Média : Ibolya.
– Ton dessert est délicieux, Ibolya.
– Merci beaucoup. C'est une recette de famille, répondit ma femme en jetant un regard complice à sa mère.
Je perdis de nouveau mon intérêt vers les flammes de la cheminée. Rougeoyantes, libres de danser comme elles le voulaient, dangereuses.
« Pour eux, tu es dangereux Laszlo. Cache-toi.»
– Laszlo, tout va bien ? demanda mon beau père, attirant l'attention de tous les convives sur moi.
D'un coup, face à tant de paires d'yeux sur moi, la salle à manger où Ibolya avait invité sa famille et des amis me paraissait oppressante, l'air difficilement respirable et la chaleur étouffante .
Ils me ramenèrent à une réalité que je ne réussissais plus à cacher. Depuis quelques mois, j'étais ailleurs. Je réfléchissais. Je laissais l'ombre de moi-même grandir dans tout mon être, ayant peur que la lumière des regards autour de moi m'éblouisse et m'achève.
« Laszlo, rend-toi à une évidence : tu perds. Tu perds ton ombre, leur lumière se propage. Tu ne pourras plus leur mentir. Tu seras toujours toi-même.»
Je ne pouvais plus négliger mon identité, noyer mes idées noires, bâtir un enfer dans ce qui pourrait faire office d'un paradis.
– Je vais bien, mentis-je, c'est juste que...
– Je sais ! me coupa Attila, mon ami. C'est ton futur mariage qui te rend nerveux !
Comme à son habitude, il détendait l'atmosphère en faisant retentir des éclats de rires. Je pourrais lui en être reconnaissant, d'avoir contre sa volonté caché son ami derrière un mensonge. Peut-être semi-mensonge finalement. J'avais peur de ce mariage, peur qu'il m'efface à jamais, m'emprisonne dans un destin que je n'avais jamais pu fuir.
– Laszlo, vous vous inquiétez pour rien, me rassura belle maman. Vous êtes un couple magnifique, avec l'avenir devant vous. Ce mariage, c'est l'événement de votre vie ! Après, il ne manquera plus que des enfants... Ils seront sublimes, j'en suis sûre !
Sa dernière remarque me valut un regard appuyé d'Ibolya, tandis que je baissais les yeux. Des mois qu'elle voulait un enfant. Des mois que je repoussais tout, terrifié.
Je ne savais plus sur quoi avaient rebondi les conversations. Je me perdais déjà de nouveau dans mes pensées. À rêver de l'ancienne époque.
Et comme si la dizaine d'individus de la table arrivait à lire dans mes pensées les plus intimes, le sujet de conversation venait de passer à la fin de la guerre, la défaite de la Hongrie.
Les yeux perdus, je pensais à mon père, décédé pendant la guerre. Je faisais mon service militaire quand j'avais appris cela. Il avait survécu à deux ans de guerre, et un putain de soldat russe l'avait achevé un jour sur le terrain.
Il ne me restait que sa médaille, que l'on m'avait rapporté. C'était le jour de mes seize ans...
– Tu as fait la guerre toi aussi Laszlo ? me demanda la femme d'Attila.
– Oui... Les derniers mois. Dès que j'ai eu seize ans, mon service militaire s'est arrêté et j'ai été envoyé sur le terrain, fis-je la voix nouée par l'émotion.
Les convives me fixaient fièrement, surtout Ibolya, pour qui j'étais un héros, tandis que mes mois de guerre défilaient dans mon esprit. Ils ne pouvaient pas partir, j'y avais vécu les pires choses. Mon désir de vengeance, verser le sang de ceux qui avaient assassiné mon père, mais aussi la peur avant chaque assaut, les cris des hommes que j'avais tué, les destins que j'avais brisés, avant que ce ne soit le mien, avec la défaite de la Hongrie. Celle du monde en général, et la victoire du nouvel empire d'URSS.
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Alaska.
Ciencia Ficción[Continuité du livre Arizona, gagnant d'un Wattys 2016] [Il est possible de lire ce livre sans avoir lu Arizona] • Série : Divided States of America. Code Pénal Russe, s'appliquant au Grand territoire de Russie et ses alliés : « Article 1 : t...
