Chapitre 12 : La souffrance du bonheur.

689 95 10
                                        

Média : Amine.

Le lendemain, mon premier réflexe était de me retourner. Je remontais la couverture sur mon corps, en remarquant que malgré les nombreuses couvertures au sol, la fraîcheur réussissait à franchir la barrière de pelages d'animaux pour venir caresser délicatement la peau de mon dos, et y laisser ensuite une longue marque indélébile, comme le faisait Andris. Pourtant, je m'étais endormi à côté du feu, qui illuminait à peine la pièce de ses faibles flammes du matin. Même la nuit qui commençait à s'éclairer apportait plus de clarté que le petit foyer de braises.

Je voyais dans le canapé face à moi les deux silhouettes que j'avais recueilli la veille. J'avais insisté pour qu'ils dorment sur l'unique meuble confortable. Ils avaient probablement plus besoin de sommeil que moi. Depuis combien de temps tentaient-ils de survivre dehors dans la nature ?

Je me levais enfin, enroulant mon corps dans une épaisse fourrure brune, appartenant peut-être à un caribou, semblable à celui que j'avais tué. Je m'avançais à tâtons jusqu'à la fenêtre, et observais les flocons tomber délicatement du ciel, telles des larmes délicates qui venaient des étoiles.

« Andris pleure là-haut ». Je sentais ma lèvre trembloter. Non. « Si Laszlo, Andris est au milieu des étoiles. Tu n'y peux rien ».

Pourquoi ? Pourquoi l'on ne pouvait pas changer le temps, remonter à une journée précise, changer tout précieusement, pour qu'aujourd'hui, les larmes tombant du ciel ne viennent plus se mélanger aux miennes ?

Je sentis une présence à côté de moi. Je secouais la tête. C'était il y a un bon paquet de temps déjà où je m'imaginais encore la présence d'Andris à côté de moi. Désormais, j'avais compris que je pouvais y mettre tout mon espoir, toute mon envie et mon cœur entier, il ne serait plus jamais à côté de moi.

Mais je me retournais quand même, et sans grande surprise, je savais que ce ne serait pas ce blond au regard bleu nuit et au talent inné en chant qui serait près de ma silhouette. Je savais que je n'entendrais plus sa voix, comme chaque soir où l'on se posait après une journée de combat. Ses vocalises ne m'emporteraient plus comme tous les autres hommes loin de notre quotidien qui était notre cauchemar. Je ne l'entendais plus chanter aujourd'hui, et je restais dans mon cauchemar. Mon rêve était parti en même temps que lui.

Amine était debout lui aussi, fixant l'extérieur et la neige au sol, du même bleu scintillant que ses prunelles, comme si ses yeux étaient remplis des flocons et des larmes d'Andris.

Cet homme ne fit pas de cas particulier des deux sillons qui perlaient le long de mes joues. Sans doute parce qu'il n'en avait rien à faire de mon existence, et c'était normal au fond. Et puis, si cela n'était pas le cas, cela ne changerait rien : on n'arriverait pas à se comprendre.

De toute façon, j'avais tellement côtoyé la peine que je m'étais fait à sa présence. Elle me rassurait comme elle me dérangeait, mais tant qu'elle était là, je savais que je ne l'oublierais pas. On ne pouvait pas oublier quelqu'un pour qui les battements du cœur résonnaient.

Je me retournais et découvrais sa femme toujours endormie, et elle perdait ainsi un peu de son expression menaçante et hargneuse. Amine fit de même et ses lèvres roses s'étendirent dans un léger sourire attendri en découvrant avec quelle sérénité Mariam se reposait.

Je me demandais si Ibolya ne me regardait pas ainsi aussi, quand elle se réveillait avant moi. Cela n'arrivait pas souvent, juste quand j'étais malade, parce que souvent je me levais plus tôt pour lui apporter le petit-déjeuner au lit parce qu'elle adorait ça. Elle souriait sincèrement, d'un magnifique sourire qui ensoleillait ma journée, y apportant un peu de lumière pour chasser les ténèbres omniprésentes. Je comprenais qu'Ibolya avait été la main qui me retenait pour ne pas sombrer trop profondément dans l'univers triste dans lequel j'évoluais.

Alaska.Des histoires addictives. Découvrez maintenant