PART LI

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Madame Spetto entra dans la chambre de la fillette juste après que celle-ci l'eut autorisé à le faire. Elle s'approcha ensuite de son lit où elle la trouva recroquevillée, serrant sa poupée tout contre elle. Souhaitant comprendre ce qu'il lui arrivait, elle s'assit à côté d'elle, puis dit d'une voix douce :

- Mademoiselle Lucy, je vous ai vu courir jusqu'à votre chambre tout à l'heure, vous aviez l'air de ne pas aller très bien. Si jamais vous avez envie de discuter de ce qui ne va pas, vous pouvez le faire. Dans le cas contraire, vous êtes libre de ne rien dire. Je tiens à vous dire que je suis là si besoin.

Une fois qu'elle eut terminé de parler, elle attendit un instant, mais voyant que la petite ne semblait pas vouloir partager son mal-être, elle se releva et commença à avancer vers la sortie. Seulement, alors qu'elle s'apprêtait à ouvrir la porte, l'enfant se redressa et déclara, sa poupée toujours dans ses bras :

- Papa m'a dit que comme maman était très malade, on ne pourrait plus aller à la fête foraine, ni rencontrer mon autrice préférée... Elle marqua une pause et reprit avec des sanglots dans la voix. Je... Je sais bien que je n'ai pas le droit de lui en vouloir de me dire ça et je suis très inquiète pour maman aussi, mais je me sens contrariée et triste parce que j'avais vraiment envie d'y aller. Ma... Maman me l'avait promis et les promesses des constellationnistes doivent toujours être tenues. Je sais bien que c'est pas de sa faute et je lui en veux pas, mais je ressens quand même toutes ces émotions négatives et je m'en veux beaucoup parce que je sais que c'est mal de les ressentir... Je devrais juste accepter le refus de papa, mais j'y arrive pas... Dis Spetto, tu crois que je suis quelqu'un d'horrible ?

En disant cela, un flot de larmes dévalèrent à nouveau sur ses joues. En la voyant ainsi, la vieille servante ne réfléchit pas une seconde et la prit dans ses bras. Elle lui caressa doucement le dos et affirma :

- Non Mademoiselle, vous n'êtes pas quelqu'un d'horrible. Et vous ne devez pas vous excuser ou vous en vouloir de ressentir des émotions négatives. Vous êtes un être humain et ressentir des émotions est naturel chez l'humain. Et c'est tout à fait normal de vous sentir contrariée et triste après le refus de votre père. Vous attendiez depuis si longtemps d'aller à cette fête et de rencontrer cette autrice. Alors il est normal que vous ressentiez tout cela, et que vous ayez du mal à accepter la situation et ce même si vous avez conscience que l'état de votre mère ne lui permet pas de tenir la promesse qu'elle vous a fait. Vous ne devez surtout pas essayer de refouler vos émotions, elles sont légitimes. Et si je peux vous assurer une chose, c'est qu'une fois que vous aurez vidé votre sac, ça ira beaucoup mieux.

- Et comment on fait pour vider son sac ?

- Eh bien, des fois pleurer ça peut suffire, puis certaines fois, on peut aussi vider son sac en frappant dans un coussin, en peignant, chantant, ou bien même en écrivant. En fait, il faut se diriger vers la chose que votre coeur estime être la meilleure manière de totalement exprimer ce que vous ressentez. Alors Mademoiselle, qu'est ce que vous dicte votre coeur ? Qu'est-ce qu'il aurait envie de faire pour se libérer ?

- Ecrire.

Elle avait dit ça spontanément, sans réfléchir, comme un cri venu du coeur, parce que, pour elle, c'était une évidence.

Après tout, l'écriture avait toujours été son activité préférée ; chaque fois qu'elle s'y adonnait, elle se sentait plus légère, plus libre, comme si cela suffisait à chasser le poids qui pesait parfois sur ses épaules. Elle ignorait pour quelle raison il en était ainsi, et bien qu'elle se soit déjà posée la question, avoir une réponse importait peu. Ce qui était certain, en revanche, c'était qu'écrire lui faisait non seulement du bien, mais surtout, elle adorait ça.

Soulmate × greyluDes histoires addictives. Découvrez maintenant