Seul, je reste dans le salon, tentant de me ressaisir complètement. Je n'avais pas fait de rechute depuis la dernière séance avec Monsieur Derche. Je ferme les yeux, les souvenirs envahissants ma tête. Je me revois, jeune, me demandant qu'elle était cette voix dans ma tête. La première fois que je l'ai entendu, j'avais neuf ans. J'ai tout de suite voulu en parler à ma mère, mais la voix m'a dit de ne pas le faire. Elle paraissait si désespérée, si seule. La voix m'a dit qu'on se connaissait bien elle et moi, sur le moment, je n'ai rien dit, ce n'est que des années plus tard que j'ai compris.
C'étais à mon anniversaire, toute la famille était réunie, et, ma grand mère malade posa une question qui changea tout. Je ne me souviens plus quels mots exacts elle employa, mais, elle demanda à ma mère, si elle était toujours triste aujourd'hui que j'étais le seul à être né. Intrigué, j'avais pressé ma mère de question, qui, à bout de nerfs, m'avait révélé la terrible vérité. Dans le ventre de ma mère, nous étions à la base deux, et, tout se passait pour le mieux jusqu'à ce que je me nourrisse impitoyablement du foetus de ce qui allait devenir mon frère. Il n'est jamais né. N'a jamais découvert le monde, jamais eu d'amis, de proches, de famille, non, il a sombré seul dans l'oubli, sans que je sois jamais mit au courant, devenant une petite voix, qui parvenait à survivre...au fond de moi. Quand elle m'expliqua tout cela, je ne compris pas tout de suite ce que ça impliquait, j'étais trop égoïste et trop jeune pour comprendre, ce ne fût que plus tard que je ressentis l'immense culpabilité du meurtre que j'avais commis. Car oui, j'appelle ça par son nom : un meurtre. Je recommençais donc, quand je compris toute la noirceur de mes actions, à questionner ma mère sur le sujet, ma mère qui évidemment, me disait que ce n'étais pas de ma faute. Que la mort de Max n'était pas de ma faute. Max. Elle avait décidé avec mon père d'appeler leur garçon comme ça. Au final, un seul pu naître et ils changèrent leurs plans, le nommant Jacob. J'ai donc demandé à la voix si c'étais bien elle, Max. Elle me répondit que oui, avec un rire pouvant déchirer le coeur de n'importe qui.
Lors d'une journée particulièrement tendue, chez moi, avec mes parents prêts au divorce, ma mère me jeta au visage que de toute façon, quand je me mettait en colère, je ressemblais beaucoup trop à mon père, violent et bourré du matin au soir, qu'elle aurait aimé pouvoir avoir un deuxième garçon, mais que ça n'avait pas été possible...à cause de moi. Elle m'avait craché les derniers mots au visage. J'avais alors arrêté d'être prudent, m'adressant à Max à haute voix, et devant elle. Elle avait d'abord cru à un jeu, puis, une fois qu'elle eu compris, elle m'emmena voir un psychologue. Monsieur Derche. Pendant de nombreuses semaines, de nombreux mois, il me prit en séances, séances payés de moitié respectivement par mon père et ma mère... Au début, tout du moins, quand mon père acceptait encore de payer pour son fils. Avec l'aide de Max, je réussit à lui faire croire pendant un temps qu'il était parti, il me cru au début mais se révéla au final suspicieux. Lors d'une des dernières séances avec le psy, Max vint me parler, plus sérieux, plus tendu que d'habitude. Il m'expliqua alors que tout le travail de Monsieur Derche à essayer de distinguer, puis de séparer ce qu'il jugeait comme les deux parties d'une même personne lui faisait énormément de mal. Il me dit alors qu'il était une partie de moi et que, de la même façon, j'étais une partie de lui. Si il souffrait, je souffrait. Et c'étais vrai, je parvenais à sentir la douleur en lui, lui qui avait toujours été plus colérique, plus tendu et réactif, je le sentais défait et triste. Il me dit alors au revoir et disparu. Plusieurs séances plus tard, Monsieur Derche décida que c'étais tout. J'avais eu, jusqu'à la dernière séance, pendant certains exercices l'impression que Max, "ma deuxième personnalité" comme disait Monsieur Derche, revenait me susurrer des mots à l'oreille, mais ce n'étais qu'une idée de mon cerveau, ce n'étais pas réel. Pas comme l'était Max.
Je sors de mes souvenirs. Je suis toujours dans le salon, même si j'ai l'impression d'avoir voyagé...dans ma tête, dans le temps. Max ? Je l'appelle...en vain. Je ne sais pas où il est, sans doutes reparti quelque part. Il n'a pas changé de voix, depuis la dernière fois. Sa voix est aigu, comme celle d'un petit enfant, ce qui rend encore plus déchirants les mots qu'il prononce.
Je me lève, dépliant mes membres pendant quelques secondes. J'ai putain de mal au dos, comme d'habitude, depuis tout petit je suis comme ça, problèmes de dos, comme mon père il paraît. Je monte les marches doucement, je vais dans la chambre d'Anthony, espérant le trouver là. J'y arrive et il... Il n'y est pas. Putain, te revoilà. Je m'assoie sur le lit, attendant que Max me parle. Il n'en fait rien. Pour l'attendre, j'attrape la corbeille contenant la semence de l'homme que j'aime.
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|Le Choix|
Mystère / Thriller5 amis partent quelques jours en vacances dans une maison à la campagne, loin de tout. Ce qu'ils vont vivre et le choix qu'ils vont devoir faire va défier tout ce qu'ils ont pu croire jusque là.
