"Tout ce que je voulais, c'était être l'égale de ma mère"
Charlotte n'a qu'une ambition : devenir une grande gymnaste. Comme sa mère. Alors quand l'occasion se présente, elle n'hésite pas une seule seconde. Pourtant elle n'imagine pas le nombre d'ob...
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La maison connaît un certain chaos depuis que tante Liz et oncle Derek sont partis avec Riley à New-York avant-hier, pour son audition à la School of American Ballet. Je suis presque certaine que si j'ouvrais un dictionnaire aux pages des mots « apocalypse », « danger » ou encore « épuisement », j'y trouverais une photo de Spencer à chaque fois.
Le premier jour, elle a failli cramer la maison en faisant cuire des œufs au plat pour le dîner. Puis le lendemain, en pleine nuit, elle est venue me réveiller en pleurant à chaudes larmes parce qu'elle pensait à ce que les dinosaures ont dû ressentir en voyant arriver la météorite qui a provoqué leur extinction.
Ce matin, elle panique car elle ne trouve plus sa chaussette porte-bonheur. Je ne sais pas d'où ça sort mais elle a une chaussette bleu ciel avec des marguerites qu'elle fourre dans son sac à tous ses examens depuis la fin de l'école primaire. J'ai beau chercher avec elle, son grigri est introuvable. Et comme nous risquons d'être en retard pour la fac, je suis obligée de mettre fin à ses investigations.
Dans la voiture d'oncle Derek qu'il m'a confiée pendant leur absence, l'angoisse de ma cousine est palpable. Je peux comprendre ce que ça fait, je n'imagine pas m'entraîner ou disputer les compétitions sans les anciennes maniques de maman. Et un grigri ça ne se remplace pas, c'est précieux. Surtout pour Spencer, ce n'est pas juste de la superstition mais un vrai point d'ancrage. Durant le trajet, elle essaie de relire ses fiches mais s'emmêle les pinceaux.
— Je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre mais pense très fort à ta chaussette, comme si elle se trouvait dans ton sac quand tu passeras ton examen cet après-midi.
— Ce sera pas pareil... Mon cerveau va savoir qu'elle n'est pas là et je vais rater mon examen, retaper mon année puis je finirais au chômage parce que tout le monde saura que j'ai redoublé et personne ne voudra embaucher une raté.
— Ça n'arrivera pas. J'entends ta frustration, Spenc' mais tu as travaillé et révisé pour ce partiel. Tu peux le faire ! Je crois en toi.
À notre arrivée sur le campus, ma cousine traîne des pieds. Mes paroles d'encouragements et mes mots rassurants ne semblent avoir aucun effet positif sur elle. Elle est totalement submergée par le stress. Je ne ménage pas mes efforts lorsqu'un sifflement dans la foule attire notre attention. J'observe les alentours et repère Jaxon, accompagné de Rachel et d'Ezra, à l'écart des autres étudiants.
Spencer, habituellement si souriante, tire une tête de dix pieds de long. Et la connaissant très bien, elle est proche du point de rupture.
— Tout va bien, Spencer ? s'enquiert aussitôt Jaxon.
Elle se contente de secouer la tête, le regard baissé vers ses pieds.
— Bref ! Quoi de neuf, sinon ?
Sa tentative pour détourner la conversation fonctionne un instant mais les signes de sa nervosité à son paroxysme ne m'échappent pas, et encore moins à celui qui craque pour elle depuis des mois. Dans une tentative de lui remonter le moral, Jaxon ne peut s'empêcher de faire le pitre, tout en essayant de la séduire.