Il lui semblait que son cœur venait de louper un battement, son teint devint aussi pâle que les pétales d'une marguerite. Elle baissa instinctivement la tête, ne cherchant même pas à le contredire. Vingt bonnes secondes passèrent avant qu'elle n'ose répondre.
-Quatre ans.
Il ouvrit grands ses yeux de surprise, ne s'attendant pas à entendre un nombre aussi élevé. Quatre ans qu'elle s'infligeait plus de mal qu'elle n'en recevait. Il tourna son regard vers elle.
-Raconte moi tout Clara, raconte moi comment tout a commencé. Raconte moi comment tu as pu en arriver là, s'il te plaît. Dit-il d'un ton grave et sérieux.
Le regard de la jeune fille se tourna vers le sol pendant plusieurs secondes, elle essaya de se remémorer chaque événement qu'elle essayait d'oublier depuis plusieurs années maintenant. Elle remonta dans le temps, appelant sa mémoire à se souvenir des moindres petits détails qui avait pu enclencher cette roue interminable de la souffrance. Clara respira un grand coup, essayant de stabiliser son niveau de stress qui était maintenant au plus haut. C'était la première fois qu'elle allait en parler à quelqu'un, qu'elle allait raconter son histoire.
-Ça a commencé en 5ème, dit-elle, se fixant un point fixe au fond de la salle. Elle revivait dorénavant chaque moment, comme si cela se reproduisait de nouveau. Elle en souffrait d'avance, elle allait en souffrir une seconde fois. Mais elle était dans le devoir de le dire, elle le devait.
-Mes années primaires s'étaient bien déroulées. Je trainais avec plusieurs filles, j'étais rarement seule, toujours entourée. Je ne trouverais pas un seul point négatif à vous raconter. Lorsque nous sommes rentrés au collège, on a presque toutes été séparés car nous allions pour la plupart toutes dans des collèges différents. Tout se déroulait plutôt bien au début. J'étais avec trois autres filles, nous étions unies, beaucoup de personnes nous aimaient car nous étions simples, on ne se prenait pas vraiment la tête, surtout moi.
Clara reprit alors son souffle, les larmes commençant a monter aux yeux. Elle regarda de nouveau le sol, gênée de ce dont elle allait parler.
-Arrivée en 5ème, elles ont commencées à se maquiller, à s'habiller assez vulgairement pour attirer le regard et plaire aux garçons. Elles avaient toutes le même garçon en vue : Jason. Elles étaient toutes complètement folles de lui. Il avait le même âge que nous mais n'était pas dans la même classe que l'une d'entre nous. Il était brun aux yeux bleus. Plus grand que nous niveau taille. Il était vraiment beau. Moi je ne me maquillais pas et je m'habillais le plus simple possible, j'aimais être à l'aise dans mes vêtements, je n'aimais pas que mes vêtements me collent à la peau durant la totalité de la journée. Je restais moi même. Jason en avait rien à faire d'elles, il avait plus son regard tourné vers moi, en tout cas c'est ce qu'on me disait. Un jour il m'a invité à l'une des fêtes qu'il avait organisé. Mes amies ont été extrêmement jalouses mais m'ont conseillées d'y aller, de m'amuser et de me détendre, qu'il ne pouvait rien se passer de mal et que j'allais surement faire de belles rencontres. Ma tante m'a interdit d'y aller, mais stupide que je suis, j'y suis allée en douce en passant par la fenêtre de ma chambre. Je suis allée jusque chez lui, il habitait à quelques maisons de la mienne. Il y avait énormément de monde, pas seulement de mon âge, mais des personnes beaucoup plus âgées. J'ai été effrayée, j'étais sur le point de partir quand Jason est arrivé derrière moi et m'a demandé de le suivre car on ne pouvait pas parler tranquillement dans un endroit comme celui-ci. Je me rappelle de l'odeur que la maison avait. C'était une odeur désagréable, un mélange d'alcool et de sueur. Beaucoup de personnes étaient déjà souls. Il m'a emmené dans une chambre et on s'est assis sur le lit côte à côte. Tout allait bien, il me faisait rire, essayait de me détendre car je paraissais stressée. Dix minutes plus tard, il a commencé à se rapprocher de moi, à m'embrasser sur les joues, puis dans le cou, pour finir sur la bouche. Je n'étais pas réellement prête à ça, j'aurais voulu le repousser, fuir, mais je savais qu'on se serait moqué de moi.
Clara arrêta son histoire durant quelques secondes, passant sa main sur ses joues qui étaient déjà tachées de larmes. Voyant qu'il la fixait, l'écoutant attentivement en fronçant les sourcils, elle reprit avec un timbre de voix cassé.
-Il a enlevé son t-shirt et a commencé à déboutonner ma chemise. Comme je n'étais pas trop d'accord, il a dit que c'était une occasion de me décoincer, que c'était quelque chose que je devais vivre avec lui, qu'il voulait absolument le faire avec moi, que j'étais celle qu'il voulait depuis longtemps. Je le laissais faire, mes mains posées sur mon visage, rouge de honte, mais lorsqu'il avait enlevé la moitié des boutons de ma chemise, je lui ai dit que je voulais m'en aller, que je n'étais pas prête. Je me suis alors relevée rapidement mais il m'a attrapé et m'a jeté sur le lit. Je criais de toutes mes forces, mais personne ne m'entendait à cause de la musique qui était beaucoup trop forte. Je l'ai repoussé, poussé, mais il continuait à m'embrasser de force, alors je lui ai donné un coup dans l'entre jambe et l'ai poussé. Il s'est écroulé par terre. Je me suis levée du lit, je suis sorti de la chambre en courant, je reboutonnais mes boutons aussi vite que je le pouvais. Je suis retournée chez moi en pleure, j'avais tellement honte, tellement.
Elle se sentait tellement stupide. Stupide d'y avoir été, stupide d'avoir pu être aussi stupide. Clara essaya alors de reprendre ses esprits, elle devait finir de raconter son histoire, elle devait enfin se libérer de ce terrible secret dont personne n'était au courant.
-Lorsque je suis arrivée en cours le lundi, car la fête avait eu lieu le vendredi soir, j'ai entendu des tonnes de rumeurs sur moi. Quand je traversais les couloirs on se moquait de moi, je ne comprenais pas pourquoi jusqu'à ce que j'entende que j'avais sois disant couché avec lui et que j'avais fait bien plus que toutes autres filles avec qui il avait couché. On me traitait alors de tous les noms, on me disait que je faisais les trottoirs, que j'étais fragile. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi on me traitait de cela, car même si je l'avais fait, on n'avait pas à me traiter de cette sorte sachant que toutes mes amies l'avaient déjà fait à plusieurs reprises. J'ai été perpétuellement ridiculisée. On me crachait dessus, on m'a pris en dehors des cours pour me donner des coups, pour me voler le peu d'argent que j'avais, ou encore pour faire de nouvelles tentatives sur moi. Jason avait décidé de me faire vivre l'enfer, il voulait me faire regretter de ne pas m'être laissée faire. Les amis de Jason me faisaient alors vivre l'enfer. Je n'en pouvais plus, en 4ème ça a continué, puis en 3ème de même. Des tonnes d'insultes étaient gravées sur mon casier. Je souffrais tellement que je voulais en finir. Je ne voulais plus vivre, je ne voulais plus souffrir à ce point. Je me demandais perpétuellement, et encore maintenant, ce que j'ai pu faire de mal. J'ai été de même stupide de créer un compte ask. Sachant à quel point j'allais mal, on m'a conseillé de me mutiler, que mes souffrances paraitraient moins intensives, moins fortes. J'ai donc commencé. Une fois, puis deux, puis je n'ai jamais arrêté... Par la suite j'ai appris que c'était mes sois disant amies qui m'avaient écrit ça. Je me suis alors retrouvée seule, elles en avaient marre de se faire critiquer car elles me parlaient ou me voyaient en dehors des cours. Plus personne ne m'aidait, plus personne ne m'aidait à retrouver le sourire, tout le monde m'abandonnait, plus personne pour me conseiller, pour me remettre dans le droit chemin, j'étais seule. Manon est alors arrivée à cette époque. Elle était nouvelle dans le collège. Toutes les rumeurs lui étaient parvenu aux oreilles, mais elle est passée au dessus de cela et a appris à me connaitre.
Elle haussa enfin son regard vers son professeur qui ne la quittait pas des yeux.
-Elle ne m'a jamais laissé, jamais abandonné... jusqu'à ce qu'elle déménage.
Il l'écoutait attentivement. Cela le mettait hors de lui d'entendre tout cela, à quel point tout le monde croyait ce qu'il entendait sans même chercher si cela était vrai ou non. Il se sentait impuissant, impuissant face à toute cette méchanceté gratuite. Monsieur Hantz baissa enfin son regard vers ses copies, comprenant maintenant pourquoi elle parlait peu, pourquoi elle était effacée de la classe, pourquoi elle n'osait participer ou parler avec ses camarades. Il ramassa ses copies dans son sac, n'ayant plus vraiment la tête à corriger toutes ses fautes. Des fautes probablement faites par des personnes qui avaient mis Clara dans cet état.
-Et... ce qu'il s'est passé dans les toilettes, ça a un lien avec tout cela ? Je veux dire.... tu le vis toujours ?
Elle prit son sac en main, se décidant enfin à s'asseoir sur l'une des tables en face de son professeur.
-Toujours... répondit-elle d'une voix faible et désespérée, posant sa tête entre ses bras croisés, posés sur la table. Elle allait probablement vivre cela encore longtemps, et cela la désespérait tellement. Clara ne voyait plus réellement comment elle pouvait s'en sortir.
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Interversion
General FictionFaut-il jouer avec le feu lorsque la victime n'est rien d'autre qu'une allumette qui ne demande qu'à être allumée ? Clara, jeune fille de dix-sept ans battue et non désirée par sa tante, se trouve en Première lorsque le harcèlement scolaire devient...
