Chapitre 1-3 : Réalité

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Je savais où je me trouvais, c'était déjà pas mal. Je me creusais la tête, essayant de solliciter ma mémoire. Facile à dire. Même en me remémorant ce qu'il s'était passé, la réalité se mélangeait sans cesse aux souvenirs, doublés d'une réalité altérée. Je savais que j'avais affronté trois Mutants, mais quand le visage de l'un d'eux s'était transformé en Lucy, tout s'était embrouillé. Est-ce que c'était réellement des Mutants ?

Le ronflement de Zéphyr interrompit mes pensées. Je devrais simplement attendre le matin, il pourrait me donner les réponses. Mais autre chose me titillait. Pourquoi étais-je dans sa chambre et non la mienne ? Normalement, les garçons et les filles n'avaient pas le droit d'aller dans les dortoirs des uns et des autres. Il était vrai que peu de personnes respectaient ces règles, mais quand même. 

Même s'il fallait me mettre dans une chambre pour me... surveiller, pourquoi pas Lucy ? Était-elle trop gravement blessée ? Un sentiment d'appréhension tordit mon estomac. Je voulais courir jusqu'à l'infirmerie, mais si je me faisais repérer, je me prendrais un avertissement. Enfin, pire avec mes ailes.

Je tournais en rond pendant un long moment dans la chambre, ne sachant que faire. J'aurais du me rendormir, reprendre des forces, mais je ne pouvais pas. Déjà, parce que je savais que c'était le lit de Zéphyr, donc je n'avais rien à faire dedans. De deux, parce que je ruminais trop, et que bouger mes ailes m'avait fait mal. 

En voyant le rouquin changer sans cesse de position, je tentai de le lever. Il avait beau être grand, il était dégingandé et donc pas trop lourd. Je tirais délicatement la chaise, la poussai vers le lit, et mit le rouquin dessus. Je pris plusieurs minutes, mais finis par réussir.

En bonne maman, je lui enlevai ses chaussures et le bordai quasiment. Un sourire apparut doucement sur son visage, ce qui me fit plaisir. Je me rappelais que lui n'avait plus de mère, comme moi je n'avais plus de père. Pour le moment. Lui, elle ne reviendrait jamais. Je comprenais sa détermination à découvrir ce qu'il s'était passé. Il avait perdu sa sœur et sa mère à cause d'Ewa. On se ressemblait tellement, de bien des façons. Comme avec beaucoup de personnes, on avait souvent des ressemblances insoupçonnées. Zéphyr repartit dans ses ronflements, et marmonna des mots incompréhensibles.

Cela m'amusa un moment, mais quand il prononça un prénom, j'y fis plus attention. Je faillis éclater de rire, quand je compris qu'il était bien en train de murmurer le prénom de Lucy. C'était bien ce que je soupçonnais, Zéphyr ne restait pas indifférent à ma meilleure amie. 

Ou alors il s'inquiétait peut-être juste pour elle, ce qui me fit froid dans le dos. Que lui était-il arrivé ? Elle était toujours... en vie ? Oui, évidemment. Elle devait toujours l'être, sinon Zéphyr ne serait pas ici tranquillement endormi. Même, il y aurait beaucoup plus d'agitation, je le supposais. Une mort, ça ne passait pas inaperçu.

Ce qui me faisait le plus peur, c'était que je l'ai blessé trop gravement. C'était moi qui l'avait blessé, moi et personne d'autre. C'était entièrement ma faute. Je me recroquevillai, aspirée dans une spirale de culpabilité. Il fallait absolument que je sache ce qui lui était arrivé. J'imaginais les pires scénarios possibles, ne pouvant empêcher mon cerveau de fonctionner encore et encore. Arrête ! m'intimais-je. Tu verras demain. Demain. Il suffit juste d'attendre, d'attendre. 

Je me mordis la lèvre jusqu'au sang, tentant en vain de stopper toutes les images d'horreur qui apparaissaient devant mes yeux. Je tentai de contrôler ma respiration, mais rien n'y fit. Je m'endormis dans cette spirale infernale, rien ne pouvant l'arrêter.


Une main secoua mon épaule. Je m'y agrippai soudainement, et ouvris brusquement les yeux. Zéphyr me fixait de ses yeux verts, attendant que je le lâche. J'étais en train d'enfoncer mes ongles dans sa peau. Je retirai immédiatement ma main, et m'excusai précipitamment. Ce qui me rassura, ce fut son expression de soulagement. Cela signifiait qu'il n'avait pas peur de moi. Je tentai un sourire, qu'il me rendit.

Mutante - Tome 2Des histoires addictives. Découvrez maintenant