29-All these years without

1.7K 164 0
                                        

-Restez-là, j'y vais seul, nous ordonne Aave en descendant du pick-up.

Il s'éloigne jusqu'à atteindre la porte d'entrée. Malheureusement pour lui, je n'ai pas l'intention de l'écouter.

-OK, vous comptez me dire ce qui se passe ? râle Asher, pour qui la patience a atteint ses limites.

-Plus tard, peut-être, dis-je, en sautant par-dessus la portière.

J'atterris sur le bitume, accroupi, parce que la hauteur n'était pas si anodine mine de rien. Je me relève en essayant de deviner ce qui se passe à l'intérieur de ces murs, parce qu'Aave n'est plus devant le perron : il est entré. Mais j'ignore qui lui a ouvert.

Je fais le tour du pavillon, pour entrer par la porte de derrière. Henry m'en a donné les clefs. Je sais qu'il ne m'en a sûrement pas fait cadeau pour que j'espionne sa famille, mais c'est plus fort que moi.

Je déverrouille la serrure et pénètre dans la cuisine, qui est toujours rangée d'une maniaquerie effrayante, soit dit en passant. Je sors de la pièce et me retrouve dans le couloir, rasant la cage d'escaliers, la grande porte d'entrée à six mètres de moi environ. Je suis presque dans le séjour.
Et je suis assez près pour entendre LA conversation, sans qu'eux puissent me voir.

-Je t'ai demandé ce que tu faisais là, s'indigne Marie-Lou.

-D'accord, d'accord. Aidan m'a dit que tu n'étais plus avec Adrien.

-Adam.

-C'est du pareil au même.

-Et...il t'a dit quelque chose d'autre ? se crispe Marie-Lou.

-Qu'est-ce qu'il aurait dû me dire ? se méfie soudainement Aave.

-...Rien.
-Arrête de mentir, Lou, s'insurge-t-il.

-Ne m'appelle plus comme ça ! s'écrie tout à coup Marie-Lou. Tu n'en as plus le droit !

-..Après ce que je t'ai fait ? D'accord, je n'en ai plus le droit, accepte Aave à contrecœur. Mais tu dois me dire ce qui se passe. Je te promets de te laisser tranquille après.

Marie-Lou émet tout à coup un gémissement étranglé, involontaire. Il me parait évident qu'elle n'a pas si envie que ça qu'il reparte pour toujours.

Seulement voilà, elle agit exactement comme son frère. Elle repousse Aave parce qu'il lui a fait du mal, alors qu'elle est toujours douloureusement éprise de lui. Cercle vicieux.

-Dis-le moi, s'il te plaît, supplie-t-il de nouveau.

-....Je...Je ne veux pas, Aave, répond-elle d'une voix faible. Ce sera dix mille fois pire après.

-Tu n'en sais rien.

-Si, je le sais. Tu vas encore t'en aller sans un regard en arrière comme...

Elle ne continue pas car elle en a trop dit. Trop d'informations. Mais Aave n'a pas du tout l'air d'avoir saisi ses appels de phare.

-Je suis désolé pour ça, si c'est ce que tu veux entendre, s'excuse-t-il. Je n'aurais pas dû faire comme si ça ne voulait rien dire pour moi, parce que ce n'était pas le cas. Je ne voulais pas avoir de relations sérieuses et j'ai tout gâché. Quand tu as trouvé Adam, c'est là que j'ai réalisé mon erreur et...

-Adam n'est pas le père de l'enfant que je porte, le coupe Marie-Lou. C'est toi.

Le silence qui suit est si profond que je suis tenté de sortir de ma cachette vérifier si Aave n'a pas fait de crise cardiaque.

Au bout d'un moment, je sors ma tête entre les barreaux pour jeter un œil à la scène.

Marie-Lou, les cheveux attachés en queue-de-cheval, vêtue d'une robe noire en dentelles, pieds nus, comme si elle n'était pas sortie aujourd'hui, se tient devant Aave, subujugué, ému, les mains posées sur son ventre, sur son bébé.

Ils forment un tableau étrange, tous les deux. Le sportif rebelle, avec sa casquette à l'envers et son jean destroy déchiré, avec la gentille fille à papa, toujours tirée à quatre épingles.

Un tableau étrange, oui.

Mais quand je vois la façon dont Marie-Lou le regarde, avec une douceur qu'elle n'arrive pas à dissimuler, et la façon dont Aave la touche, avec admiration, je comprends directement qu'il ne pouvait pas en être autrement.

-C'est vrai ? articule Aave le plus doucement possible en laissant retomber ses mains.

-Oui. C'est ton fils.

-Un garçon, hein ? plaisante-t-il en croisant les bras.

Marie-Lou hoche la tête.

-C'était à la fête de S., l'année dernière, c'est ça ? se rappelle-t-il.

-Oui. Je ne pensais pas que tu t'en souvenais.

-Mais...Pourquoi tu l'as gardé ? Je croyais que tu me détestais.

-Moi aussi, avoue finalement Marie-Lou.

Il y'a de nouveau un silence, dans lequel Aave essaye de digérer ses paroles. Je sens la lutte intérieure qui se joue en lui, qui essaye de se demander s'il peut y croire de nouveau.

-Lou...murmure-t-il.

Les larmes montent aux yeux de cette dernière. Elle n'arrive plus à cacher son émotion.

-Je t'aime Aave. Malgré ce que tu m'as fait, et malgré tout ce qui s'est passé. Mais avec ce bébé...

Elle n'arrive pas à terminer sa phrase et éclate en sanglots. Je serre les barreaux entre mes doigts. Elle l'a admis. Elle l'a accepté. Y'a-t-il une plus grande preuve de courage dans le monde entier ?

-Lou, murmure doucement Aave en lui prenant le menton entre les doigts. Si tu as besoin d'une preuve que moi aussi je t'aime, tu n'as qu'à demander.

Une expression confuse apparaît sur les traits de la jeune femme tandis qu'Aave continue.

-Si tu veux entendre que moi aussi, je t'ai toujours aimée, tu n'as qu'à demander. Si tu veux entendre qu'à la naissance de cet enfant, je serai là, tu n'as qu'à demander.

-Aave...

-Et si tu veux entendre, dit-il en mettant un genou à terre, que je suis prêt à passer le reste de ma putain de vie avec toi...Tu n'as qu'à demander.

La tristesse qui minait son visage se dissipe à ses mots. Je crois que je n'ai jamais été autant surpris de ma vie. Si j'avais des doutes sur les sentiments d'Aave envers elle, à présent, ce n'est plus le cas. Il n'y a rien à ajouter après une telle déclaration. Putain, chapeau, mec.

-Tu serais vraiment prêt à faire tout ça ? fait-elle le visage émerveillé. T'es pas obligé.... Savoir que tu m'aimes, ça me suffit.

-Je ne le fais pas par obligation, corrige Aave en se relevant de toute sa hauteur. J'en ai envie, tu sais.

Puis après un sourire chargé d'émotions, il se penche vers elle pour l'embrasser. Elle referme les bras autour de sa nuque, et bon, là, je me baisse pour ne pas regarder, car ça devient un peu trop intime à mon goût.

-Tu peux sortir de ta cachette, Goldshard, me crie soudain Aave.

Je pousse un soupir, après avoir sursauté comme jamais. J'aurais dû deviner qu'il m'avait repéré depuis le début.

Je me lève et entre prudemment dans le salon.

-Tu as des yeux dans le dos ou quoi ? je me plains.

-Non, mais t'es prévisible à un point, Goldshard.

-Tu nous espionnais ? s'énerve Marie-Lou.

Je souris sans m'en rendre compte.

-Mieux qu'au cinéma, fais-je en applaudissant.

Mortal VenomDes histoires addictives. Découvrez maintenant