Chapitre 8 : Juste un coup de feu.

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Assis sur le petit fauteuil, emmitouflé sous l'épaisse peau d'un animal polaire, je guettais les flammes du foyer face à moi.

Il m'avait fallu trois jours pour arriver à une température acceptable et une humidité envolée. Je ne quittais pas la pièce à vivre, laissant la porte de l'unique chambre fermée parce que cela aurait fait une pièce supplémentaire à chauffer.

Il y avait une petite salle de bain, avec le minimum pour vivre. L'eau ne coulait plus, alors je prenais un peu de neige à l'extérieur et la faisait fondre dans divers récipients avant de m'en servir pour boire ou me doucher. Elle restait relativement fraîche et le nettoyage de mon corps restait sommaire.


Le bois crépitait encore, je surveillais quelques braises parmi les cendres, et une délicieuse odeur de fumée remplissait le chalet. Je ne savais pas à qui il avait appartenu exactement. Un homme sans doute, au vu des vêtements que j'avais trouvé dans une armoire. Un homme de forte corpulence. Les hauts pouvaient m'aller mais si j'enfilais ne serait-ce qu'un pantalon, je faisais un pas que le vêtement se serait trouvé à mes pieds.

Je soufflais doucement. J'avais poussé un petit meuble en bois contre la porte, de peur qu'un animal sauvage arrive.

Des fois, le vent arrivait à s'infiltrer dans la pièce, lors de fortes bourrasques. Ces jours-là, je restais à l'abri derrière les fenêtres que j'avais nettoyé et observais le blizzard puissant qui sévissait à l'extérieur. Quand tout se calmait, je grimpais sur le toit pour chasser la neige, c'était un miracle qu'il ne se soit pas déjà effondré.


J'étais resté exactement deux semaines complètes dans ce petit cabanon, qui devait appartenir à un ancien trappeur, au vu des fourrures d'animaux qui jonchaient le canapé ( mais qui demeuraient immensément utiles pour se réchauffer ) et la tête d'orignal qui était suspendue sur un des murs.

L'animal mort restait ma seule compagnie, et cela commençait sérieusement à me peser. Deux semaines pendant lesquelles j'avais guetté par la fenêtre, sans jamais voir une seule silhouette humaine à l'horizon. C'était long, et cette sensation de solitude commençait à trop me ronger. Je commençais à m'ennuyer.

Les quelques livres qui n'avaient pas fini au feu demeuraient illisibles, parce que je ne comprenais pas ce qu'il y avait écrit. À part le hongrois et légèrement le russe, le reste demeurait des langues inconnues.

Et puis de toute façon, je n'avais jamais aimé lire. Ibolya adorait ça, elle se mettait près du feu de notre cheminée en pierre, dans un petit fauteuil. Souvent j'y étais déjà installé, alors elle s'asseyait sur moi, son corps posé contre mon torse, et lisait à voix haute.

J'aimais l'écouter, parce que qu'elle semblait heureuse dans ses livres. Elle semblait heureuse alors que moi, je n'arrivais pas à trouver quelque chose pour me rendre heureux. Elle partait dans un autre monde, avec des héros forts et plein de qualités. Souvent, je me disais que c'était un homme comme dans les lignes des bouquins qu'il faudrait à ma femme, et pas moi, l'individu menteur qui se cachait derrière elle.

Alors ces derniers jours, j'avais pris un livre et avait essayé de lire à haute voix des mots sans aucun sens, échappant des sons étranges de mes lèvres et déformant sans doute les lignes écrites à l'encre noire.

Je voulais faire comme Ibolya, comme pour me dire qu'elle était encore avec moi. Parce que chaque jour je pensais à elle, et j'espérais qu'il en était de même de son côté. Mais je savais qu'au fond, un beau jour, elle oublierait cette ordure de Laszlo qui mentait sur ces sentiments, et qu'elle trouverait un autre homme, avec toutes les qualités des héros de bouquin, et ce jour-là, une belle histoire commencerait enfin pour elle, et moi, je ne serais qu'un chapitre terminé et plus jamais relu. Je disparaîtrais de sa mémoire.

Alaska.Des histoires addictives. Découvrez maintenant