Chapitre 40 : La sentence finale.

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Je rentrais au camp l'air de rien, même si désormais, je dévisageais chaque personne avec ce pressentiment étrange qu'elle pouvait ordonner ma mort en un claquement de doigts. J'avais vécu la guerre, la crainte de mourir chaque seconde. Mais là, c'était différent. L'atmosphère était trop calme avec un danger invisible qui planait au-dessus de ma tête.

Je me permettais parfois de laisser un doute quant à la véracité des propos de Sergei, mais leur cohérence revenait me frapper à chaque fois. Je n'avais qu'à me montrer patient. Mais c'était dur pour un humain d'attendre son heure de mort.

J'opérais mon tour de garde habituel, réfléchissant si je pouvais ramener discrètement une arme avec moi. Mais tout était filmé, je serais vu, et les membres de camp se poseraient des questions. Sergei m'avait dit de lui faire confiance, qu'il se chargerait de tout. J'avais du mal. Ma vie était en jeu. De même, je me demandais s'il avait réussi à avoir beaucoup d'autres hommes dans son espoir de rébellion. Parce qu'ici, peu me souriaient pour montrer un poil de sympathie. Ou sinon ils cachaient très bien leur jeu.





Même le soir, devant mon miroir de la salle de bain, je m'arrêtais devant mon reflet. Je n'y voyais pas le visage d'un révolutionnaire. J'y voyais juste un homme, les yeux creusés et au regard hargneux, un air intransigeant et froid, l'absence d'un sourire, de vieilles cicatrices qui barraient son torse ou son front, une allure musclée qui voulait lui donner de la force alors qu'il ne savait même plus pour quoi se battre, et surtout, des mains tremblantes, celles d'un meurtrier. Celles qui avaient appuyé sur une gâchette pour tuer des milliers de personnes Qui allaient recommencer. Qui allaient pousser les autres à faire de même...

J'avais le visage de Laszlo Horvath, un psychopathe né de la guerre, le héros d'un monde tellement détruit qu'il voyait une nouvelle guerre civile comme l'ultime solution.

« Laszlo, tu détestes la guerre. Elle t'a tout enlevé. Mais toi, tu es prêt à en commencer une nouvelle ? A dire à un peuple entier de se battre ? Laszlo... Tout recommence... Tu n'es plus le messager de la mort. Tu es la grande faucheuse. Tu attires des millions de personnes vers leurs derniers instants. Comment tu peux vivre ? Pourquoi devrais-tu vivre ? La mort te... »

—    Tais-toi ! Laisse-moi ! hurlai-je en attrapant violement le rebord de l'évier. Tais-toi, je ne veux plus t'entendre !

La porte de la salle de bain s'ouvrit dans la volée, et Amine se rua contre mon dos, essayant de calmer mon corps secoué violement par les soubresauts et les larmes. Mes doigts serraient toujours la porcelaine du meuble alors que mes biceps tremblaient d'une manière effrayante.

Les bras d'Amine entouraient délicatement mon torse, pour me rassurer, et je sentais même son corps juste contre le mien. Amine toujours serein, alors que je menaçais d'exploser comme un volcan imprévisible. Je croisais notre reflet dans le miroir, vis mon visage rouge noyé de larmes, celui d'un monstre endeuillé, qui se pensait incapable de supporter la révolution qui planait sur nos têtes.

—    Calme-toi Laszlo, me murmura doucement la voix d'Amine dans le creux de mon oreille.

—    Je ne sais pas ce qu'il m'arrive, arrivai-je à articuler entre deux sanglots.

—    C'est normal. Pleure si tu le veux, ça te fera du bien. Tu as le droit. Tu es fort Laszlo, mais même le plus fort des hommes a ses moments de faiblesse. On vient de dire que l'on veut te tuer, que tu es en danger ici, qu'une révolution va à nouveau secouer notre monde... Tes nerfs sont à vif et c'est normal, dit faiblement Amine d'un ton protecteur.

—    Mais comment tu fais toi ? Tu es toujours calme...

Amine échappa un léger soupir moqueur, puis je sentis ses lèvres effleurer doucement mon cou. Mon cœur se mit à palpiter alors qu'il embrassait délicatement ma peau.

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