Chapitre 43 : Le meurtrier dans la neige.

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Les balles voyageaient dans l'air plus vite que le son. Ce qui signifiait une chose très simple : dans l'optique où l'on vous tirait un coup mortel, vous n'entendriez jamais la détonation. 

J'ouvrais les yeux, alors que du sang perlait depuis mon front. Face à moi, Tekhla avait toujours son arme rivée sur ma silhouette. Mais elle ne tirerait jamais. Ses cheveux blancs étaient désormais rouges. Une balle lui avait transpercé la tête et avait envoyé tout son sang contre moi. Ses traits s'étaient tous figés. Elle était morte. Face au monde entier. Parce qu'un homme, au loin, lui avait tiré dessus. Je voyais Amine debout à l'arrière d'un pick-up, le fusil encore en joue. Il m'avait sauvé la vie. 

Sergei était à côté de lui, alors que le véhicule avançait à toute allure vers moi. Mais je restais immobile. Mes forces semblaient s'être dissoutes. Je n'avais plus l'adrénaline pour me faire oublier la douleur.

Quand j'étais soldat, je me disais que je voulais choisir ma mort. Je ne voulais pas mourir d'une façon banale, c'était peut-être prétentieux. Mourir sur le champ de bataille, cela restait parfois noble à mes yeux, si l'ennemi était grand. Aujourd'hui, je voyais les choses autrement. Je ne voulais pas choisir ma façon de mourir parce que je ne voulais pas mourir. Je voulais vivre, avec Amine. C'était mon unique vœu, et surtout le plus cher. Mais en ce moment, il me paraissait surtout comme le plus irréalisable.

Le véhicule s'arrêta à mon niveau, et Amine en sauta pour s'accroupir à côté de moi. Je sentis ses mains encercler mon visage.

— Tu vas bien ? Dis-moi que tu vas bien.

— Je ne vais pas bien Amine.

Il échappa un rire nerveux, avant que celui-ci ne soit étouffé par un sanglot.

— Je ne vais pas bien mais je suis là, non ? je soufflai.

— Et tu seras toujours là Laszlo, on t'amène, compléta Sergei en descendant se poster à côté de mon compagnon.

Je ne comprenais pas le sens de ses propos jusqu'à ce qu'il me soulevât par les jambes alors qu'Amine me tenait sous les bras. Je poussais un cri de douleur déchirant, car cela me réveillait la blessure par balle.

— On ne laisse pas tomber les plus grands héros aussi facilement, me confia Sergei alors qu'il m'installait à l'arrière du pick-up, assis sur des vieilles couvertures trouées.

Je souriais malgré moi.

— Je voulais que tu voies le grand final aussi, reprit ce dernier.

— Le grand final ?

Sergei acquiesça d'un signe de tête avant d'ordonner au conducteur de partir. Les tirs s'étaient calmés, sans doute parce que tous les hommes avec les capes noires prenaient la fuite, et que nos ennemis avaient compris que c'était perdu d'avance. Les véhicules se mirent en marche, et je me demandais ce que pouvait faire de plus Sergei après avoir transformé le camp en zone de guerre. 

Il sortit une télécommande de sa poche, et je vis un drone s'envoler. Je n'eus pas besoin d'un long moment pour comprendre. L'appareil comportait une petite vignette précisant sa dangerosité. Un drone kamikaze. Cette nouvelle invention de guerre avait été largement utilisée dans les conflits récents. Il n'avait qu'à la prendre et l'envoyer sur un immeuble ou une place importante d'une ville ennemie pour provoquer une explosion violente. C'était ainsi que le Palais de Budavár ou le Parlement Hongrois avaient été rayés de Budapest, ainsi que plusieurs endroits de la ville. Ainsi vous effrayiez la population et créiez des sentiments d'insécurité et de peur croissants.

Je pensais que Sergei allait l'envoyer sur les infrastructures restantes mais il le fit s'envoler dans le ciel. Je le regardais interrogateur mais il gardait cet air sûr de lui. Parfois, je me demandais comment il avait fait pour si bien orchestrer un plan militaire contre son propre camp. 

Alaska.Des histoires addictives. Découvrez maintenant