Le lendemain, notre périple recommençait. Louis m'avait donné l'autorisation de tripoter Alphonse avec modération pour lui transmettre un peu de mon énergie vitale. Même s'il ne m'avait pas autorisé, je l'aurai fait quand même. Nos sentiments ont beau devenir moins troubles jour après jour, aucun homme n'a le droit de me dire ce que je dois faire ou pas, et encore moins lorsqu'il ne s'agit pas de mon petit ami.
Alors qu'il marche devant moi, je l'observe longuement.
Il veut que je sois sa petite amie. Pardon, non. Sa FEMELLE. Qu'est-ce que ça signifie chez les Démons ? Une partenaire sexuelle exclusive ? Une petite amie ? Une femme ? Une génitrice ?
Un frisson me parcourt rien que d'imaginer plein de mini Demeros me hurlant dans les oreilles matin et soir. Je ne suis absolument pas prête.
Comme s'il avait senti le poids de mon regard sur lui, Louis tourne la tête et me tire la langue. Ce que je lui renvoie.
Soudain Alphonse s'arrête en plein milieu du sentier. Louis lui rentre dedans, et j'en fais de même avec ce dernier.
— Putain, nous jurons simultanément.
— Désolé, s'excuse Alphonse.
— Qu'est-ce que tu as trouvé ? lui demande Louis en se grattant le pif.
— Je crois que nous arrivons bientôt à la première ville de Velanium.
Louis lui arrache le plan des mains.
— Trollabudin. Nous arrivons bientôt à Trollabudin ! déclare-t-il avec espoir. Ce qui veut dire qu'on se rapproche de notre objectif !
— Quel objectif ? je maugrée. On ne sait toujours pas où se trouve ton corps.
— C'est vrai, admet Alphonse. Cependant il a aussi raison. Si nous avons besoin d'information sur la malédiction dont est victime Demeros, c'est là-bas. C'est une ville marchande très connue. Cependant on a un problème. Enfin, deux.
Le sorcier nous regarde tour à tour avec une certaine appréhension dans le regard. Traduction: ce qu'il va nous dire ne va pas nous plaire.
*
Trollabudin est absolument énorme ! Elle me rappelle étrangement la ville au Portugal où nous avions l'habitude d'aller autrefois avec mes parents biologiques. Le port est énorme et les bâtisses démesurément grandes. Il y a un monde de dingue ! Ce qui nous permet de passer un peu plus inaperçu malgré que nous nous baladions avec un humain.
Alors que je suis coincée dans ma contemplation, je manque de rentrer dans un étrange spécimen. Son corps est entièrement recouvert d'écailles et ses yeux dorés luisent en pleine journée, pourtant son visage paraît humain. La façon dont il me regarde avec envie me donne la chair de poule.
Alphonse tire sur mes chaines et je me sens partir en arrière. Je me retiens de ne pas l'insulter et me contente de le fusiller du regard.
— Ils sont à toi ? grogne le démon en fixant tour à tour Louis et moi.
— Oui, et tu ferais mieux de ne pas les toucher, l'avertis Alphonse. Le jeune homme est mon repas de ce soir.
— Et la jeune femme ? Elle sent si bon. J'ai envie de la baiser. Tu peux pas me la prêter ?
— Non, elle est à moi. Ce sont tous les deux mes esclaves. Tu n'as qu'à t'en trouver une toi-même.
— Je peux te payer ! J'ai beaucoup d'argent.
— Et comment ferais-je pour m'en trouver une autre, une fois que tu l'auras souillée ?
Le démon ne semble pas apprécier les insinuations d'Alphonse et commence à serrer ses gros bras.
— Ça veut dire quoi, ça, mon petit ? Donne-la moi !
Le démon m'attrape le bras et commence à tirer dessus, Alphonse m'attire de l'autre côté avec mes chaînes, en vain. Encore une mauvaise idée d'Alphonse. A ce rythme là, ils vont me couper en deux !
Dans un élan de courage, ou d'inconscience, Louis saute sur le dos du démon.
— Dégage, connard !
Le démon me lâche pour se débarrasser de Louis qui finit par tomber face contre terre.
— Ils en ont du culot, pour un bout de viande et une petite chatte juteuse.
Il esquisse un sourire et passe sa langue de vipère sur ses lèvres. Je lève la main instinctivement. Je vois à la tête de Louis que c'est une très mauvaise idée, mais on ne peut pas se laisser traiter de la sorte ! Ce petit jeu a assez duré !
— Le roi ! laissez passer le roi !
Tout le monde se tourne dans la direction de cette déclaration, y compris nous. Le roi ?
Un carrosse d'une taille démesuré traverse la place principale. Beaucoup observent le spectacle avec intérêt et excitation, mais d'autres semblent complètement perturbés.
— Quel roi ? Je croyais que sa majesté Bardin était morte il y a des mois déjà.
— Qui peut bien être monté sur le trône ? Son incapable de fils a disparu dans la nature depuis des années.
Je me tourne vers Louis. Il est plus blanc que blanc. Bardin...le fils disparu...est-il le prince disparu dont le père est mort ?
— J'espère qu'ils ne nous ont pas refoutu un Succube sur le trône. Ce sont des moins que rien.
Personne ne semble être au courant que Kros n'est pas mort. Pourquoi ? Ce ne serait donc pas Kros à l'intérieur ? Saphir et Steeven avaient pourtant l'air de dire qu'il était après moi. Ils ont beau être de la pire espèce, ils n'auraient rien à gagner en mentant à ce sujet.
— Il faut qu'on parte, je préviens Louis et Alphonse en tirant sur nos chaînes.
Nous profitons que le démon soit trop occupé à contempler l'arrivée du roi pour nous courir après.
Alphonse au devant du cortège, je me retourne vers le carrosse. Quelqu'un en a sorti la tête et mes yeux s'écarquillent.
Une regard de velour, une peau très pâle et des cheveux d'un gris presque blanc qui semblent si doux. Ils sont doux pour de vrai, parce que je me rappelle les avoir déjà touchés par le passé. Mon cœur se met à battre à cent à l'heure, et j'ai l'impression de l'entendre se briser lorsque les yeux dorés de Kros se fondent dans les miens.
La surprise traverse son visage, puis son expression se durcit, avant que ses lèvres ne se transforme en un sourire que je connais si bien:
"Tu es à moi".
— Les gars, accélérons le pas.
Je marche plus rapidement et finit par devancer Alphonse. Je me sens partir en arrière l'instant d'après. Alphonse m'emprisonne dans ses bras, et fait mine de m'étrangler.
— Ne marche jamais devant moi, où nous serons découverts trop vite, me murmure-t-il au creux de l'oreille. Crois-le où non, le démon de tout à l'heure n'est pas le plus horrible. Ici, personne ne se soucie de ressembler à un humain, et encore moins de les respecter.
J'acquiesce nerveusement. Les épaules de Louis tremblent. Il n'apprécie pas du tout les méthodes d'Alphonse. Moi non plus, mais nous avons plutôt intérêt à écouter ce qu'il dit si nous ne voulons pas finir en quatre heures.
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BINABASA MO ANG
DIAMOND SCHOOL TOME 3
FantasyArianne et ses compagnons ont atterri à Velanium pour récupérer le corps de Demeros et refermer pour de bon le portail entre les deux mondes. Mais le monde a bien changé et aucun ne sait ce qui l'attends à la fin de ce voyage. Surtout quand les pi...