Mon doigt mit quelques secondes avant d'oser se détacher pleinement de la gâchette. L'homme face à moi possédait dans son regard un soupçon de peur, incertain quant à mes réactions. Mais en même temps, il demeurait imperturbable, courageux, et logiquement, admirable. Je le fixais avec un peu plus d'intensité, dans le silence de la forêt déserte. Sa peau était incroyablement pâle, sa carrure forte et musclée, comme la plupart des gens du camp. Une barbe blonde de quelques jours, avec des reflets roux, grignotait son visage. Emmitouflé dans d'épaisses couches de vêtements et quelques peaux d'animaux, il avait l'allure d'un trappeur.
— Il nous veut quoi ? me demanda Laszlo, ne comprenant sans doute pas pourquoi j'avais baissé mon arme.
— C'est celui qui m'a donné le mot.
L'homme garda les mains toujours levées vers le haut, et s'avança prudemment vers nous.
— Je m'appelle Sergei.
— Lazslo, et lui c'est Amine.
— Je le sais, ne t'inquiète pas. Tout le monde sait qui tu es Laszlo, et qui ton compagnon est.
Je fronçais les sourcils, intrigué par le sens que pouvait revêtir sa réponse.
— Il a dit quoi ? reprit Amine.
Je lui traduisais rapidement la conversation que j'avais eu avec le russe, alors que Sergei s'avança pour se tenir face à nous. A peine un mètre le séparait d'Amine, qui le regardait quand même avec un regard méfiant. C'était rare une telle attitude de la part d'Amine, et je comprenais que cette histoire de camp commençait à le rendre sceptique face à tout ce qui nous arrivait.
— Pourquoi tu m'as écrit ce mot ? C'est quoi toute cette histoire ? aboyai-je.
— C'est la vérité Laszlo, et je voulais que tu la saches.
— La vérité ? Avec Amine, on a compris que certains éléments dysfonctionnaient. Mais certains restent flous.
— Je te demande juste de me faire confiance, reprit Sergei.
— Tu es russe, comme toutes les personnes ici.
— Putain ! Comprends une chose, la guerre est terminée. Il s'est passé des choses qui ont opposé nos deux pays il y a dix ans, je le sais. Mais c'est terminé ! Tu ne peux pas détester un peuple juste pour les décisions diplomatiques engagées par son gouvernement ! Ma nationalité ne fait pas de moi un homme sans cœur, un bourreau qui veut le monde à ses pieds. Il y a des bons et des mauvais, comme dans chaque peuple ! Comme dans le tien ! Personne n'est ni noir, ni blanc. On est juste des putains d'humains qui tentent de survivre un peu plus chaque instant dans un monde au bord du gouffre !
Je ne répondis rien, presque choqué. Les mots de Sergei m'avaient marqué, parce que personne ne m'avait remis en place de la sorte. J'avais toujours vécu avec une opinion bien forgée sur qui étaient mes ennemis. Sergei arrivait, et remettait un peu de brouillard dans mes idées.
— J'ai fait la guerre aussi, Laszlo. J'ai détesté ton peuple qui a tué mon frère. Mais dix ans après, j'ai compris que cette haine n'était pas la mienne. On est endoctrinés chaque instant par nos pays respectifs. Je te demande juste, pour les prochains temps à venir, de faire abstraction de ce qui a pu nous opposer.
— Pourquoi ? Qu'est-ce que j'y gagnerai ? sifflai-je, sur la défensive.
— La vie. Ils veulent te tuer Laszlo. Tekhla veut ta mort, tout comme un gouvernement entier derrière elle.
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Alaska.
Science Fiction[Continuité du livre Arizona, gagnant d'un Wattys 2016] [Il est possible de lire ce livre sans avoir lu Arizona] • Série : Divided States of America. Code Pénal Russe, s'appliquant au Grand territoire de Russie et ses alliés : « Article 1 : t...
