"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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« Give me back my girlhood, it was mine first »
Would've, Could've, Should've – Taylor Swift
Savonner. Nettoyer. Frotter. Décaper à s'en écorcher. Rincer.
Recommencer. Deux, trois, quatre fois. Jusqu'à être purifiée, du moins en apparence.
J'ai vidé deux bouteilles de savon antiseptique en deux jours, mais malgré les douches pathologiques que j'ai prises depuis l'épisode du gymnase, je me sens toujours aussi sale. Je ne crois pas qu'un quelconque antiseptique n'enlèvera ce film qui me colle à la peau. C'est comme un poison qui court dans mes veines et pour lequel il n'existe aucun remède. Il n'a pas seulement contaminé mon corps, il a infecté le moindre espace de mon cerveau.
Il m'a privé de mon innocence, il a souillé mes rêves et mes espoirs et a coupé la seule branche à laquelle je me raccroche depuis quelques semaines. Je ressasse les souvenirs et me demande comment quelqu'un d'aussi affable que l'a été le directeur à mes débuts, se transforme en une personne aussi abjecte, dont la seule motivation est de détruire les femmes. Si seulement j'avais pu comprendre les avertissements qui se sont présentés à moi, j'aurais peut-être pu empêcher tout ça d'arriver.
Je rince la quatrième pellicule de mousse à l'eau bouillante, passant le jet sur chaque parcelle de ma peau jusqu'à me sentir enfin stérile, puis sors de la douche et m'enroule dans une serviette immaculée. J'évite soigneusement mon reflet dans le miroir couvert de condensation mais je sais à quoi mon corps ressemble. Des érythèmes sur le pli des coudes, derrière les genoux, des desquamations sur les bras et les épaules et des bleus sur l'intérieur de mes cuisses qui commencent enfin à jaunir : mon corps est un champ de ruines.
Je sursaute lorsque des coups font trembler la porte sur ses gonds.
— Lottie ? T'es là-dedans ?
Mon cœur décélère au son de la voix de Spencer qui force encore la clenche, sans succès.
— Depuis quand tu t'enfermes dans la salle de bain ? Tout va bien ?
— Euh... Ouais. T'inquiète, je fais vite !
Ma cousine s'adosse contre le chambranle tandis que j'enroule une serviette autour de mes cheveux cuivrés et que je me sèche. Je passe rapidement mon jean et mon haut à manches longues, puis détache la serviette sur ma tête quand j'entends ma cousine s'exciter.
— Oh merde, t'as eu tes règles ? MAMAN ! JE CROIS QUE CHARLOTTE A ENFIN SES RÈGLES !
— Je n'ai pas mes règles !
Je déverrouille la porte et la laisse entrer. Spencer trouve tout de suite sa place sur la cuvette fermée et me toise dans le miroir pendant que je démêle mes cheveux.