– Bon, j'ai apporté un peu de matériel, déclara Miller en désignant un gros sac. Il y a trois poulies et un baudrier. C'est une mesure de sécurité. Et il n'y a pas de négociation possible ! décida-t-il en voyant que j'allais protester.
Il sortit les trois poulies de métal, et nous en passa chacun une. Il prit ensuite ce qui semblait être... une échelle télescopique ? Lucy me le confirma en voyant mon air interrogateur.
– Il faut en mettre une sur le côté, une au dessus et une au milieu du plafond, nous indiqua Miller. Voici pour creuser le trou nécessaire.
Il passa l'objet semblable à une perceuse à Zéphyr, qui se dirigea vers le bord de la paroi. J'aidai Miller à sortir la grande corde métallique, tandis que les tourtereaux s'affairaient à installer la première poulie. Pour la deuxième, Miller installa l'échelle qui ressemblait en fait à un escabeau géant, et mit en place le matériel. Il fit la même chose pour la troisième, tout en haut.
Pendant ce temps, j'enfilai le baudrier, le cœur battant. J'allais essayer de voler. De voler. Je fermai les yeux un instant, pour tenter de me calmer. Miller redescendit lentement et précautionneusement de là-haut. Il sauta les derniers barreaux et se posta devant moi.
– Je t'explique le principe : les poulies se bloquent en fonction de la première. Je tiendrai les commandes. La corde est composée en partie d'un élixir d'élasticité. Donc, au moins le choc ne sera pas trop brusque. Si jamais tu te sens tomber, tu cries STOP, d'accord ? On arrêtera la poulie sur le champ. Lucy, Zéphyr, vous vous tenez à l'écart.
– Et attention à vos têtes, précisai-je. Si je lâche Caligo dessus, ça fera mal !
Lucy rit à ma remarque, détendant un peu l'atmosphère. Je soufflai un bon coup, et allai chercher mon épée. Une fois en main, je me positionnai au centre de la grotte. J'enlevai mon haut, pour me retrouver en débardeur. Sautillant à moitié dans mes baskets, j'étendis mes ailes au maximum.
Je fis quelques « étirements » avec, et tentai de les faire battre un peu. C'était assez difficile, malgré l'entraînement que j'avais eu. J'avais l'impression de réapprendre à marcher. Je fis tournoyer quelques fois Caligo dans ma main. Toujours avec la même appréhension, j'attirai les énergies dans l'épée. Elles répondirent rapidement à mon appel, comme je m'y attendais. La grotte était un excellent endroit pour ça.
Mes paupières se fermèrent, presque par automatisme. Je me mordis une deuxième fois la lèvre, et appelai les énergies dans la plaie. Si je le faisais plus près de mon cerveau, le fluide arrivait plus rapidement. Je sentis soudainement une immense chaleur m'envahir, presque apaisante. Je crus même entendre des murmures quand le fluide traversa mon corps. Un battement d'ailes se fit entendre, et je reconnus Rubis dans la pénombre. Perché sur un morceau de la paroi, il observait la scène avec attention.
Une fois sûre que je contrôlais bien le fluide – la scène de tout-à-l'heure toujours en mémoire – je commençais à bouger mes ailes. La différence de les faire bouger avec le fluide était frappante. Elle faisaient partie intégrantes de moi, contrairement aux moments où je n'utilisais pas les énergies. Je rouvris les yeux, et jetai un coup d'œil aux alentours. La présence des énergies était toujours aussi déroutante. J'avais vraiment l'impression de côtoyer plusieurs Mutants à la fois, bien qu'un seul soit présent. Enfin, deux, cela dépendait des avis. J'imaginais que je pouvais me compter parmi eux. Je n'étais définitivement plus humaine, si un jour je l'avais été.
En observant l'ababil, je compris que lui aussi utilisait le fluide. Il avait une forte concentration de sang près des yeux. Je jetai un coup d'œil à mes amis, observant leur circulation sanguine. Celle de Lucy s'affolait, et je pouvais deviner qu'elle stressait énormément, même sans le fluide. Elle n'arrêtait pas de se ronger les ongles. Celle de Zéphyr était plutôt lente, bien qu'un peu plus folle que Miller. La sienne était d'un calme olympien.
Une fois mes petites observations faites, je me concentrai sur ma tâche. A savoir m'envoler, tel l'oiseau gracile que j'étais. Ma foi, j'avais l'air d'être plus habile qu'avant, c'était déjà ça. Je divaguais sans cesse. Me secouant la tête, je regardai une dernière fois le visage de mon professeur, en désignant mes yeux. Il m'assura que tout était normal. Enfin, si on pouvait dire « normal ». Je me perdais encore dans mes pensées ! Lucy et Zéphyr avaient l'air intrigué. Je ne leur avais pas expliqué. Je me promis de la faire après, si j'étais encore en vie.
Cette fois, je me concentrai vraiment. Je n'arrêtai pas de repousser le moment fatidique. Je fis battre mes ailes, le plus fort possible. Mes pieds décollèrent soudainement du sol et... je m'écrasai par terre. Le baudrier m'empêcha quand même de me casse le nez. Il y avait du boulot ! Je retentai le coup encore quelques fois, mais tombais à la renverse dès que je flottais à plus d'un mètre. Je soupirai un bon coup. J'avais longuement observé Rubis décoller, et j'avais tenté de l'imiter.
Minute. Je suis humaine, donc c'est largement différent. Je tentai de me remémorer comme faisaient les personnes dans les films. De l'élan. Oui, si je tentai avec de l'élan ? Je proposai mon idée à Miller, pour qu'il me donne du mou. Je mis au fond de la grotte, et calculai rapidement jusqu'où je pouvais courir. Après réflexion, je pris mon élan à partir du couloir.
Je me positionnai, une jambe devant, l'autre derrière. Au top départ de Miller, je pouvais y aller. Le signal retentit, et je couru le plus vite possible. Rapidement, j'atteins la limite, et sautai donc. Je fis battre mes ailes du plus fort que je pouvais. Elles étaient quand même sacrément lourdes, malgré leur finesse. Et mon corps n'était pas des plus légers. Mais je réussi à décoller sur six bon mètres, avant de redescendre... en tombant presque. Encore une fois, le baudrier retint ma chute. J'étais plutôt fière, mais voulais retenter ma chance dans l'immédiat. Surtout que je commençai à beaucoup utiliser le fluide.
Les nausées, ce n'était pas trop mon délire. Je repartis dans le couloir rapidement, et repris ma course. Je réussis cette fois à toucher les dix mètres, et même à planer quelques secondes. L'impression était tellement étrange. Mon corps était rempli d'adrénaline, mais je ne pouvais pas savoir si c'était l'appréhension, ou le fait de voler. Mes jambes balançaient dans le vide, tout comme mes bras. Pendant quelques secondes, une impression immense de liberté m'envahit.
J'émis un rire nerveux, et tentai de redescendre en douceur. C'était un peu mieux, mais je me cassai la figure à la fin. Le poids des ailes me faisaient basculer, n'y étant pas vraiment habituée. Et puis, avoir Caligo dans la main n'arrangeait rien du tout. J'avais tenu à le faire avec l'épée, étant donné que je contrôlais bien mieux mes ailes avec le fluide. Je la lâchai donc, tout en m'asseyant.
Ça ne manqua pas, mais au lieu d'avoir la nausée, ce fut une joyeuse migraine qui me frappa. Les yeux fermés, je reprenais ma respiration calmement. Miller et les amoureux me rejoignirent, et s'assirent à mes côtés.
– Quand même... soupira Lucy. C'est démentiel de voir ça !
– Ah bon ? murmurai-je en souriant.
– Je t'assure. Te voir actionner tes ailes comme ça, c'est encore autre chose. J'ai pris des photos d'ailleurs, pour que tu voies un peu. Et il y en a aussi de tes... chutes, gloussa-t-elle sans pouvoir se retenir.
– C'est si lamentable que ça ? désespérai-je.
– Pas plus que celles pendant ton stage d'équitation.
Donc, c'était lamentable. Je peux vous dire que tomber sur les fesses dans l'eau – jeux d'eau avec les chevaux – c'était vraiment horrible. Saleté de Nougat ! Il adorait tester les cavaliers, et portait bien son nom. Il était jeune, et avec du caractère. Une fois mes maux de tête à peu près passés, je quémandai le téléphone de Lucy. C'était parti pour la honte !
– Pourquoi as-tu demandé si tes yeux étaient normaux ? demanda subitement Zéphyr.
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Mutante - Tome 2
Paranormale/!\ Cette histoire est la suite de Mutante - Tome 1 /!\ Des créatures imaginaires, qui cherchent à vous tuer. Vous y croyez, vous ? C'est pourtant ce à quoi je suis confrontée depuis que j'ai découvert l'existence des Clans. Tout paraissait limpide...
