"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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If This Was A Movie – Taylor Swift
L'habituelle place d'Ezra, en bas de l'amphi est vide.
Les bancs se remplissent, certains retardataires entrent en trombe et s'installent en vitesse sous le regard désapprobateur du professeur Stutton, mais Ezra n'apparaît toujours pas. Je baisse la tête et ouvre mon ordinateur pour prendre les premières notes du cours de biochimie qui vient de commencer. À peine trente minutes après le début du cours, ma concentration se fait déjà la malle, happée par mon téléphone dans l'espoir que l'écran s'illumine.
Je saisis l'objet de mes tourments et ouvre la conversation que j'entretiens avec Ezra. Une interminable liste de bulles bleues occupe l'écran. Toutes sont sans réponses, les messages n'ont même pas été lu. Il est sorti de l'hôpital dès le lendemain mais n'a toujours pas décidé de revenir en cours pour autant.
Je me déteste de le harceler de la sorte et me rassure en me disant que c'est normal, qu'il a besoin de repos après l'incident du match mais j'ai peur qu'il commette l'irréparable. Il est tellement brisé que son cœur a cessé de fonctionner, ça en dit long sur son état.
À la seconde où le professeur annonce la fin du cours, je ramasse mes affaires et me rue vers la sortie en manquant de tomber dans les escaliers. Dehors, les températures avoisinent les vingt degrés mais ça ne m'empêche pas d'être frigorifiée. Je resserre mon blouson et pars m'isoler sous une arcade en briques rouges de Royce Hall. Même si les étudiants adorent l'aspect pittoresque de cette partie du campus, le calme règne comme s'il était sacré ici.
J'inspire une grande bouffée d'air, récupère mon téléphone et compose le numéro d'Ezra. Je porte l'appareil à mon oreille et patiente en me rongeant l'ongle du pouce.
— Allez, réponds...
— Vous êtes bien sur la messagerie d'Ezra Taylor, annonce sa voix monocorde.
Fait chier !
Tous mes appels finissent sur sa boîte vocale. Et comme à chaque fois, j'y laisse un message.
— Salut... bah c'est moi... Charlotte. Encore. Je me fais du souci, j'espère que ça va. Enfin, non j'imagine que ça ne va pas mais tu m'as compris quoi. Rappelle-moi, je t'... bref rappelle-moi quand t'auras eu mes messages.
Et je raccroche.
Je passe les mains sur mon visage et presse mes paupières pour empêcher les larmes de couler. Je me trouve tellement pathétique ! J'ai perdu le compte des messages qui inonde sa boîte vocale : dix ? Peut-être quinze. J'ai arrêté de compter à partir du sixième. J'ai la boule au ventre à l'imaginer en train d'agoniser tout seul quelque part, avec le cœur prêt à lâcher pour de bon.
Je ramène les genoux contre ma poitrine et les encercle de mes bras. Qu'est-ce que j'attends, honnêtement ? Qu'Ezra me rappelle et qu'il me dise qu'il est désolé, que son portable était cassé, qu'on le lui a volé et que c'est pour cette raison qu'il m'a laissé sans nouvelles pendant tout ce temps ? Honnêtement, même ça je m'y accrocherais. Ce sera toujours mieux que le silence.