CHAPITRE 43

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Assise à l'arrière du Rover noir, mes yeux font le yoyo entre les deux hommes devant moi. Que Charly ai décidé de nous accompagner est une chose, c'est lui le nouveau chef de brigade. Mais qu'est-ce que fout Demeros ici ?!

— Si tu continues à me regarder comme ça, ma peau va prendre feu, Arianne.

Demeros me coupe l'herbe sous le pied et je croise mes bras, vexée.

— Depuis quand fais-tu partie de la brigade, toi ?

— Parce que tu crois que je vous aurais sagement attendu au foyer ? Jamais de la vie. Maintenant que j'ai récupéré mon corps, je compte bien m'en servir.

— Je te rappelle que ton corps a un peu rouillé pendant ton sommeil, ajoute Charly.

— Eh oh ! C'est pas parce que je t'ai laissé gagner ce matin que je ne maîtrise plus ma force.

Ils se sont battus ? Mon coeur fait un bon.

Charly roule des yeux.

— Mais bien sûr.

— C'est pas n'importe quel démon qu'on doit neutraliser, je leur rappelle.

— Je suis sûr qu'on ne mettra pas la main sur Saphir aujourd'hui, atteste Charly. Il est bien trop malin pour se laisser emprisonner de la sorte. Aujourd'hui, on investigue, c'est tout.

— C'est pour ça qu'on est aussi peu nombreux ?

— C'est surtout qu'on ne peut plus se permettre de laisser le foyer sans surveillance. La dernière fois nous a servi de leçon, et le portail ouvert rend les choses encore plus dangereuses. Cinq personnes suffisent pour cette mission.

Cinq personnes. Charly, Demeros, Diego, Hermès et moi. Pas sûr que de réquisitionner les meilleurs éléments soient la meilleure solution en vue du danger qui nous guette. Mais nous pouvons encore compter sur Tara et Alphonse, sans oublier Margaret et Ilyan. J'avais proposé à Tara de se joindre à nous, mais Charly a suggéré qu'elle reste sur place pour assister les deux autres sorciers. Elle a peut-être moins d'expérience qu'eux, mais elle saura se montrer utile si les choses dérapent. Du moins, je l'espère, car impossible de venir en renfort dans l'immédiat. Le quartier des plaisirs est à l'extrême opposé de Paris, longeant la banlieue sensible où pas mal de démons se cachent parmi les humains, qui ont tout aussi l'air de monstre.

Je sais que nous arrivons bientôt à destination lorsque les néons envahissent les devantures de magasins et que des hommes à l'allure peu fréquentable traînent devant chaque bâtiment. Charly gare le Rover dans une petite ruelle. Peu fréquenté dans l'immédiat. Il se gare de façon à partir vite si les choses se corsent. Avant de sortir, Hermès nous file chacun un flingue. Ça ne tuera pas Saphir mais ça peut le ralentir suffisamment pour le mobiliser si nos pouvoirs ne suffisent plus. Je glisse le mien dans mon porte-jarretelle et Hermès dans le sien. Afin de passer le plus possible inaperçu, il était préférable que nous nous faisions passer pour des escorts, accompagnés de leurs riches clients. C'est donc la première fois que je peux admirer Demeros en costume. Il porte un ensemble gris perlé, rappelant sa chevelure qu'il a parfaitement attaché en chignon sur le dessus de son crâne. Seules quelques mèches tombent devant ses yeux, donnant encore plus de sensualité à son regard pâle et froid. On dirait un prince de glace qui jure avec le décor de luxure et de débauche. Charly porte son tradionnel costume noir avec un noeud noir.

Dans pareilles fringues, il est difficle de croire que nous nous rendons dans un établissement proposant des faveurs sexuels, plutôt qu'à un gala de charité. Diego porte plus ou moins le même costume que Charly, a un détail prêt, sa cravate est rouge et s'accorde donc parfaitement avec ses yeux. C'est bien le seul à ma connaissance à ne jamais avoir eu des iris à la couleur changeante. Elles sont rouges et restent rouges, peu importe l'état dans lequel il se trouve. Néanmoins, j'ai déjà observé différentes intensités de rouge. Surtout quand il est énervé ou excité. Ses prunelles deviennent si vives qu'on croirait qu'un volcan est entré en éruption à l'intérieur. Hermès et moi portons la même robe mais d'une couleur différente. La mienne est noir, la sienne blanche. Le tissu est élastique ce qui  n'entravera pas nos mouvements malgré la longueur presque indécente de celle-ci, sans parler du dos nu qui s'arrête juste au dessus de nos fesses.

— Vous êtes sûr qu'on ne va pas paraître louche habillés comme ça ? je demande en tortillant sur moi-même pour ajuster la robe qui est en train de remonter. A ce rythme là, nos armes ne resteront pas cachés très longtemps.

— Pas dans ce quartier-là, répond Charly. Il y a deux parties, celles pour les riches qui cherchent un peu de fantaisie dans leur vie, celle pour les plus pauvres qui ne supportent plus leur femme colérique et leurs momes bruyants.

— C'est quand même très cliché, je ronchonne.

J'ai été pauvre une bonne période de ma vie, et je n'aurai jamais imaginé mon père prendre plaisir avec une autre femme que ma mère si elle avait été en vie.

Attends, je viens de parler des relations sexuelles de mes parents ?

— Tu es toute pâle, me fait remarquer Diego.

— Tout va bien, je mens, en me ressaisissant. On doit aller où ? James ne nous a pas informé sur le lieu ciblé.

— Parce que c'est nous qui sommes censés chercher, lance Hermès.

— Finalement, non, nous contredit Charly en fixant son téléphone.

Intrigué, nous nous rapprochons de lui, il lève la tête.

—  L'adresse a changé, finit-il par dire.

— Je croyais qu'il n'y avait pas d'adresse ?

— On doit se rendre au Red Paradise, annonce-t-il.

— Ça me dit quelque chose dit Diego, songeur.

— C'est le plus grand club de la ville, intervient Hermès.

Club ? Je regarde Demeros, il reste silencieux. Est-il aussi perdu que moi ? Il lève soudainement la tête et laisse échapper un éclat de rire. Je le regarde avec scepticisme. Je n'aime vraiment pas quand il agit comme ça.

— Demeros ?

Il se tourne finalement vers moi.

— Ça ne va pas te plaire ma belle.

— Qu'est-ce qui peut être pire qu'une maison close qui loge un sorcier psychopathe ?

— On ne se rend pas dans une maison close. Mais dans un club.

— Un club ?

Charly et Demeros se lancent un regard que eux seuls peuvent comprendre. C'est moi la vierge effarouchée de l'histoire.

— Un club échangiste. On va dans un putain de club libertin, bébé.

DIAMOND SCHOOL TOME 3Tahanan ng mga kuwento. Tumuklas ngayon