II

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Après plusieurs minutes à voyager au travers des rues pavées de mon royaume, sous une chaleur écrasante, nous arrivons bien trop vite devant cet endroit immonde.

Je ne bouge pas, n'ayant pas l'envie de descendre, pourtant je suis vite rappelée à l'ordre par un de mes gardes qui ouvre la porte de ma calèche.

— Princesse ?

Il s'incline et se décale. Mes chiens sautent hors de la calèche, tandis que je m'en extrait à mon tour.

D'un pas décidé, je me dirige vers la porte en bois de l'entrée. Une fois devant, j'expire pour me donner du courage et rentre. Aussitôt, une odeur âcre me saute à la gorge. Écoeurée, je me pince l'arrête du nez. C'est un mélange de sueur, de sang et d'alcool.

Je vois s'approcher de nous, un vieil homme, aux vêtements sales et troués. Il s'incline devant moi en une révérence maladroite.

— Princesse, c'est un plaisir de vous accueillir ici dans cette humble demeure. Madame vous attend dans son bureau. Si vous voulez bien me suivre ?

Je hoche la tête, et prends la même direction que lui.

— Étshi, Lìka ! Lu'p.

Sans attendre, mes chiens se mettent près de moi, prêt à attaquer au moindre danger.

— Vos chiens sont très impressionnants.

Il ne les quitte pas des yeux. Anxieux, je le vois desserrer son col d'une couleur douteuse en avalant sa salive.

— Vous devriez vous essuyer le front, mes chiens sont très sensibles aux odeurs, ils arrivent même à flairer le moindre soupçon de peur chez une personne.

Amusée, je laisse un sourire étirer le coin de mes lèvres, alors que derrière moi, j'entends un de mes gardes retenir avec difficulté un rire. Le pauvre homme en perd toutes ses couleurs.

— Je plaisante, Monsieur.

Il pousse un soupir de soulagement, déambulant toujours dans les couloirs.

— Votre grâce est trop bonne ! Merci infiniment.

Sur le chemin, j'essaie tant bien que mal de ne pas regarder autour de moi, pour éviter d'assister aux scènes qui se déroulent dans cet endroit, mais c'est peine perdue...

Je ne peux échapper au spectacle qui me fait face. Je vois des jeunes filles et des jeunes garçons hurler de douleur sous les coups d'hommes et de femmes, ravis du châtiment qu'ils infligent à leurs pauvres âmes innocentes. Certaines et certains sont bien plus jeunes que moi.

Cela me retourne l'estomac, et manque de me faire vomir. Je sais d'avance que ce triste spectacle hantera nombreuses de mes nuits.

— Princesse ! Ne perdez pas de temps sur ces détails, venez.

Je pose mon regard sur le garde qui me sourit. Je retiens avec difficulté une grimace en entendant son discours, remplis d'indifférence face aux atrocités qui se passe ici. Malgré tout, je hoche la tête tout en reprenant mon chemin.

Après quelques minutes à déambuler dans les couloirs sombres de cette abominable demeure, nous arrivons enfin. Le vieil esclave toque à la porte, puis l'ouvre et s'efface pour nous laisser passer.

J'y pénètre la tête haute tout en regardant autour de moi. Cette pièce est bien plus propre que le reste de la maison, mais il y a toujours cette odeur répugnante qui flotte dans l'air.

— Princesse, bienvenue ! C'est une joie de vous avoir ici parmi nous, humbles gens du peuple.

C'est le visage fermé, que je vois sortir d'une pièce mystérieuse, la fameuse patronne de cet endroit, qui les bras grand ouverts s'avance vers nous. Son sourire sonne faux et ses manières sont exagérées. Elle se stoppe néanmoins à une bonne distance de ma personne en voyant mes chiens, qui commencent à lui grogner dessus, tout en retroussant leur babines.

𝑷𝒂𝒊𝒏'𝒔 𝒎𝒚 𝒐𝒏𝒍𝒚 𝒉𝒐𝒎𝒆Où les histoires vivent. Découvrez maintenant