Je me couchai dans mon lit, bloc-notes sur les genoux. Je dessinais une jeune fille de dos assise, en short, deux ailes majestueuses déployées. Mon coup de crayon avait étrangement changé depuis mon arrivée à l'académie. Peut-être étais-ce le signe que moi aussi, j'avais changé ?
En tout cas, la question de Hekiah tournait encore dans mon esprit. Oui, j'étais peut-être toujours amoureuse d'Adam. C'était une sensation si étrange. Je n'étais jamais vraiment tombée amoureuse depuis ma naissance. J'avais eu le béguin pour quelques garçons, mais ça s'arrêtait là. On me disait toujours que j'avais de la chance, qu'au moins je ne regrettai pas que le garçon dont j'étais amoureuse m'ignore.
En vérité, je me demandais si j'étais normale. Quand j'en avais parlé à ma mère, elle m'avait rassuré, disant que je tomberai amoureuse plus tard, au moment où je m'y attendrai le moins. Et si, au fond, je ne tombai pas amoureuse pour cette raison ? Celle que j'étais amoureuse d'Adam depuis longtemps ? Je secouai la tête.
Pendant tous mes souvenirs, son comportement était celui d'un grand frère envers moi, qui me protégeait. Et puis, il ne pouvait pas être amoureuse d'une gamine, comme celle que j'étais. Il avait tellement dû changer, depuis le temps. Il n'avait pas non plus eu une vie toute rose, au vu de la conversation que j'avais surprise entre lui et son père.
Si ça se trouvait, il était une Ombre assassin, maintenant. J'avais entendu dire que cela existait, ces Ombres étaient spécialisées dans l'assassinat de Lumières, ou même d'autres Ombres parfois. J'avais du mal à concevoir que des meurtres pouvaient être commandités de la sorte. Hélios était assez calme en comparaison de certaines actions qui se déroulaient sous nos pieds.
Rien que le marché noir, mentionné par Lucy, semblait très dangereux. Et Miller y serait allé. On soupçonnait même l'existence de familles spécialisées dans l'assassinat, chez les deux Clans. Où des techniques seraient transmises de génération en génération. Une célèbre rumeur, du moins à Light, concernerait une famille de Lumières nommée Venor.
Officiellement, il s'agirait d'une famille spécialisée dans la collecte d'objets rares, volés ou non. Mais selon la rumeur, ce serait des assassins, à qui l'on peut demander des requêtes à des prix exorbitants. Mais cela était du au fait qu'ils feraient le boulot proprement, et sans traces. Cette famille aurait disparue depuis un moment, sans qu'on ne sache s'il en restait des membres, où même si ceux-ci étaient actifs. Tout ça me faisait froid dans le dos.
En surface, on croirait que les Clans avaient été créés pour abattre les Mutants, des créatures sanguinaires... je déglutissais difficilement, j'avais toujours du mal avec cette définition. En vérité, même si c'était le but premier, il y avait tellement d'autres objectifs cachés.
Les Livres D devaient servir ce but, mais maintenant ils étaient aussi bien utilisés pour améliorer la vie quotidienne, comme tuer quelqu'un. C'était assez triste de se dire que tout pouvait être détourné pour que l'humain tue ses semblables. Je soupirai un moment, me rendant compte que mon dessin devenait n'importe quoi.
Je déchirai la feuille, la jetant à la poubelle. J'étais complètement agitée, le tournoi ne cessait de m'angoisser. Ce n'était même pas que le fait que j'allai devoir me battre, mais aussi celui que j'allai sortir de Light. Et que tous les regards pouvaient être rivés sur moi. J'avais eu un aperçu de ma réputation, ce qui ne m'enchantait guère.
Tout le monde allait sûrement s'attendre à ce que je sois forte, comme mon père. Enfin, je me rassurais en raisonnant que les combats ne se dérouleraient pas devant un public. Seul la dernière manche, et encore fallait-il que j'y accède. Je ne savais pas vraiment dire si j'avais envie d'y accéder ou non. J'espérais juste faire de mon mieux, et que le fluide ne s'activerait pas soudainement pour me faire repérer.
Après avoir fait quelques étirements pour me détendre, je m'installai dans mon lit. Fermant les yeux, je pressai mon oreiller contre ma poitrine, espérant que ce contact pourrait apaiser mon angoisse.
– Il y a quoi, dehors ? je demande à Adam.
Nous sommes dans le petit jardin, les autres enfants jouent sur les jeux. Je suis assise dans l'herbe fraîche, Adam lit quelque chose à côté de moi. Il sait super bien lire pour son âge, il en est très fier. Quand il entend ma question, il referma son livre et s'allonge dans l'herbe.
– Dehors ? C'est un peu comme ici, mais c'est plus vaste. De l'herbe partout, des arbres, des forêts entières. Mais il y aussi des villes.
– Des villes ? je répète. Tu vis dans quelle ville, toi ?
– Elle s'appelle Shade. J'y suis né, et je vais sûrement y rester pendant longtemps. Toute ma famille y vit.
– Tu as des frères et sœurs ?
– Tu es bien curieuse aujourd'hui, rigole-t-il en frottant mes cheveux.
– Alors ? je demande à nouveau, ignorant sa remarque.
Adam ne dit rien, il se contente de fixer au loin.
– Je n'aime pas trop en parler, avoue-t-il.
– Et ton papa, ta maman ? Tu as un papa ?
– Bien sûr. Tout le monde en a un, sinon tu ne serais pas née.
Je fronce les sourcils. Alors pourquoi je n'ai que ma maman, moi ?
– Pourquoi mon papa ne vit pas avec moi et maman, alors ?
Il hausse les épaules.
– Je ne sais pas, Amy. Je n'ai pas réponse à tout, même si j'aimerais bien.
Il me faut un petit temps pour comprendre sa réponse.
– Ça existe les gens qui savent tout ? je questionne.
– Peut-être. Mais ils doivent être très vieux, rit-il.
Je rigole à mon tour, heureuse de pouvoir parler avec Adam.
– J'aimerais bien aller dehors, je murmure.
– Un jour, tu pourras. J'en suis certain, affirme-t-il.
– Et tout de suite ? je soupire en baissant les yeux.
Adam se tait, il ne sait manifestement pas quoi répondre. Un petit papillon vient se poser sur mon genou. J'essaie de l'attraper, mais il s'envole haut et rapidement. Je fais une petite moue, déçue.
– Ce n'est pas grave, me console Adam. Ne sois pas triste.
– C'est pas ça qui me rend triste, je chuchote.
– Quoi, alors ?
– Je... c'est pas juste. Le papillon, il peut s'envoler dans le ciel, moi je ne peux pas. J'aimerais bien avoir ses ailes.
Adam paraît surpris, mais m'adresse un grand sourire.
– Un jour, tu voleras. Tu voleras, petit Papillon, me promet-il.
Il se rapproche de moi et me prend dans ses bras. Mise à part Judithe, il est le seul qui arrive à me consoler comme ça. Je l'aime beaucoup, il est mon ami le plus proche. Pourtant, j'ai le sentiment que l'on va nous séparer d'un instant à l'autre. Cette impression me serre le cœur, et me fait presque mal. Je ne le connais pas depuis longtemps, mais il compte beaucoup pour moi.
– Adam ? je murmure.
– Oui ?
– Tu crois qu'à l'extérieur, mon papa m'attend ?
Adam prend ma petite main.
– Je pense que oui. Ton papa t'attend.
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Mutante - Tome 2
Paranormal/!\ Cette histoire est la suite de Mutante - Tome 1 /!\ Des créatures imaginaires, qui cherchent à vous tuer. Vous y croyez, vous ? C'est pourtant ce à quoi je suis confrontée depuis que j'ai découvert l'existence des Clans. Tout paraissait limpide...
