Le retour au lycée fut plus douloureux que prévu. Ce n'était pas d'une paire de lunettes qu'elle avait besoin, mais d'une cagoule. Clara se trouvait être encore, mais encore beaucoup plus marqué que lors de la bagarre avec Lola, à côté c'était rien. Quand sa tante s'y mettait, ce n'était pas à moitié. Elle était brisée, elle n'osait affronter le regard des autres et marchait la tête baissé. Elle préférait mille fois mieux entendre qu'on se moquait d'elle que de nouveau se faire battre par sa tante. Elle préférait sauter par sa fenêtre que de se faire de nouveau battre par sa tante, elle ne voulait plus de cette vie. Elle entendit Lola se moquer, elle entendit les lycéens se moquer, elle entendit Anthony et sa bande se moquer, car bien sûr il était de retour au lycée, mais elle continua son chemin sans s'en mêler, elle savait désormais que ce qu'on disait sur elle était vrai : elle ne valait absolument rien, elle ne ressemblait à rien et ne savait rien faire. Elle ne savait pas combien de jours il lui restait à vivre, mais surement peu, elle ne pourrait tenir comme cela encore longtemps. Ses bras lui brulaient de nouveau, ses jambes touchant son jean lui brulaient, ses marques de mutilations lui faisaient vivre un cauchemar depuis qu'elle avait recommencé, car depuis un moment elle avait réussi à se retenir. Sans parler des marques dans le dos qui lui faisaient mal à chaque mouvement. Elle avait une forte envie de fumer, de vider tout son paquet. Elle avait l'impression de devenir folle, vraiment. D'ailleurs Jordi l'avait bien dit il y a quelques jours de cela qu'elle était cinglée. Clara aurait préféré se cogner la tête contre les murs, contre le sol, contre les casiers en échange de la douleur qu'elle ressentait, mais cela n'allait pas passer, elle le savait, il allait falloir patienter, et elle n'était pas prête à cela. Elle ne prit pas place tout devant comme à son habitude en classe mais prit place au fond de la salle à gauche, où personne n'allait. Elle garda sa veste durant tous les cours, personne ne devait voir ses bras, personne, ni même son cou caché par son écharpe, il en était hors de question. Elle ne voulait pas se faire humilier une fois de plus.
"Pourquoi elle est au fond ?", "je sais pas."
Clara entendait les chuchotements, mais elle resta immobile, muette.
"Pourquoi elle a sa tête dans ses bras?", "J'en sais rien. Tout ce que je sais c'est qu'elle est au fond parce que le prof en avait marre de voir une moche tout près de lui, il lui a donc dit d'aller au fond." "C'est vrai? Comment tu sais?" "J'étais en avance ce matin, je l'ai entendu."
Mesdames et Messieurs, Lola Pennity, la plus grosse menteuse qui puisse exister sur Terre.
-C'est par ici que ça se passe, grogna le professeur de Mathématiques en remarquant les jeunes filles tournés, dos à lui. Clara, redressez-vous, ce n'est pas l'heure de la sieste ou vous rentrez chez vous, ce n'est pas une salle de sieste ici.
Se redresser ? Elle le voudrait bien, mais elle ne le pouvait pas. Elle sentait une douleur monstrueuse au niveau du dos, le moindre geste lui faisait horriblement mal, elle n'aurait pas du rester ainsi durant presque toute l'heure.
-Clara je vous parle, ne m'obligez pas à venir vous redresser moi même.
-Je crois qu'elle dit qu'elle ne peut pas.
-Comment ça elle ne peut pas ? Demanda le professeur.
Mais la cloche sonna et tout le monde venait d'oublier Clara en l'espace d'une seconde, elle qui restait seule au fond de la salle, le dos courbé, la tête entre les bras. La salle se vida en l'espace d'un instant. Son professeur s'approcha tout de même de la jeune fille .
-Clara que faites-vous ? Relevez-vous, ça a sonné.
-S'il vous plaît monsieur, allez chercher monsieur Hantz, dit-elle enfin en agonisant.
-Le professeur de littérature ?
-Oui.
Il retourna à son bureau, ramassa ses copies sans trop se presser et sorti de la salle. Elle ne savait pas réellement si le professeur allait faire ce qu'elle avait demandé, mais elle priait pour qu'il n'oublie pas, tout reposait sur lui. Elle resta seule dans la salle trois bonnes minutes. Soudainement elle entendit des bruits de pas pressés et la porte de la salle s'ouvrit de nouveau.
-Clara ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Monsieur Hantz se précipita vers Clara et se baissa à son niveau.
-Ton professeur m'a dit que tu as le dos bloqué, tu veux que j'aille chercher l'infirmière ?
-Non, ça n'est pas ça, répondit-elle d'un ton faible.
-Tu n'es pas bloquée au niveau du dos ? Demanda t-il d'un ton interrogateur. Il semblait vraiment inquiet pour son élève.
-Si, mais pas comme vous le pensez. S'il vous plaît, allez chercher de la pommade pour brûlure, reprit-elle lentement.
-Pour brûlure ? Mais pourquoi ?
Elle ne répondit pas. Il la fixa un instant et il lui semblait qu'il venait de comprendre car il sorti à toute vitesse de la salle et réapparu quelques instants plus tard, une boîte de pommade à la main.
-Clara, tu dois m'expliquer.
Elle respira un bon coup pour se donner du courage à parler, même si cela la faisait souffrir.
-Vous comprendrez tout seul. Fermez la porte...
Il fronça les sourcils, mais ayant conscience que c'était une élève ayant la tête sur les épaules et qu'elle ne dirait pas de faire ça si elle pouvait l'éviter, il alla la fermer avant de reprendre place près d'elle, accroupi à ses côtés.
-Maintenant. Elle s'arrêta un instant pour respirer. Ne trouvez pas ça bizarre, mais vous devez enlever ma veste, et monter mon t-shirt pour... Elle respira. Pour appliquer la crème sur mon dos.
-Mais Clara je ne peux pas faire ça, je n'en ai pas le droit.
Un silence s'imposa dans la salle. Il aurait voulu, mais si quelqu'un le voyait, il pourrait être renvoyé, on pourrait l'accuser de toutes sortes de choses aussi fausses et dingues les unes que les autres
-Monsieur personne ne peut m'aider a part vous, je ne peux pas me relever et je ne peux en parler à personne d'autre ... Elle s'arrêta un moment pour retrouver son souffle, la douleur lui coupait la respiration.
-Je peux aller demander à Jordi ?
-Non, surtout pas. S'il vous plaît monsieur, reprit-elle d'un ton faible.
-Je reviens.
Il se leva alors de la salle et en sorti rapidement. Elle aurait préféré le proviseur, les surveillants, même Lola si elle n'en avait pas le choix, mais pas Jordi, il ne devait pas être au courant, surtout pas lui.
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Interversion
Fiksyen UmumFaut-il jouer avec le feu lorsque la victime n'est rien d'autre qu'une allumette qui ne demande qu'à être allumée ? Clara, jeune fille de dix-sept ans battue et non désirée par sa tante, se trouve en Première lorsque le harcèlement scolaire devient...
