"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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J'ai l'estomac noué.
Depuis mes huit ans, je veux devenir basketteur professionnel. Jouer pour une grande équipe de NBA, puis intégrer la sélection nationale. Avec Jaxon, avant d'entrer au lycée on a marqué nos prénoms sur un ballon de basket avec le nom des équipes dans lesquelles on espérait jouer un jour : les Lakers, les Pistons ou encore les Knicks. J'espère qu'il l'a gardé, ce ballon. Même si le cours de ma vie a radicalement changé, ce rêve est resté.
L'opportunité de cette journée scelle tant d'années d'efforts, de doutes. Et quelque part dans tout ça, je la dédie à Lucy car il y aura toujours une part d'elle en moi, dans tout ce que j'entreprends. Je suppose qu'elle serait fière de savoir que j'ai été jusque-là, que je l'ai écouté quand elle m'a ordonné de poursuivre mes rêves.
Derrière les vitres, je regarde Charlotte s'éloigner et se fondre dans la masse de sportifs qui déambulent sur les allées enneigées du centre. Honnêtement, je m'inquiète pour elle. Sa maigreur est encore plus marquée. Hier, alors qu'on dînait, elle a sectionné son plat en trois parts égales et n'en a mangé qu'une. Son regard vide et ses sourires crispés ne m'échappent pas, ni la manière dont elle s'est raidit quand j'ai touché son corps avant qu'elle ne se détende. C'était bref, furtif mais c'était là. Quand bien même je me suis assuré de son consentement, ses réactions me sont restées en tête jusqu'à que je m'endorme.
En attendant Rafael, je vérifie mes notifications toutes les deux minutes pour être sûr de ne pas manquer un message de sa part. Je n'ai jamais été très doué pour réconforter les autres, je me sens toujours dépassé par leurs émotions. Alors, quand les miennes sont devenus ingérables, je me suis blindé pour ne pas avoir à exposer ce que je ressentais. Les premières séances de thérapie avec la psychologue ont été rythmées par des heures de silence, je ne voyais pas comment quelqu'un que je ne connaissais pas pouvait me venir en aide quand je ne laissais même pas mes proches le faire. Aujourd'hui, c'est différent. Charlotte... je crois bien qu'elle rend mon cœur tout mou, dégèle la couche de glace qui s'est formé tout autour. Je tâtonne encore les chemins de la communication mais j'avance plutôt bien grâce à elle. J'écris, efface et réécris plusieurs fois un message pour lui rappeler que je ne suis pas bien loin. Mes doigts glissent sur le pavé tactile et, avant que je ne puisse m'en rendre compte, envoient :
Moi :
Appelle-moi si ça ne va pas. Je t'aime.
Je. T'aime.
Un brasier s'enflamme dans chacune de mes cellules lorsque je réalise le poids de ces mots. Je me dépêche d'annuler l'envoi avant qu'elle ne le lise. Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? J'ai les neurones grillés, c'est pas possible !
Est-ce que j'aime Charlotte ? Très certainement. Je ne vais pas nier mes sentiments pour elle, mais elle mérite plus qu'un vulgaire message. Si je devais lui avouer ce que je ressens, ce serait en bonne et due forme. En tout cas, je soutiens l'idée que toutes les femmes méritent d'avoir au moins une fois dans leur vie, une déclaration digne du nom.