Chapitre 10 : Le méchant dans un conte.

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Quand je me réveillai, il faisait encore nuit. Le feu crépitait doucement et me berçait, risquant de me rendormir à chaque instant.

Je me mis en position assise, avant de ramener l'épaisse fourrure sur mon corps seulement habillé d'un vieux pull emprunté à l'ancien locataire de ce refuge. Je me levai et fis quelques pas, posant une nouvelle bûche dans le foyer de flammes, réchauffant mes mains au passage.

Je tâtai mes vêtements que j'avais posé sur une chaise à proximité la veille. Je les avais rapidement lavés, et ce matin, ils étaient secs. Une légère odeur de fumée demeurait sur les tissus, mais je m'en foutais. L'esprit un peu las de bon matin, je déambulais quand même dans la cuisine, faisant tomber quelques bricoles au passage et rouspétant quand l'une d'elle vint chuter sur mon pied.

Je mis à griller un petit morceau de viande et chauffer une infusion d'épines. Au moins, ce petit déjeuner pourrait me rendre repu une bonne partie de la matinée, et j'en aurais besoin au vu de la mission que je m'étais fixée. Malgré une nuit de sommeil réparateur, je n'avais pas abandonné cette idée. Des fois, je me demandais pourquoi je tenais autant à la survie de cet homme.

« Parce que tu n'as pas réussi à en sauver certains, Laszlo ».

Je sursautai et échappai un peu de contenu de mon infusion sur ma jambe à cette pensée.

– Putain !

Ce n'était décidément pas ma matinée. En même temps, quelle idée d'avoir des souvenirs pareils ? Pourquoi ma conscience se faisait un malin plaisir de me rappeler ce qu'il valait mieux que j'oublie ?

J'ingurgitais rapidement mon repas, n'ayant pas trop de temps de m'attarder. J'allais chercher furtivement quelques récipients d'eau que je fis vite bouillir, avant de les lancer dans la baignoire fermée.

Je me savonnais le corps, heureux de voir quand même que le froid n'avait pas atteint mes membres comme je le craignais quelques jours auparavant. Puis je me rinçais le corps sans traîner, l'eau à peine tiède n'étant pas non plus très agréable, avant d'enfiler plusieurs couches de vêtements, autrement dit mon t-shirt, la chemise épaisse de l'homme, mon gros pull de laine, la cape et la fourrure d'ours. Je pris mon pantalon aussi, et trois paires de chaussettes, ce qui me compliquait la tâche pour faire entrer mes pieds dans mes bottines.


Quand je mis un pied à l'extérieur, je remontais mon écharpe sur mon nez et descendais mon bonnet sur mes sourcils, comme à mon habitude. Je rabattis la capuche sur ma tête avant de me mettre en marche, dans une obscurité peu à peu chassée par la lumière azur du jour qui se levait enfin.

J'arrivais rapidement à l'endroit où j'avais chassé le caribou la veille. Deux flaques de sang étaient visibles : celle d'un animal, et l'autre, beaucoup plus petite, appartenant à un humain. La neige de la nuit l'avait légèrement recouverte, effaçant toute emprunte et rendant le sang plus rosé.

Cependant, je remarquais quelques centimètres plus loin une nouvelle tâche. Je fis quelques pas, avant de remarquer que les gouttes de sang m'indiquaient un chemin. Vu qu'elles restaient visibles au travers la neige, je constatais avec stupeur que le gars avait probablement perdu pas mal de sa blessure. Ma culpabilité s'accrut dans mon esprit. « Cher inconnu, je ne sais pas ce que tu as fait pour que je m'inquiète autant pour toi ».

Je repris ma route, suivant méticuleusement les rares tâches rouges souillant la poudreuse scintillante, ressemblant au Petit Poucet qui suivait les indices au travers de la forêt. Sauf que je ne voulais pas rentrer à la maison, je voulais retrouver l'individu que j'avais blessé, peut-être agonisant en ce moment. Je n'étais pas dans un conte et il n'y aurait pas de morale à la fin, car moi-même, j'étais le personnage immoral qui n'hésitait pas longtemps avant de tuer un potentiel ennemi.

Alaska.Des histoires addictives. Découvrez maintenant