L'instructeur avait commencé son discours une dizaine de minutes auparavant, et je commençais à trouver le temps long. Si on ajoutait la nervosité d'être dans le grand hangar de cette base militaire, autant dire que je n'étais pas le jeune le plus heureux de l'endroit.
— Vous avez réussi les premiers tests médicaux, psychologiques et physiques. Nous estimons que vous avez le mental et la force d'évoluer dans les rangs de l'armée. Mais ne soyez pas trop rapidement fiers de vous ! beuglait l'instructeur dans sa tenue militaire. Le plus dur reste à faire. Des mois de préparation, avant d'être envoyés sur le terrain ! À la fin, vous buterez ces petits cons de russes qui ont jugé intelligent de conquérir le monde ! Vous leur montrerez que notre patrie est peut-être petite, mais qu'elle se défendra jusqu'au bout ! La Hongrie ne sera pas un territoire perdu comme d'autres pays ! Nos dirigeants ne veulent pas signer d'accords. Et ils ont raison ! L'URSS nous avait abusé pendant la guerre froide ! Elle nous avait empêché d'évoluer !
Je fixais mes nouveaux compagnons autour de moi. On affichait tous des têtes perdues de gamins de quinze ans, jusqu'à dix-huit. Je faisais partie des plus jeunes, mais à mon grand étonnement, j'étais presque aussi grand que ceux qui semblaient plus vieux.
Certains avaient les jambes tremblotantes à cause du stress. D'autres gars avaient les yeux humides, quand une larme ne trahissait pas leur tristesse d'être ici, éloignés de leur famille pour partir à la guerre. Sans être sûrs d'en revenir vivants. Quelques garçons gardaient quand même le menton haut, attentifs au discours du militaire face à nous.
Je regardais encore autour de moi quand un garçon plus loin attrapa mon regard. Lui aussi devait observer les autres depuis plusieurs minutes. Son visage me stupéfia. Il était d'une sérénité rare.
Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un tel visage. Depuis le début de la guerre, plus d'un an auparavant. Parce que depuis, n'importe quel visage que je pouvais croiser reflétait une angoisse particulière de mourir prématurément le lendemain. La crainte des bombardements, des attaques surprises au drones qui touchaient autant les civils que les militaires envoyés au front.
Il y avait eu des pertes. Énormément de notre côté. Nous n'étions qu'un petit pays. C'était pour cela que le gouvernement avait décidé, deux semaines auparavant, de recruter des jeunes garçons et filles qui le souhaitaient, dès quinze ans, pour prêter main forte aux militaires déjà présents sur le champ de bataille.
Je n'avais pas trop hésité. Mon père était militaire. C'était ma fierté. Celui qui le jour où la guerre avait été déclarée, avait couru jusque dans le parc où je traînais avec quelques amis pour me prendre dans ses bras. Il m'avait glissé quelques mots dans l'oreille, ignorant que c'étaient les derniers qu'il m'adressait.
J'espérais que je le croiserais sur le champ de bataille, et pourquoi pas, me battrais à ses côtés contre l'ennemi qui menaçait chaque jour de détruire ma maison où vivait ma mère, ainsi que celle d'en face, celle de mes grand-parents aimants. Celle de la voisine, qui nous apportait quelques fois des pâtisseries qu'elle faisait. La maison de mon ami Attila, qui me faisait rire chaque jour avec ses blagues particulières. Toutes les maisons de Budapest, toutes celles de la Hongrie, toutes les âmes qui s'y réfugiaient dans la crainte de mourir.
Le garçon aux fins cheveux blonds et à la peau laiteuse gardait son attention sur moi. Et j'étais incapable de défaire mon regard de lui. Sa sérénité le rendait magnifique. Il semblait d'une innocence rare. Et pourtant, s'il était là, c'était qu'il était prêt à abandonner cette dernière.
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Alaska.
Science Fiction[Continuité du livre Arizona, gagnant d'un Wattys 2016] [Il est possible de lire ce livre sans avoir lu Arizona] • Série : Divided States of America. Code Pénal Russe, s'appliquant au Grand territoire de Russie et ses alliés : « Article 1 : t...
