Chapitre 16-1 : Identité

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Ce que m'avait dit Nahim me laissait encore perplexe, comme toujours. Caligo m'avait choisie ? Je la maniais parce que j'y étais destinée, que mon sang le permettait... et de quoi parlait Nahim en disant que je la maniais d'une certaine façon ? Quoi qu'il en soit, je m'installai dans ma chambre, ouvrant le livre que m'avait donné le professeur de Défense contre les Mutants.

On y trouvait un sommaire répertoriant un nombre assez conséquents d'épées, toutes avec un nom plus ou moins étrange. Je tournai la page, observant la première qui se tenait devant moi. C'était une épée on ne peut plus classique, avec une lame droite, une garde en métal, et des capacités basiques. Elle permettait de transpercer assez facilement la peau d'un Mutant, même s'il fallait une certaine force pour la manier. Je jetai un coup d'œil au nom inscrit au dessus de l'image de l'arme : Machaira Fos. Bien alambiqué, comme le reste.

J'observai les armes suivantes, elles semblaient presque identiques à la première, malgré certains points divergents : on trouvait des lames plus fines, plus ou moins courbées, différentes matières, mais une esthétique semblable. Plus je parcourais les pages, et plus les épées différaient des précédentes. Au bout d'une dizaine de minutes à tourner les pages, je tombai sur un nom familier. Caligo.

L'image de l'épée était semblable à l'arme réelle, mise à part le bois. Celui actuel était bleu sombre, alors que celui de l'illustration brillait d'un rouge carmin. Mais les dessins, plus effacés sur la mienne, étaient bien visibles. On pouvait y déceler ces fameux dessins de Mutant, dont celui de dragon. Je jetai un œil au paragraphe de la page d'à côté.

« Apparue pour la première fois au public dans les années 800, Caligo est une des épées les plus uniques et originales. Elle n'est pas en soi immensément puissante, mais ses propriétaires ont tous été de grands épéistes. On raconte que c'est l'arme qui a combattu le plus de Mutants, toute catégorie confondue. Disparue après les années 900, elle refait surface au XVIème siècle, où encore une fois, elle fait des ravages auprès des Mutants. Elle a changé de mains, pour appartenir à une Ombre, puis à une Lumière. Personne ne sait comment se déroule son passage, tout comme personne ne connaît son origine malgré sa réputation. C'est l'une des épées les plus convoitées car elle est composée de poussière écarlate très rare. Ses propriétaires ne voulant pas qu'elle soit observée de près, on ne connaît pas le Mutant dont elle est constituée. Toutefois, il s'agirait d'un Mutant presque inconnu, certains soupçonnent un qilin ou une créature approchante telle que la licorne. Le mystère reste entier. Ce qui fait sa légende, c'est le fait qu'elle ne peut être manipulée que par une seule personne, et qu'elle tuerait tout individu tentant de s'en emparer. »

« Tuer » n'était peut-être pas le terme le plus exact, songeai-je, « brûler » serait plus correct. Je jetai un coup d'œil à la date de publication : il y a plusieurs dizaines d'années, avant que mon père n'apparaisse avec l'épée. C'était pour cela que son nom n'était mentionné nulle part. Je ne trouvai pas de grandes informations, mise à part une estimation de sa taille et de son poids. Ce qui m'intriguait, c'était surtout l'absence du coutelas. Celui-ci était accroché au pommeau de Caligo, alors que rien ne le mentionnait. Cela renforçait l'idée qu'il avait été ajouté par mon père.

Je claquai le livre, et le posai sur mon chevet. Caligo était très célèbre, pourtant le nombre d'informations dessus était assez minime. Et j'avais hérité de cette arme. Le livre indiquait bien que ce n'était pas sa puissance qui faisait sa renommée, mais le propriétaire. Mes épaules s'affaissèrent. Je ne me pensais pas à la hauteur de la tâche.

Mon père avait combattu les Mutants avec elle, mais moi... je n'étais qu'une jeune fille de dix-huit ans avec pleins de problèmes. Avec une paire d'ailes dans le dos, un passé oublié, un père disparu, et Mutante par dessus le marché. Ce qui avait tilt était également la phrase qui signifiait que Caligo était passée de mains en mains, aussi bien chez les Ombres que chez les Lumières.

Quand on y réfléchissait, ce n'était pas si illogique, puisque la sœur ne faisait partie d'aucun des Clans. Mais alors le propriétaire changeait constamment de Clan ? A moins que cela ne dépendait du compagnon de l'épéiste ? Mon père était venu chez les Lumières, mais c'était peut-être à cause de ma mère ? En pensant à la sœur, je me demandais quel était son prénom.

Je fouillais ma traduction, sans succès. Le premier ancêtre était bien épelé, mais rien n'indiquait qu'il s'agissait réellement de la sœur. Étrange. Je retrouvais enfin le premier héritier supposé : « Zayahelle'navnaoriana ». Plus compliqué tu meurs ! Oriana, on va dire. Il était noté « Écrit par Zayahelle'navnaoriana et ses descendants. Complété dans le temps pour que rien ne soit oublié. » J'eus un gros doute à qui appartenait ce nom.

Un petit bruit retentit contre ma fenêtre, que je m'empressais d'ouvrir. Un oiseau s'engouffra dans l'ouverture, laissant tomber quelques plumes au passage.

– Salut Rubis... ouah, ça pue ! m'exclamai-je en me pinçant le bout du nez.

Le Mutant était en effet recouvert de boue, et dégageait une odeur vraiment désagréable.

– Dans quoi tu t'es baigné ? soupirai-je. Viens là, je vais te nettoyer.

Je m'emparai d'une serviette et de ma bouteille d'eau. Mais quand je voulus nettoyer l'ababil, celui-ci s'envola, refusant que je l'attrape.

– Ne fais pas n'importe quoi ! m'insurgeai-je. Tu vas tout salir avec tes ailes ! Viens ici !

Je dus batailler encore quelques minutes avant que le Mutant ne daigne se poser. Je me dépêchai, il n'était vraiment pas content que je lui enlève toute sa crasse. Quand j'eus finis, il s'ébroua comme un chien, ce qui m'amusa.

– Mais où es-ce que tu es allé ? gloussai-je. A moins que tu ne soies tombé dans une flaque ?

L'oiseau noir poussa un petit cri, me faisant rire de plus belle. Je rangeai ma traduction avant qu'elle ne devienne marron, mais Rubis se posa juste devant moi. Il pencha la tête sur le côté, se questionnant sur le document.

– C'est la traduction de la page de mon père. Tu sais, je me demandais quel était le prénom de la fille dont je descends.

Rubis pencha encore une fois la tête, de l'autre côté cette fois. Il ne comprenait pas ce que je disais, visiblement.

– Apparemment, ce serait... Zayahelle'navnaoriana, articulai-je lentement. Comparé à elle, mon prénom est tout petit !

Même si je riais, Rubis recula soudainement, et ses yeux s'agrandirent.

– Qu'y a t-il ? J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ? m'inquiétai-je.

C'était au son du prénom qu'il avait réagi. Mais pourquoi donc ?

– Rubis ? murmurai-je. Tu connais Zaya... Oriana ?

L'ababil poussa soudainement un cri strident, et s'envola à travers la fenêtre. Je tentai de le rattraper, mais trop tard. Mais que lui prenait-il ? Les sourcils froncés, je regardai une nouvelle fois le nom. J'étais presque sûr qu'il s'agissait de celui de la sœur, mais au vu de la réaction de Rubis... On aurait dit qu'il la connaissait. Ou il ? Qui était le propriétaire de ce nom ?

– Oriana... qui es-tu ? chuchotai-je vers les cieux.

Mutante - Tome 2Des histoires addictives. Découvrez maintenant