Chapitre 3-1 : Rubis

2.3K 302 18
                                        

Ababil ? L'ababil qui m'aide depuis tout ce temps ? Manifestement, Lucy eut la même réflexion que moi. Mais elle haussa les épaules.

– Il doit bien trouver un moyen de se nourrir. Il est de bas niveau, et doit s'alimenter régulièrement, ce n'est pas étonnant, me chuchota-t-elle.

– Oui, mais j'ai peur qu'il se fasse tuer, m'inquiétai-je en murmurant.

– Amy ! s'exclama doucement Lucy. C'est un Mutant, dois-je te rappeler que nous sommes entraînés pour les tuer ?

– Mais tu as vu comme moi qu'il nous a aidé ! contrai-je, hésitante.

– Il y a des exceptions, comme dans toutes les règles, riposta Lucy.

– Mais... Si ça se trouve, tous les Mutants sont comme lui !

– Dois-je te rappeler la manticore ? railla-t-elle, visiblement effrayée par mes réflexions.

J'ouvris la bouche, mais n'émit pas de son. Mais si tous les Mutants sont différents, quelle est la logique ? Comment savoir si le Mutant que l'on a en face de nous est inoffensif ?

– Mais alors, pourquoi l'ababil ne m'a pas attaqué ? soupirai-je, perdue.

– C'est une exception. Ou alors il y a peut-être un rapport avec le lien que tu entretiens avec lui. Il t'obéit. Après tout, c'est ce qui s'est passé dans la grotte.

– Comment ça ?

Des frissons parcoururent mon dos à l'évocation de ce moment. Il ne datait que de quelques jours.

– Quand tu as commencé à nous attaquer, l'ababil a fait de même. Quand tu as arrêté, pareil. C'est que j'ai vu, et les garçons aussi. Je crois qu'il t'obéit en fonction de ce que tu fais. Comme s'il t'était soumis. Si ça se trouve, tu es capable de faire ça avec tous les Mutants ayant un niveau un peu plus bas que le tien.

Lucy affichait une indifférence déconcertante en disant cela. Moi, j'en été estomaquée, contrôler des Mutants c'était... impossible. Et puis Lucy venait vraiment de me considérer pleinement comme un Mutant. Mon estomac se tordit. Mais ce qui m'inquiétait le plus sur le moment, c'était l'ababil. Il m'avait bien aidé, alors il méritait d'avoir la même chose. Il me fallait le retrouver. Lucy bailla un grand coup, et se frotta les yeux.

– Mme. Neil a raison. Tu devrais te reposer, lui conseillai-je.

Lucy leva les yeux au ciel.

– J'ai compris. Mais demain je sors, tant pis si elle ne veut pas. Allez, je te sens t'impatienter, va faire tes trucs, me sourit-elle en me mimant de partir avec sa main.

Je lui fis un grand sourire, et lui déposai un baiser sur la joue. Elle soupira et s'affala sur l'oreiller. Quelques minutes après, elle ronflait. Je sortis rapidement de l'infirmerie, jetant un coup d'œil à ma montre. Il me restait une heure avant le couvre-feu. Je me dirigeai vers les arbres, et choisis un petit coin, où je m'assis.

– Allez, c'est parti, soufflai-je.

Je me concentrai du mieux que je pouvais, et appelai l'ababil. Il me fallut une bonne dizaine de minutes pour enfin entendre un bruissement d'ailes sur ma gauche. Je tournais la tête, et vis le Mutant se poser sur une branche basse.

– Salut, toi, dis-je avec un calme qui m'étonna.

La créature ouvrit le bec, puis émit un petit cri. Je ne pu m'empêcher de sourire, amusée par cette complicité que nous avions. Quand l'avions nous développée ? Je tapotai mon bras, et l'ababil s'envola pour venir s'y poser. Je lui renvoyais quelques images mentales, lui dictant ce qu'il devait faire. Il s'envola, et je repartis en vitesse vers ma Sphère. Je courus presque vers ma chambre, puis refermai la porte derrière moi. 

J'ouvris la fenêtre, et attendis quelques secondes. Des ailes noires passèrent, et l'ababil se posa sur ma chaise de bureau, dans un équilibre précaire. Je refermai la fenêtre, vérifiant tout de même que personne ne l'avait vu. Je m'assis sur mon lit, et invitai l'oiseau à faire de même. Nous restâmes un moment à nous fixer. Enfin, il n'avait pas la vue, mais il gardait sa tête vers moi tout de même.

– Ça te dirait que je te trouve un nom ? lui proposai-je, avec l'étrange impression de parler à un ami.

L'ababil poussa un petit cri, que je pris pour un oui.

– Rubis ? Comme la couleur de tes yeux.

Le Mutant sauta de ses petites pattes, poussant de petits cris. Manifestement, ça lui plaisait. Même s'il ne comprenait pas mon langage, il entendait très bien les sonorités.

– D'accord Rubis. J'ai quelques questions à te poser.

L'ababil pencha la tête sur le côté, me fixant toujours. Très perturbant, en sachant qu'il ne voyait rien.

– Pourquoi m'obéis tu ? lançai-je de but en blanc.

Rubis pencha sa tête de l'autre côté, sans rien dire.

– OK, trop compliqué. Tu ne le sais peut-être pas toi-même. Tu viens quand j'ai besoin d'aide, c'est bien cela ?

Essayant tant bien que mal d'envoyer une image mentale, la créature sauta tout de même sur place, répondant oui.

– Donc, tu peux venir n'importe quand ?

S'en suivit une série de questions, pour lesquelles je n'obtins pas beaucoup de réponses. Mais de ce que je pus en tirer, c'est que Rubis venait quand je l'appelais, et que j'avais vraiment besoin d'aide. Et il fallait qu'il dans une zone assez proche pour entendre mon appel. D'ailleurs, comment nous pouvions communiquer, cela restait un véritable mystère. Bien que je soupçonnais que cela fonctionne un peu comme avec le fluide, que l'ababil ressente l'appel. 

En tout cas, il m'obéissait bien au doigt et à l'œil, sauf si je lui demandais de tuer quelqu'un. Il ne pouvait qu'attaquer, blesser, mais jamais jusqu'à la mort, en tout cas pas sous mon ordre. Je lui posai la question qui me titillait. J'affichai l'image de l'élève de l'infirmerie, lui demandant si c'était bien lui qu'il avait attaqué. Il me répondit par l'affirmative.

– Bon, écoute : je ne veux pas que tu meures, alors si tu as besoin de sang, et de Giaco, viens me voir. Je te donnerai le mien.

Je tendis mon bras, devant le bec de l'ababil. Il me regarda, et je lui parlai au travers d'images mentales. Il posa ses deux canines sur mon bras, faisant couler le sang. Une petite douleur me traversa le bras, mais elle disparut rapidement. Si un jour on m'avait dit que je ferai ça, j'aurais ri au nez de la personne. Mais l'ababil était trop précieux pour que je le laisse mourir bêtement. Il pouvait m'apprendre trop de choses. Et je commençais sérieusement à m'attacher à lui. Bravo Amy, faire ami-ami avec l'ennemi.

Rubis ne but pas grand-chose, alors je pressai rapidement un chiffon sur mes plaies. J'observais attentivement la créature, me demandant ce qu'il se passait quand il buvait du sang. Ses yeux se froncèrent, et l'écarlate de ses iris bougea, comme des vagues. La couleur devint plus claire, presque rosée. C'en était fascinant. Rubis s'envola alors, fonçant vers la fenêtre. 

Il se la serait prise si je ne l'avais pas rapidement ouverte. L'oiseau s'enfuit dans la nuit, vers la forêt. Je soufflais longuement, toute cette journée m'avait exténuée. En tout cas, Rubis n'avait pas l'air dérangé par mes ailes. Je me glissai sous les draps, pressée que le sommeil vienne à moi. Il ne se fit pas prier, et m'engloutis.

Mutante - Tome 2Des histoires addictives. Découvrez maintenant