Chapitre 25 : Aimer les hommes.

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Amine m'avait ramené à l'intérieur du chalet ce soir-là, et finalement, je n'étais plus revenu dehors contempler la neige. Je restais au chaud, essayant de m'habituer au nouveau vide que j'avais créé.

Amine vint s'assoir à côté de moi, deux verres brûlants de tisane aux épines entre les mains. Il m'en tendit une, comme chaque soir, parce que c'était comme un petit rituel de boire cette boisson alors que l'obscurité sévissait, et que seul le petit feu de la cheminée éclairait faiblement la pièce à vivre.

—     Tu sembles fatigué Laszlo, remarqua Amine. Ça fait plusieurs soirs où je sens que tu ne dors pas.

Je gardais les yeux baissés sur mon verre. Depuis que Mariam n'était plus là, je dormais avec Amine sur le grand canapé, assez large pour deux. Alors, forcément, il devait sentir encore plus mon corps qui virait de part et d'autre en espérant trouver le sommeil, en vain. À chaque fois, les images de ma vie défilaient : Mariam engloutie dans le lac, la médaille de mon père que l'on me tendait, Andris au corps ensanglanté qui succombait à ses blessures. 

Mais aussi, de nouveaux cauchemars, que je ne faisais pas avant et qui ressortaient. Je croyais pourtant les avoir oubliés. Et pourtant, chaque soir, des visages aperçus brièvement venaient me terrifier. Je les connaissais. C'était tous les soldats que j'avais abattu. Je ne pensais pas me souvenir de leurs traits du visage alors que je les apercevais à peine une seconde. J'avais tout faux. Mon subconscient s'en rappelait très bien. Et désormais, il me les faisait voir chaque nuit, comme pour rappeler au meurtrier que j'étais ses crimes passés.

—     Je ne peux pas dormir... À chaque fois, je vois les gens mourir...

—     Je suis désolé Laszlo. Je sais que tu as fait tout pour elle.

—     Il n'a pas pas qu'elle, et c'est ça le problème Amine...

Amine releva ses prunelles vers moi, déposant par terre son verre qu'il venait de finir. Je venais de lui dessiner les contours des plus gros secrets de ma vie, ceux des multiples morts qui me hantaient.


Amine attendit quelques secondes. Je croyais qu'il n'allait rien ajouter, et pourtant, sa voix chantante résonna :

—     Je pense comprendre Laszlo. Tu ne me dis pas tout, je le sais. Je ne veux pas t'en obliger. Mais laisse-loi te raconter une partie de mon histoire. Peut-être que tu ne veux pas, dans ce cas, dis-le-moi. Je n'arrive pas à rester autant secret que toi.  J'ai besoin de parler, c'est comme ça. Ne m'en veux pas.

Je me relevais un peu, en position assise, pour lui faire face. En fait, j'étais très curieux d'en apprendre un peu plus de lui. Je voulais connaître son histoire. En réalité, je voulais tout connaître de lui comme si cela m'était essentiel.

—     Je t'écoute Amine.

Ce dernier sourit avant de s'assoir face à moi, et plonger ses prunelles hypnotisantes dans les miennes. Je l'entendis prendre une inspiration, avant de commencer :

—     J'ai rencontré Mariam dans l'hovercraft, car ce dernier amenait les condamnés marocains, comme moi, et ceux venant de Mauritanie. Mariam venait de ce pays. Il y avait quatre autres gars avec nous. Je n'en connaissais que deux, ils avaient commis leur délit avec moi. Donc on a formé un petit groupe de quatre dans les premiers temps.

Je posais mon verre vide par terre aussi, sans quitter des yeux Amine.

—     Mais les deux autres gars sont morts rapidement, un par une maladie, l'autre par une plaie infectée qu'il s'était faîte en explorant un vieux hangar. J'ai erré encore longtemps avec Mariam, de longs mois, alors que l'on sentait l'hiver approcher. On t'a rencontré. Mariam pensait que l'on pouvait survivre tous les deux, mais c'était faux. On n'avait survécu à l'été ici, mais je savais que l'hiver serait intenable. C'est une bonne chose de t'avoir rencontré Laszlo, car je crois que tu nous as sauvé énormément de fois. Tu es un homme formidable Laszlo, que tu veuilles le croire ou non.

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