trous comblés par des fils infinis qui apportent la peur et aspirent mes idées. Je dois appuyer, appuyer, appuyer. Je dois tracer ce qui ne va ou pas. De quoi ?

Aie. Mes doigts se tendent et se crispent, je vois la vitre et je n'ai plus mal.

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J'ai construit quelque chose. Il y a longtemps. Dans cette pièce. Ou une autre. J'ai construit une chose qui papillonne des yeux et qui ne rigole pas quand ça va pas. J'ai construit cette chose à qui j'ai donné ma fatigue et mes rêves d'enfant. À qui j'ai longtemps parlé et hurlé silencieusement toute ma colère, sans jamais attendre de réponse autre qu'un engloutissement avide de mes mots. Et pour qui j'ai attendu que tout se finisse, qu'on emporte cette vie pour la remplacer par la sienne. Mais ça n'est jamais venu. Parce qu'une goutte de mer m'a tendu la main, que les murs sont tombés, et que, ma vie j'ai oublié.

J'ai construit quelque chose. Je suis sur un matelas et je m'en rappelle.

**

Je ne suis pas sûr de ce que je porte. Parce que cela me paraît être pareil et différent. C'est plus sombre. Plus gris et sans rien dessus, léger. Léger comme du papier. Je le déchire. Petits bouts par petits bouts, le bas de ma tunique disparaît en mécaniques de mes doigts anxieux. J'attends, ma tête balance, heurte l'enclave du mur dans laquelle le matelas est installé. Je m'arrête. Et je continue. J'attends, je ne sais pas quoi.

Je ne suis pas sûr de ce que je porte : je ne peux pas me voir. Mes mains sont trop légères face à l'écran vert.

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Je veux rire.

Deux notes, un sifflement.

Je me mets à crier.

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J'ai vraiment peur et je crois que je le dis. Ou que j'hurle. Car je comprends quelque part ce que les cartes posées devant moi et l'ordinateur signifient. Puis plus tard, je comprends l'onde derrière mon crâne et les yeux derrière le verre qui me guettent. Je n'ai plus peur quand mon corps s'effondre de douleur.

Sacha et SachaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant