Un vide se forma soudainement au creux de mon estomac.
– Amy, tu veux que j'explique ? proposa Miller.
Je hochai la tête avec un sourire de remerciement. Il m'enlevait une épine du pied. Je m'occupais de visionner les photos, avec cependant moins d'entrain. J'essayai de faire abstraction de ce qu'était en train de raconter Miller, mais c'était des plus ardu. Je ne rigolai même pas sur les photos les plus idiotes. Mais cela faisait extrêmement bizarre de me voir avec des ailes comme ça... Il y avait une photo tout particulièrement, mon deuxième pied venait de quitter le sol. J'avais le buste en avant, Caligo dans ma paume. Elle était plutôt gracieuse, quelque chose d'inhabituel chez moi.
En regardant les détails, je me demandais soudainement ce que penserait ma mère de tout ça. Serait-elle effrayée ? Intriguée ? Ou... fière ? Je ne savais pas pourquoi ce dernier mot me venait à l'esprit. Fière de quoi, que sa fille unique soit une Mutante ? Les créatures qu'elle a passé sa vie à chasser ? Comme tout le monde ici, comme mes amis assis autour de moi. Comme moi. J'étais ici pour ça, non ? Ce qui m'avait motivé au départ, c'était bien d'obtenir des informations dans la recherche de mon père.
Mais le jour de l'examen, quand nous devrons... assassiner un Mutant, y arriverai-je ? Ou serai-je bloquée, immobile, incapable de faire quoi que ce soit ? Comment mes amis le prenaient-ils aussi ? Maintenant qu'ils savaient tout ça, étaient-ils toujours en position de tuer un Mutant ? Je me rendis compte en levant la tête qu'un blanc gênant avait pris place.
– Une part Mutante, répéta Zéphyr. Ce n'est pas si étonnant, au vu des crises, mais bon...
J'ouvris la bouche, une question me taraudait. Mais sans savoir pourquoi, j'avais peur de la réponse. Je pris mon courage à deux mains, et la posai quand même :
– Qu'est-ce que... vous ferez quand il faudra tuer un Mutant ?
D'abord, Lucy fronça les sourcils, Zéphyr suivit une seconde plus tard. Mais Miller resta impassible.
– Je ne comprend pas trop, avoua Lucy. Que veux-tu dire ?
– Il... il y a des Mutants « gentils », expliquai-je en imitant des crochets avec mes doigts. Il suffit de voir Rubis.
En parlant de lui, l'ababil se posa délicatement sur mon épaule. Sa présence me rassurait un peu, dans le sens où il était un peu comme moi. Biologiquement parlant. Je caressai doucement son plumage, il baissa la tête, en signe d'appréciation.
– Mais il y a aussi des Mutants « méchants », contredit ma meilleure amie. Qui sont assoiffés de sang, et n'hésitent en rien à tuer et massacrer des humains, et des animaux ! Regarde la manticore, le cetus ! Ils sont les preuves que les Mutants sont... mals.
Rubis poussa un cri d'indignation. Je le calmai en posant ma main dessus. Je comprenais sa réaction. Je ne savais pas si Rubis comprenait les mots, mais je supposais que le ton et les expressions lui expliquaient beaucoup.
– Mais Rubis est la preuve qu'il y a aussi des Mutants « gentils », répétai-je.
– Comme il y a des humains cruels et sanguinaires, et d'autres bons et bienveillants, intervint Miller. C'est comme ça partout.
– Mais alors comment faire la différence ? désespérai-je.
– On ne peut pas. Il faut faire confiance à son instinct, répondit mon professeur.
– Et de toute façon, tu n'auras pas le choix, annonça Zéphyr, fatidique. Tu ne pourras pas demander la passé du Mutant durant l'examen.
Je me mordis la lèvre, mortifiée.
– Donc, toi tu le tueras, c'est ça ? demandai-je.
Le rouquin haussa les épaules.
– C'est ce qu'on nous a appris. C'est pour ça qu'on est ici.
Je baissai la tête. Je ne trouvai rien à répondre à cela.
– On ne doit pas être les premiers à se poser ce genre de questions, raisonna Lucy. Si on s'obstine à exterminer tous les Mutants, c'est pour une bonne raison, non ? Rubis est peut-être juste... L'exception qui confirme la règle. Et toi, tu es humaine. C'est particulier.
Je haussai un sourcil, et envoyai une image mentale à Rubis. Je lui montrai la manticore, des Mutants sanguinaires attaquant des gens. Il s'ébroua, et pencha la tête sur le côté.
J'avais appris au fur et à mesure du temps, que cela signifiait qu'il ne comprenait pas, qu'il s'interrogeait, où dans le dernier cas qu'il se moquait de moi. Ce qu'il ne manquait jamais de faire. J'étais visiblement pour lui une source d'amusement assez divertissante. Il ne comprenait pas par exemple, pourquoi je m'obstinais à lire et relire tous les jours un tas de feuilles. Je tentai de reformuler ma demande, mais rien n'y fit.
– Rubis ne sait pas non plus, soufflai-je, paumée. Et vous ? questionnai-je Miller.
– Ce qui est étrange, c'est que ton père m'avait déjà posé le même genre de questions. J'avais tout contredit, à l'époque. Si une chose est sûre, c'est que les Mutants sont dangereux. Et que la seule chose qu'ils cherchent est notre sang.
– Parce que c'est leur moyen de survivre, poursuivit Lucy. Et pour ça, pour ne pas se faire « envahir » et exterminer, notre mission est de les tuer !
– De toute façon, il est impossible de tous les exterminer, continua Zéphyr. Ils naissent des animaux.
– Mais tuer un Mutant, c'est comme... tuer une personne, non ? Je ne sais pas... fis-je, la tête entre les mains.
– Est-ce que tu culpabilises de tuer un moustique ? dit Lucy. Nous n'avons pas été élevés dans les même croyances. Depuis toute petite, je sais que les Mutants sont dangereux, et sanguinaires. Pour Zéphyr, c'est la même chose.
Le rouquin acquiesça.
– Avec Rubis, c'est comme ci tu avais disons... un oiseau, justement. Pourtant, tu n'es pas végétarienne et tu manges du poulet, non ?
Les propos de Lucy me frappèrent. C'était étonnamment plus clair, dit comme ça. Mais c'était toujours le fouillis dans mes résolutions. Je remerciai le petit groupe de m'avoir écouté, et regardai l'heure. Le couvre-feu allait être enclenché dans à peine une heure, il nous fallait rentrer. J'enlevais le baudrier, étonnamment pressée de recommencer à voler.
Les paroles de Lucy tournaient en boucle dans ma tête, sans que je ne puisse les arrêter. L'eau chaude de la douche coulait à flot sur mon dos. J'étais triste de ne plus pouvoir vraiment aller dans la piscine. Même le matin très tôt, c'était risqué. Je me contentai donc des douches. Une fois rincée, je me séchai rapidement. En retournant dans ma chambre, je croisai Ella à qui je souhaitai bonne nuit.
Une fois enfermée dans ma chambre, je me précipitai vers mon bureau. Avant d'aller dans la salle d'eau, j'avais apporté une assiette de paella. Mon dieu ce que j'aimais ce plat ! Tout en mangeant, je planchai sur la traduction de la page du Livre Z. J'avais quasiment terminé la première traduction, et me penchai donc sur la deuxième.
Elle se révéla plus simple, et donc plus rapide. Mais la fatigue s'empara rapidement de moi, et je ne pus donc continuer longtemps. Je n'avais lu que les deux premières phrases, à savoir : « Écrit par Zayahelle'navnaoriana et ses descendants. Complété dans le temps pour que rien ne soit oublié. » Niveau prénom long, on battait des records ! Je m'étais demandé qui était cette Zayahelle'na... Oriana, c'était bien, non ? Italien, belle consonance. Justement, pour connaître l'origine de la personne j'avais comparé avec d'autres prénoms, mais celui-ci mélangeait plusieurs nationalités à la fois.
Comme-ci ce n'était pas déjà assez embrouillant comme ça ! En soupirant longuement, je passai la couette par dessus ma tête.
***
Oui j'adore inventer des prénoms, surtout s'ils sont compliqués XD
Bonne semaine à tout le monde !
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Mutante - Tome 2
Paranormal/!\ Cette histoire est la suite de Mutante - Tome 1 /!\ Des créatures imaginaires, qui cherchent à vous tuer. Vous y croyez, vous ? C'est pourtant ce à quoi je suis confrontée depuis que j'ai découvert l'existence des Clans. Tout paraissait limpide...
