Chapitre 4 : Dans la cour des grands

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NOVEMBRE 1973

La farce des Mauraudeurs devait avoir lieu lors de la première sortie à Pré-au-Lard organisée pour les élèves de la troisième à la septième année. C'est ainsi qu'ils me donnèrent rendez-vous dans la salle commune dans la nuit du vendredi au samedi afin que je les aide à préparer leur mauvais coup à l'encontre de Jake. La semaine qui précéda le jour J passa avec une lenteur infinie et, lorsqu'enfin arriva le vendredi, je fus réveillée aux aurores, trop excitée pour me rendormir.

Ma bonne humeur fondit cependant comme neige au soleil quand, alors que j'allais entrer dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner, je remarquai Jake, adossé contre les portes du réfectoire. En m'apercevant, il se redressa et me rejoignit en quelques enjambées, la mine impassible et les yeux inexpressifs. Intimidées par sa prestance naturelle, Angel et Becca n'attendirent même pas qu'il leur ait demandé de partir pour s'engouffrer de leur propre chef dans la Grande Salle, me laissant seule face à mon aîné.

— On peut parler cinq minutes ? me demanda celui-ci en français, de sorte que les autres élèves de passage dans le Hall ne puissent pas nous comprendre.

— Bien sûr, répondis-je, ne sachant pas très bien si j'étais heureuse qu'il daigne m'accorder une once d'attention ou paniquée à l'idée de ce qu'il pourrait avoir à me dire. Qu'est-ce que tu veux ?

Jake sembla hésiter un instant puis m'attrapa par le bras et m'entraîna vers le parc.

— Marly m'a dit qu'elle t'avait vue parler avec les Maraudeurs la semaine dernière.

— Et alors ?

— Et alors je ne voudrais pas que tu aies de mauvaises fréquentations si tôt après ton arrivée à Poudlard.

Sans pouvoir me retenir, j'explosai de rire, me délectant de la mine perdue de mon grand frère.

— Sérieusement ? m'exclamai-je une fois calmée, un rictus amusé planant toujours sur mes lèvres. Tu ne crois pas que c'est un peu fort de café, Jake ?

— Tu ne sais pas de quoi ils sont capables, protesta le Serpentard. Tu viens à peine d'arriver !

— C'est vrai, admis-je. Mais je ne sais pas pourquoi, je n'arrive pas à les considérer comme de mauvaises fréquentations tout en voyant avec qui tu passes ton temps.

— De quoi tu parles ?

— Avery et Mulciber... Tu ne crois pas que tu devrais t'occuper d'eux et de leur vengeance à la noix à mon encontre avant de pouvoir venir me dire avec qui je suis autorisée à traîner ou non ?

Sur ces sous-entendus, je fis volte face et me dépêchai de rejoindre Angel et Becca à la table des Gryffondor, les poings tremblants. En m'asseyant face à elles, je croisai le regard de Marly qui mangeait en compagnie des Serdaigle et sentis une pointe de jalousie me transpercer le cœur. Le fait qu'elle ne soit pas fichue de me saluer lorsque l'on partageait un cours mais aille rapporter tous mes faits et gestes à Jake me mettait hors de moi. Et ce furent mes biscottes qui payèrent le prix de ma colère, s'éparpillant invariablement sur la table tandis que j'essayais de les beurrer.

***

Je fus d'une humeur exécrable toute la journée et, le soir venu, encore agacée de mon entrevue avec Jake, je manquai d'oublier mon rendez-vous avec les Maraudeurs. Ce ne fut qu'en entendant l'horloge du château sonner deux coups au loin que je m'en souvins et profitai du sommeil profond de mes camarades de chambre pour repasser rapidement mon uniforme et quitter le dortoir. La salle commune était déserte et seuls les crépitements du feu qui ronflait dans la cheminée venaient troubler le silence qui y régnait. Les Maraudeurs n'étant pas encore là, je me laissai choir dans le canapé le plus proche de l'âtre, d'ordinaire toujours occupé.

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