Je partis à la recherche de mes amis. Je ne les trouvai pas, ni dans la Sphère, ni dans la bibliothèque. Il fallait donc que j'attende de les revoir, vers 17h. En attendant, je retournai dans ma chambre bosser mes cours. Joie et bonne humeur en perspective, hum. Mais en fond trottait toujours l'image de Caligo s'illuminant. Si bien que je fis des fiches plutôt que réviser, mon attention n'était pas complète. Une fois le tout placardé contre mon mur, et l'heure arrivée, je me dirigeais d'un pas pressé vers la Cantine.
J'allai à notre table habituelle, sur une plate-forme dans le coin. Je commençai à grignoter mon bout de pain quand Lucy s'affala sur la chaise, suivie de Zéphyr.
– Ne te plains pas, c'est toi qui l'a voulu ! rit Zéphyr.
– Je sais... râla Lucy en prenant sa tête entre les mains.
J'interrogeai le rouquin du regard. Lui s'esclaffait, Lucy était complètement épuisée.
– On a combattu à deux. J'ai gagné. Elle a voulu une revanche, et ainsi de suite, me raconta-t-il.
Je tapotai le bras de Lucy, en signe de soutien. Elle roula des yeux au ciel, exaspérée devant mon amusement. Je connaissais bien les points forts et faibles de ma meilleure amie. Nul doute que Zéphyr allait gagner ce coup-ci. Mais maintenant que Lucy avait analysé sa façon de combattre – si elle ne s'était pas trop énervée – le rouquin prendrait une sacrée raclée la prochaine fois.
– Vous n'avez fait que ça ? Je comprend ton épuisement, Lu.
– Ce que je déteste ma taille, grommela-t-elle. Et toi tu es trop grand ! Toi aussi Amy, ce n'est pas juste !
Je ne pu m'empêcher de glousser, Lucy avait l'air saoulée, mais d'une façon hilarante.
– Il faudra qu'on se refasse un combat, un de ces jours, lui déclarai-je. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas battu.
– C'est vrai ? s'étonna Zéphyr. Ça fait quand même longtemps que vous vous connaissez, non ?
– Oui, mais on ne s'amusait pas vraiment à ça, dis-je. Lucy ?
Elle me jeta un coup d'œil, et un sourire s'élargit sur mon visage.
– Il s'est passé un truc avec Caligo.
Ses pupilles s'agrandirent à vu d'œil, et l'étincelle que je connaissais bien apparut. In-co-ri-gible ! Une vraie Sherlock Holmes, cette fille.
– Raconte-moi tout immédiatement ! exigea-t-elle, le doigt pointant la table.
Je lui contai donc ce qu'il s'était passé. Déjà, que Rubis pouvait toucher Caligo, ensuite que les gravures s'étaient illuminées.
– Des gravures ? répéta Zéphyr.
– C'est vrai, tu n'as jamais du les voir de près. Regarde, annonçai-je en dégainant Caligo et en la posant sur la table.
– On dirait des Scriatés, s'exclama Zéphyr.
– Moi aussi j'ai pensé que c'en était au début, mais non. Je pensais que c'était uniquement pour faire joli, puis il s'est passé cela tout-à-l'heure.
– Tu ne l'as jamais vu avant ? s'étonna Lucy. Je veux dire, tu t'es déjà blessée en te battant à l'épée.
– Vous vous rappelez cette histoire d'énergie ? J'ai ressayé d'activer le fluide avec Rubis et cette technique. C'est beaucoup plus difficile dans la forêt, qui contient peu d'énergie, contrairement au sous-sol qui en est saturé. Sûrement à cause du fait que des Mutants, chuchotai-je plus bas, étaient présents là-bas à un moment donné.
Tout l'amusement précédent avait fait place à un ton bien plus grave.
– Bref, en essayant « d'appeler » cette énergie, mimai-je avec mes doigts, je me suis rendue compte qu'il y avait un endroit où elle était plus concentrée. En fait, l'énergie est en constant mouvement, mais au lieu de se diriger sur ma blessure comme l'avait dit Rubis, elle s'est concentrée sur Caligo. Et en passant ma main dessus, un peu de mon sang a atterri sur la lame. Et là, ça s'est illuminé. Mais si je repasse du sang sur la lame sans « appeler » l'énergie, logiquement rien ne se passe.
Je ne tentai pas, de peur qu'il se passe quand même quelque chose. On était pas à une surprise près.
– En fait, ce que je me suis demandé, c'est si Caligo n'attire pas l'énergie du fluide à cause la poussière écarlate. Du coup, je me demandais si je pouvais t'emprunter une de tes flèches, Lucy ? Elles possèdent bien un peu de poussière écarlate ?
– Une infime quantité, confirma-t-elle. Tiens, en voilà une.
Elle sortit une de ses petites flèches rétractables de son carquois rouge et me la passa.
– Je te la rendrai, lui promis-je.
Elle hocha la tête, et me gratifia d'un sourire en coin. Elle attendait déjà le compte-rendu.
– D'ailleurs, tes flèches, comment fais-tu s'il faut mettre de la poussière écarlate dans chacune ? Tu ne peux pas forcément les récupérer à chaque fois, non ? s'interrogea Zéphyr.
– J'en ai de plusieurs sortes, mais celles-là je les achète dans un magasin spécialisé, répondit-elle. Et je sais bien chasser, je récupère la plupart. Bon, il faut que je révises, je vais vous laisser. Amy, tu me tiens au courant !
Je lui fis un grand sourire.
– Cela va de soi. Je vais aller tester ça tout de suite.
Zéphyr nous déclara aller s'entraîner lui aussi, si bien que nous nous revoyions le soir au repas. Je retournai près du bac à sable, toujours accompagnée de Rubis. Il restait souvent avec moi, même dans ma chambre. Et je dois dire que sa compagnie était plutôt agréable. Il m'aidait souvent, même. Je refis le même exercice que tout à l'heure, mais Caligo plus loin. Elle concentrait trop d'énergie pour que je me rende compte si la flèche en avait aussi.
Je tentai d'abord sans blessure, mais il était évident que ça ne marcherait pas. Je retirai donc mon petit pansement au doigt et rouvris ma coupure. Je sentis directement les énergies se mouvoir un peu plus. Et en effet, une petite concentration se dirigea instantanément vers la flèche, même si je n'appelais pas vraiment le fluide.
Donc, c'était bien la poussière écarlate qui provoquait cela, logiquement. Mais je fus complètement surprise par la quantité que concentrait la flèche par rapport à celle de mon épée. Elle était vraiment, tellement plus minime ! La flèche, c'était une miette de pain, Caligo une maison ! Et encore, je ne doutais pas qu'avec plus de temps et un autre endroit, l'épée pouvait concentrer beaucoup plus d'énergie ! Puisque c'était la poussière écarlate qui attirait le fluide, les Mutants l'attiraient sans problème.
Mais est-ce que cela signifiait aussi que j'avais un peu de poussière écarlate en moi ? Ou du moins, quelque chose d'équivalent ? Dans ce cas-là, si je mourrais, je disparaîtrais ? Il ne resterait que de la poussière ? Je me creusai la tête pour rien. Je ne pourrai le savoir qu'en mourant, ce qui n'était pas prévu à mon programme avant un bon paquet d'années.
Je rangeai la flèche de Lucy dans mon sac et retentai l'expérience avec Caligo. Pendant de longues minutes, je sentis l'énergie s'accumuler au sein de l'épée. Puis je mis un peu de mon sang – mieux vallait ne pas être hématophobe – et les gravures s'illuminèrent de nouveau. Fascinée par ce spectacle, je pris l'épée dans ma main et l'inclinai. C'était magnifique.
Je pouvais presque ressentir des picotements dus à la concentration d'énergie dans ma paume. Je fermai les yeux, et ressentis de nouveau toute cette énergie qui provoquait le fluide. Une vague de frissons me parcourut de la tête aux pieds, des millions de petits glaçons sur le corps.
Curieuse, je tentai d'attirer cette puissance vers ma petite blessure. Je sentis soudainement l'énergie de Caligo se mouver, et traverser mon doigt, ma main, mon bras. Comme une ligne brûlante. Elle monta jusqu'à ma tête, m'emplissant le corps d'une chaleur nouvelle. En rouvrant les yeux, je voyais rouge.
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Mutante - Tome 2
Paranormal/!\ Cette histoire est la suite de Mutante - Tome 1 /!\ Des créatures imaginaires, qui cherchent à vous tuer. Vous y croyez, vous ? C'est pourtant ce à quoi je suis confrontée depuis que j'ai découvert l'existence des Clans. Tout paraissait limpide...
