Stephan
Une semaine plus tard.
Mes yeux rivés au plafond, je revivais cette sinistre nuit. Tout repassait en boucle dans ma vie comme si je revivais encore, encore et encore la même scène... les flaques de sang... les actes de barbaries...tout restait implanté là dans mon cerveau. La mort de Ti lapli m'était difficile à accepter, difficile à avaler..à l'heure qu'il est son corps doit être donné en pâture aux chiens ; jamais il n'avait osé rêver plus loin que le bout de son nez, et maintenant plus jamais il n'osera parceque ça aussi la vie le lui à enlever ; je mordillai ma lèvre inférieure,je ne m'étais pas rendu compte qu'à force d'avoir galérer ensemble durant toutes ces années, que j'avais fini par l'apprécier comme un vieux pote. Mon sang avait coulé et le sien également.
Debhra pense que je devrais être assisté par un psychologue, moi je pense au temps qui passait ; de toutes les horreurs que j'avais vécu, celles là en étaient les pire...
À moitié allongé sur le grand sofa, j'essayais de penser positif, et en ce moment la seule personne qui au moins me permettait de réfléchir de façon optimiste était Sory. Pour occuper mes journées, je pensais à elle et centrais mes cogitations sur elle, c'était apaisant mais souvent au milieu de la nuit, j'étais hanté par ces heures cauchemardesques et je me voyais patauger au creux des berceuses infernales que chantonnaient les balles. Je me réveillais en sursaut, j'avais des palpitations et la sensation de recevoir des coups dans la poitrine, en slow motion tout s'encombraient en moi... Taïna... Dans Sech... Mechansté... la mort... le sang... Ma vie. Le medecin privée qu'avait engagé Debhra venait me visiter souvent tard dans l'après midi, il disait que c'était l'angoisse et l'anxiété dû au traumatisme. Toute ma vie je l'ai été, personne ne réfléchissait pour nous les crasseux de ce pays, comment ne pas l'être? Je soupirai bruyamment, ma blessure se cicatrisait peu à peu, et j'avais l'impression que cette période de convalescence durait déjà trop longtemps.
En un cour instant, les yeux fermés je me voyais du haut de notre tour misère où tout le monde se foutait de tout, où nous étions vus comme des dangereux criminels lâchés dans la communauté en pensant la tête dans les étoiles "Haïti, dans nos rêves, nous voici...nous nos gueules et nos sacs à problèmes... grandis à la dérive,on se laissait mener par le vent.." Je me revois surtout avec Ti lapli et les gars en plein match de foot, avec un ballon de fortune ..."Yo fè pas la ...fè pas la..." Traumatisés par les flammes et emoustillés par les armes... on cherchait ensemble à exister...je déglutis en pensant que si sa mort vaut ce que ça vaut, alors je demande à Dieu de me jeter un sort pour oublier tout ça... J'expirai à nouveau..
- Tu devrais prendre de l'air Stephan !
Je sursautai lorsque la voix de Debhra fit écho dans ma tête. Je relevai la tête vers elle, elle m'effleura le visage du bout des doigts..
- Je suis tellement heureuse qu'il ne te soit rien arrivé de grave ! Stp efface moi cette mine triste de ton mignon minois...c'est fini tout ça..je sais que tu dois avoir mal pour tes amis perdus, le bilan est négatif, mais j'aimerais également que tu te rend compte de cette nouvelle vie qui s'offre à toi....
Si seulement c'était facile pour ne plus y penser. Si seulement en un clin d'oeil, je pouvais effacer ces heures qui m'ont martyrisées. Elle répéta son geste affectif, celui d'embrouisailler mes boucles puis saisis les clés de sa voiture..
- Je vais à la galerie choublack pour rendre visite à la femme de Sebastian..tu veux venir ?
Je refusai en secouant négativement de la tête...
- En passant je crois bien que t'aura une surprise aujourd'hui, je compte sur toi pour l'apprécier..
- Quelle surprise ? Demandai-je sans entrain
- Ce sera plus une surprise si je te le dis, tu verra bien par toi même !
Elle m'offrit un air affectueux en me posant des dizaines de bisous dont je pus esquiver au moins trois. Le moteur de sa voiture se mit en marche et elle disparut de la cour de sa résidence.
J'émis un profond soupir et allai me servir un verre de jus mixé. Mon avant-bras enfoncé dans le plâtre ne me facilitait pas la tâche ! Je mis au moins dix minutes avant de réussir à altérer ma soif. Une fois vidée, J'eus du mal à remettre le pot en cristal réfrigérateur ; je poussai un juron qui appartenait à Ti lapli..
- Chyouuut tonnass..
Le rire de quelqu'un fusa derrière mon oreil. Surpris, je faillis tout renverser au sol ; je me retournai en me demandant si c'était de cette surprise que me parlait Debhra ; parce que franchement, elle était la dernière personne que j'avais envie de voir ! Elle était debout avec ses cheveux frisés, sapée de son jeans à taille haute dont elle efforçait de faire ressortir ses fesses et son t-shirt tendance "Adidas" qu'elle ne pouvait bien sûr pas s'en passer sinon elle serait classé dans la catégorie "Old fashion".
Je roulai discrètement les yeux, moi qui essayait de chasser mes pensées venimeuses par le son house "Sunrise" de kygo en pensant à elle et non pas à elle. Sa voix raisonna comme une épée qui tranche une pomme empoisonnée.
- Bb...mwen pa gen nouvel ou since I dont know ! Ou te supoze rele'm poun te ka wè since ou te dim ke chill lan postponed but ...nada !!! [ Babe, je n'ai pas de tes nouvelles ça fait un bail, t'étais sencé m'appeller depuis le chill mais rien]
Je souris faussement. Elle écarquilla ses iris à la vue de mon plâtre..
- Omg !!What's happened ? Like ou fè aksidan ? [ Oh my God qu'est-ce qui t'es arrivé, t'as eu un accident]
- Non j'ai chuté dans l'escalier. Lui dis-je en faisant l'effort de lui accorder de l'importance.
- Ah okay..
- Ouaip. Me repetai-je vaguement.
- Depi kileu ? Demanda-t-elle [ Depuis quand ?]
- Ça fait une semaine..
- Then why ou pa janm vin wèm ? T'aurais pu m'appeler and me dire Valérie qu'est-ce que tu fais...just poun fuck bb.. [ Et pourquoi t'es pas venu me voir? Je t'aurais divertie...]
J'arquai un sourcil en la fixant. Elle s'appuya sur le bar comptoir en balayant sa main, puis déclara :
- Antouka ou mankem bb.. [ En tous cas, tu m'as manqué babe]
J'ignorai son mensonges bien aiguiser et sortis de la cuisine en poussant quelques bouffées d'air. Elle me poussait vers l'exaspération et je n'avais plus du tout non mais aucune envie de continuer à ni la voir, ni l'embrasser, ni lui parler ..ni rien du tout
- Sérieux bab..tu te faufile genre comme un petit loup..ou genleu need mwen rann ou jealous? [ Tu veux que je te rendes jaloux c'est ça? ]
- Non. Répondis-je agacé.
Fallait que je lui dise que je ne voulais plus rien continuer avec elle. Son regard se posa sur ma montre synchronisé à mon téléphone...
- Like t'as quelle heure ?
Elle s'apprêtait déjà à y toucher, j'ôtai rapidement mon poignet..
- Tu veux l'heure ou la montre ?
Prise de honte, elle resta silencieuse un instant. J'en profitai de ce moment de silence pour m'asseoir sur le sofa dans lequel j'étais allongé quelques minutes plus tôt. Elle s'approcha de moi. Je soufflai et déclarai évasivement d'un ton assez dogmatique.
- J'ai un truc super important à te dire Valérie.
- Tell me.. [ Dis-moi]
Avant que je n'ouvre la bouche, elle s'était déjà collé à moi, et avec mon bras emprisonné dans un plâtre, l'en dégager fut impossible, sa langue aspirait mon cou pendant que ses doigts se frayait un chemin à l'intérieur de la braguette de mon bermuda.
- Valérie je...
À ce moment pile, les belles portes de la salle de séjour s'ouvrirent sur le visage de Sory et de son père qui prit le soin de m'observer d'un regard assassin. Valérie arrêta ses "gâteries" en remettant de l'ordre dans sa tenue ! Je crois bien que je l'avais ma surprise...
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.Ti Varye.
General Fiction-Je t'........ Putain !!!!!! Lorsque j'ouvris les yeux j'étais encore là....
