Chapitre 4

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Les filles du peintre avec un chat, Thomas Gainsborough (1770)

Face à l'océan, je dessinais sur mon cahier à dessin à l'aide d'un feutre noir. J'usais rarement de couleurs telles que le rose ou bien le jaune. Elles ne représentaient pas ce que j'étais, ce que je ressentais. Résultat de l'absorption complète de la lumière, le noir ne symbolisait ni l'espoir ni la sensibilité. Au contraire, celui-ci était abrupt, puissant.

Les vagues qui déversaient leur haine sur les rochers m'apaisaient tandis que mon corps brûlait sous la chaleur du soleil. Je devais le reconnaître, c''était agréable d'être à la maison. New York m'apportait un sentiment de liberté et d'indépendance, mais certainement pas celui de paix.

J'avais passé la majeure partie de mon enfance sur cette plage, à gribouiller sur mon cahier ou à admirer cette vue paradisiaque. Et j'y prenais à nouveau goût.

Habituellement, je remplissais ce cahier d'ébauches plus complexes les unes que les autres, essayant tout type de technique. Mais aujourd'hui, je n'avais pas la tête à rendre hommage à ma passion parce qu'il hantait mes pensées. Je n'arrivais pas à me sortir Nathan de la tête. Je n'arrivais pas à oublier notre altercation hier. La façon dont il me provoquait, sous-entendait qu'il continuerait de tromper ma sœur dans son dos. La façon dont il laissait entendre qu'il viendrait pour moi.

Je ne pouvais pas m'empêcher de me demander combien de temps il était resté là, à m'observer. Ce garçon me faisait froid dans le dos. Je me demandais sincèrement comment Eleena, aussi parfaite était-elle, avait pu tomber sur un détraqué dans son genre. N'était-elle pas censée ramener à la maison un fils à papa prêt à fonder une famille ? Ce fut une de mes croyances pendant longtemps, mais Nathan était la preuve qu'elle n'était pas aussi innocente que je le pensais.

Ou peut-être bien qu'elle ne connaissait pas cette facette de sa personnalité. Je ne connaissais pas Nathan, mais il me semblait manipulateur. La façon dont il s'était amusé avec moi n'était pas anodine, il aimait ça. Ce dernier désirait plus que tout avoir un ascendant sur ma personne, me terrifier, comme si cela l'excitait. Comme si cela le soulageait.

Une vague de honte s'empara soudainement de moi. Eleena n'était pas attirée par les manipulateurs, elle était seulement une de ses victimes. Et moi, je le permettais.

Je le permettais parce que je ne voulais pas décevoir mes parents, perdre leur amour. Parce que je ne voulais pas être la cause de la douleur de ma sœur. Je n'étais qu'une lâche. Une personne horrible. Et égoïste.

J'étais partagée entre l'envie de laisser couler, passer à autre chose et celle de me venger.  De venger Eleena. Néanmoins, je n'avais pas envie de rentrer dans un de ces jeux malsain auxquels j'étais habituée avec le copain de ma sœur. Et même si j'en mourrais d'envie, ce n'était pas correct.

Par respect pour ma sœur, je me devais de rester loin de lui. De retenir ma respiration quand il était dans les parages, de ne pas le regarder. Par respect pour ma sœur, je devais oublier son existence.

Alors que la tête de mort sur la feuille prenait enfin forme, Eleena s'installa à mes côtés, vêtue d'un maillot de bain rose qui mettait sa silhouette en valeur.

— Salut, lança-t-elle avec douceur.

J'arrêtai mon activité et tournai la tête vers elle, observant avec attention ses traits de visage qui m'étaient familiers. Eleena était d'une beauté à couper le souffle. Avec ses grands yeux marrons, comparables à ceux d'une biche, ses jambes élancées et son nez rond, aucun homme ne pouvait lui résister. En tout cas, c'était ainsi au lycée.

Même si beaucoup nous trouvait une ressemblance flagrante, plus jeune, je l'enviais. Je me surpris à constater que c'était toujours le cas. Malgré toute l'attention que j'obtenais à New York, une partie de moi trouvait toujours qu'Eleena dégageait un je-ne-sais-quoi envoûtant.

VenimeuseDes histoires addictives. Découvrez maintenant