30 - Douche chaude

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 Deux semaines presque. Pratiquement deux semaines encore sont passées entre l'attaque nocturne et aujourd'hui. Treize jours pour être exact. Treize jours où dans ma tête c'est un réel cauchemar. Treize jours où je ne fais que de ressasser ce qu'il s'est passé ce dernier mois. Treize jours où mon cerveau n'a pas du tout voulu me lâcher.

 Je suis actuellement dans le lit, je viens à peine de me réveiller. Je m'étire alors que les rayons du soleil me tapent sur le visage et tourne la tête à ma gauche. Je suis seule dans le lit, on dirait bien que Raphael n'est toujours pas revenu.

 Il est parti hier après-midi en mission. Il m'avait prévenue, il m'avait dit que si je venais à faire quelque chose durant son absence, j'allais durement le regretter. Donc bien évidemment, je me tiens à carreau. Durant ces deux semaines, je me suis rappelée de tout. Du sous-sol à la chambre avec Carlos. Tout.

 D'abord sous la forme de cauchemar. Je me suis rappelée ce qu'il s'est passé entre ma cachette sous le bureau et le moment où Raphael a tué un groupe de dix personnes à lui-même. Et Raphael m'a réconfortée comme si c'était tout à fait normal.

 Ensuite, c'était surtout comme des flashbacks. Je ne comprenais pas pourquoi je n'avais jamais ma prothèse avec moi sauf lorsque Raphael était avec moi dans la chambre. J'étais attachée 24 heures sur 24 et ma prothèse était manquante lorsque j'étais avec quelqu'un d'autre que Raphael.

 En remuant dans mes souvenirs, j'ai fini par me rappeler. C'était les nouvelles conditions de Raphael, au risque qu'il se décide à tuer mes amis parce que j'ai tué cinq de ses hommes. Je me suis aussi rappelée de ce qu'il s'est passé dans le sous-sol. Moi qui avais arrêté de manger pour attirer Raphael, qui l'ai supplié en pleurs pour qu'il me fasse sortir de cette pièce. De moi contre lui.

 Je ne voulais pas le lâcher. Mon cerveau le considérait comme mon sauveur à ce moment. Il savait parfaitement qu'il était le seul à pouvoir me faire sortir de là, donc mon instinct a agi. Je me suis attachée à lui comme un koala sur un tronc d'arbre. C'était plutôt sympa et mignon comme comparaison. Il aurait clairement pu dire que j'étais une putain de sangsue qui lui cassait les couilles. À la place, il a juste été très patient envers moi.

 Lorsque je me suis rappelée de cette proximité dans le sous-sol, un rire nerveux s'est échappé de ma bouche. Et Raphael était dans la pièce. Il s'est retourné vers moi et m'a questionné mais sur le coup je n'ai rien voulu dire.

 Il a râlé, bien évidemment et a davantage insisté. Puis lorsque je lui ai expliqué ce dont à quoi je pensais, lui aussi a ri nerveusement. Et un moment de gène s'est étendu entre nous. Il m'a alors demandé d'oublier ce moment et il est reparti s'occuper normalement. Ce moment m'a quelque part rassuré au fond de moi. Au moins, je peux être sûre, ou presque, qu'on est sur la même longueur d'onde.

 Depuis, ses gestes envers moi sont devenus un peu maladroit, je trouve ça d'ailleurs parfois adorable. On dirait un ado qui ne sait pas trop comment agir devant une fille dont il a des sentiments...

 Oula, pause.

 Non Leandra, ne commence pas à te mettre ça en tête. Raphael n'a pas de sentiments pour toi, et toi tu n'en as pas pour lui. Point. Ne commence pas à bégayer sur ce sujet, c'est inutile.

 J'ai vraiment hâte de pouvoir rentrer chez moi, retrouver ma petite vie à Medellín, mes amis, mon boulot. Même si, honnêtement, Thompson et ses réflexions ne me manquent pas du tout. Le fait de rester enchaînée et enfermée tout le temps me fatigue, je n'en peux plus de sortir d'ici pour de nouveau jouir de ma liberté. Mais est-ce que ça arrivera réellement ?

 Je me suis enfuie parce que j'avais peur que Raphael me tue. J'imaginais qu'il me tuerait, puis qu'il donnerait mon corps à Thompson comme promis. Après tout, il a dit à mon supérieur qu'il me laissera simplement partir. Il n'a jamais dit comment.

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