Ma vision se brouillait par moments, et mon corps complètement affaibli supportait de moins en moins la douleur à chaque pas que je faisais. J'avais enlevé cette maudite flèche dans mon abdomen, réveillant encore plus le mal qui me paraissait insoutenable, avec cette impression qu'un bout de mes organes vitaux était parti avec ce satané projectile. Bien sûr, je n'avais pas le temps d'allumer un feu pour faire rougir une lame et désinfecter ma blessure. Ma seule idée était de me remettre en route, espérant rentrer à temps dans mon refuge et me soigner là-bas. En espérant aussi que je ne mourrais pas avant d'atteindre ma cible, ou après, par une Mariam enragée qui m'attendrait sur le pas de la porte.
Dans tous les cas, je me sentais plus proche de la mort qu'à n'importe quel moment depuis que j'avais posé un pied en Alaska. Cela me ramenait à la guerre. Des fois, j'avais cru mourir quand une bombe explosait près de nous, que je me retrouvais propulsé au sol avec des oreilles bourdonnantes et cette impression que le sol m'aspirait. D'autres quand une balle nous frôlait, que l'on imaginait presque notre vie défiler devant nos yeux. Ou bien, comme ce jour-ci, où j'étais sérieusement blessé, et que là, un combat contre la mort commençait, où à la moindre seconde où nous baissions les bras, nous étions foutus.
C'était pour ça que je continuais à avancer dans la neige, laissant une traînée rouge derrière mes pas, souillant la pureté de la poudreuse autour de moi avec mon sang de meurtrier. Je laissais une trace de qui j'étais, mon identité que je cachais à tous, qui se dessinait sur les cicatrices de mon corps et les regrets de mon esprit. Ma blessure continuait à saigner abondamment, malgré que j'eusse noué un bout de bandage autour de mon buste pour empêcher l'hémorragie d'empirer. Cela n'avait probablement aucun effet, ou sinon, très minime.
Je dus faire plusieurs pauses, pour reprendre mon souffle, surveiller mes arrières, afin de guetter qu'aucun coéquipier des trois personnes que j'avais tué ne m'aurait suivi. Mais pour une fois, j'appréciais que l'Alaska ne comporte que très peu d'âmes. En même temps, je tuais la moindre personne que je croisais, si les autres faisaient comme moi, ce n'était pas étonnant que je ne rencontre quasiment personne.
Je remontais ma cape et la fourrure sur mon dos, encerclant un peu plus mon corps, qui mourrait de froid. Je priais pour ne pas faire suite à ma blessure une infection, déjà que je faisais une bonne hémorragie. Je guettais aussi qu'un animal ne me suive pas, parce les prédateurs savaient repérer un individu faible pour lui porter le coup de grâce. J'avais beau avoir mes armes, ainsi que celles dérobées aux assaillants que j'avais tué, je savais que je ne pourrais pas me battre bien longtemps.
Mes paupières étaient lourdes et j'avais énormément de mal à me concentrer sur l'environnement autour de moi, et ma blessure continuait à me faire souffrir le martyr. Je dérapais même plusieurs fois dans une épaisse couche de neige, et à chaque fois, je croyais que je n'arriverai plus à me relever. Je restais aimanté contre le sol de longues minutes, les membres engourdis et tremblotants, avant de reprendre appui sur mes avant-bras et me hisser doucement en position debout, même si au moment de relever le buste, la douleur se réveillait plus intensément et me recourbait sur moi-même. J'avais beau serrer les dents, j'avais l'impression que la flèche se trouvait toujours dans ma chair, et qu'une main invisible l'enfonçait lentement et avec l'envie de me torturer chaque seconde supplémentaire.
Et pourtant, je ne savais quelle force m'avait permis d'atteindre mon abri. Mon rythme cardiaque s'était emballé de lui-même à la simple vue du petit chalet. J'avais déjà des âmes au paradis qui veillaient sur moi, des braves guerriers qui m'envoyaient toute leur force, et peut-être que j'avais des prières magiques d'Ibolya qui me protégeaient. Ou bien, Dieu tentait de me garder en vie, encore un petit peu, malgré le sang sur mes mains. Le prêtre avait peut-être vu ses larmes aussi... Je ne savais pas si tout cela était réel, mais le fait restait que j'étais encore vivant.
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Alaska.
Science Fiction[Continuité du livre Arizona, gagnant d'un Wattys 2016] [Il est possible de lire ce livre sans avoir lu Arizona] • Série : Divided States of America. Code Pénal Russe, s'appliquant au Grand territoire de Russie et ses alliés : « Article 1 : t...
