J'ai pris mon téléphone, au cas où Velanium aurait suffisamment évolué pour avoir la fibre. Evidemment, c'est la chose la plus inutile que j'ai pu apporter ici. L'appareil est en surchauffe à cause du soleil et finit par s'éteindre au bout de quelques heures, à force d'essayer de trouver une localisation GPS qui n'existe pas dans ses paramètres.
— Bon, le téléphone vient de lâcher.
— Je t'avais prévenu qu'il ne servait à rien ici, répond Louis. On est des démons, pas des créatures civilisés avides d'évolutions.
— Déjà que Louis est relou, mais avec toi en lui, j'ai encore plus envie de t'attacher au premier arbre mort qu'on croisera.
— Tu n'oserais pas quand même ? Pourquoi tu es aussi méchante ? Hein, Alphonse ? Pourquoi elle est aussi méchante ?
Ce dernier hausse les épaules, avant de dire:
— Economises ta salive.
— Ça veut dire ferme-la, je traduis.
Mon meilleur ami ouvre la bouche de stupéfaction avant de la refermer et de bouder silencieusement pendant les heures qui suivent.
Nous marchons sans relâche. Ma gorge est sèche, et j'ai l'impression d'avoir transpiré toute l'eau que contenait mon corps. Encore un pas, et je sens mes forces me lâcher. Je m'étale sur la terre, Louis et Alphonse se précipitent sur moi.
— Ça va Arianne ? me demande Louis.
— Donne-lui l'eau !
Louis ouvre mon sac et sort la gourde, avant de me retourner sur le dos et de la porter à mes lèvres. Je bois goulûment, oubliant ce qu'Alphonse nous avait dit concernant l'usage de notre eau. Je gémis de frustration lorsque la dernière goutte touche ma langue.
— Merde, elle a tout bu, lance mon meilleur ami. Comment se fait-il qu'elle soit dans cet état là alors que je ressens à peine l'appel de la soif ?
Alphonse réfléchit un instant avant de prendre la parole.
— C'est une Sirène. Même si elle ne l'est qu'à moitié, ne pas être en contact avec de l'eau pendant si longtemps doit l'épuiser plus vite. Faisons une pause.
— Maintenant ? Mais on est toujours au milieu de nul part.
— Si j'en crois la température qui baisse, le soleil ne va pas tarder à se coucher. Nous avons besoin d'eau, mais nous avons aussi besoin de sommeil. J'essaierai de trouver une source demain en faisant appel à mes pouvoirs. En attendant, je vais installer le campement.
— Campement ?
Je me pose autant de questions que Louis en l'entendant prononcer ce mot. Quel campement ?
En quelques secondes à peine, nous sommes à l'intérieur d'une énorme tente, contenant tout ce qu'il y a de plus basique: des lits d'un confort plutôt attrayants et un âtre de taille moyenne nous permettant de faire chauffer la nourriture.
— Pourquoi on se trimballe des sacs de couchage si t'es capable de faire ça ? l'accuse le blond.
— Je te l'ai déjà dit, je ne posséderais pas mes pleins pouvoirs vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mieux vaut être prévoyant. Et arrête de te plaindre, tu commences vraiment à être lourd.
— Et toi t'es beaucoup trop bavard pour un mec muet quatre-vingt dix pour cent du temps.
Une légère tension s'élève dans les airs, mais j'y mets fin aussitôt en leur proposant de préparer le repas.
— Ravioli ou Cannelloni ?
— Cannelloni, me répondent-ils en cœur.
Après le repas, la soif s'empare à nouveau de moi. Quelle imbécile d'avoir fini ma bouteille d'un trait. Je vais me réveiller avec une sacrée pâteuse demain matin. Pire, je pourrais ne pas réussir à fermer l'œil de la nuit.
Comme si Alphonse avait entendu mes pensées, il me tend sa gourde.
— Tu es sûr ? Peut-être que le prochain cours d'eau est à plusieurs jours de marche...
— Je suis un Sorcier, je tiens plus longtemps qu'un humain moyen, ne t'en fais pas pour moi. Tâche juste de ne pas tout finir cette nuit, au cas où. Louis a autant besoin de son eau que toi.
Je tourne la tête vers le concerné. Il est déjà affalé dans son lit, la bouche ouverte en un ronflement symphonique.
— C'est très perturbant qu'il se retrouve dans mon meilleur ami. Je ne sais pas comment agir avec lui. Je vois bien le côté taquin de Louis, mais pas celui séducteur de Demeros.
— Leurs pensées se confondent. Même si Demeros gouverne son corps, les souvenirs de Louis sont complètement imprégnés dans son esprit. Les deux sont là. Demeros est en quelque sorte le porte parole de Louis.
— Je ne sais pas si je m'y ferais.
— Peut-être qu'on trouvera son corps avant que tu ne t'y habitue. Moi-même je ne sais pas ce qu'il adviendrait de Demeros si Louis venait à mourir.
— Et pendant la pleine lune ? Va-t-il se retrouver dans les sous-sol de la Diamond School à nouveau ?
— Je n'en ai aucune idée. Tu devrais dormir, avant que les ronflements de Louis soient insupportables.
— Non. Toi, dors. Je vais monter la garde.
Alphonse ricane mélodieusement.
— C'est gentil, mais j'ai mis une barrière magique autour du campement, ne t'en fais pas. Dors, je ne vais pas tarder non plus.
Je hoche la tête puis rejoins mon lit. J'ai presque envie de hurler de plaisir en sentant mon corps s'enfoncer dans le matelas.
— Il nous faut les mêmes à la Diamond School...je murmure avant de fermer les yeux et de m'endormir dans un sommeil profond.
A mon réveil, j'ai moins soif que je ne l'aurais cru, mais j'ai quand même cette étrange sensation sur la langue. Les yeux mi-clos, je cherche mes camarades du regard. Le lit de Louis est vide et Alphonse roupille encore.
Je lâche un bâillement à m'en décrocher la mâchoire. La tête d'Alphonse se redresse parmi les draps. Mince, mon baillement devait vraiment être disgracieux.
— Où est Louis ? je lui demande.
Il hausse un sourcil.
— Il n'est pas dans son lit ?
Je secoue la tête.
Il rabat la couette et marche jusqu'à la couche du disparu. Il se penche, attrape un bout de papier déchiré, et lit ce qui semble être des instructions laissées par Louis.
— L'abruti.
Il écrase le papier dans sa paume et le fait disparaître dans le feu de sa main. Je sors du lit à mon tour.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Il est parti chercher de l'eau.
— Quoi ? Mais on ne sait pas où se trouve le coin d'eau le plus proche !
— Si seulement c'était le dernier de nos soucis.
— Qu'est-ce qu'il y a de pire que de le perdre dans un désert ?
— Le perdre et ne pas le retrouver vivant.
— Comment ça ?
— Louis est humain. Et tu sais ce dont raffole les créatures qui peuplent Velanium ?
Je déglutis péniblement, pendant que mon sang ne fait qu'un tour dans mon corps.
— Il faut qu'on parte ! Maintenant !
Alphonse hoche la tête et en un claquement de doigt, notre tente tout confort disparaît.
— Par où est-il allé ? je commence à paniquer.
Il prend une grande inspiration, puis se tourne dans une direction qui ressemble à toutes les autres.
— Il est allé par là.
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BINABASA MO ANG
DIAMOND SCHOOL TOME 3
FantasiArianne et ses compagnons ont atterri à Velanium pour récupérer le corps de Demeros et refermer pour de bon le portail entre les deux mondes. Mais le monde a bien changé et aucun ne sait ce qui l'attends à la fin de ce voyage. Surtout quand les pi...