J'ouvre lentement les yeux alors que le brouillard du sommeil se dissipe peu à peu pour laisser place à l'éveil. Le soleil baignant la chambre me brûle la rétine. Je referme mes paupières durant quelques secondes avant de m'habituer à la clarté. Je m'étire ensuite de toute ma longueur tout en repoussant mes draps. Il fait étonnement chaud dans la pièce quand on pense au vent froid qu'il y avait hier soir. Je jette un œil par la fenêtre et constate que le temps aujourd'hui est magnifique. Le ciel est d'un bleu sans nuage et les rayons du soleil se répandent magnifiquement sur le campus.
Lorsque je regarde vers le lit de Summer, je constate qu'elle n'est pas là. Elle n'a pas passé la nuit ici. Probablement pour suivre un de ses prétendants pour une séance de cochonneries. Des images affreuses me reviennent en tête. Je ne veux même pas y penser.
Allongée dans mon lit, fixant le plafond blanc, je me remémore les événements de la vieille. Je souris béatement en repensant au concert génial que j'ai vécu mais me renfrogne en me souvenant de la suite. L'alcool, l'ennui et les remarques méchantes de Summer. J'efface aussitôt ce souvenir de ma mémoire. Je refuse de repenser à ce moment. Je n'ai aucune envie de céder une nouvelle fois à la colère. Pas aujourd'hui.
Mon cœur se serre quand mon cerveau me rappelle ce qui s'est passé ensuite, ce qu'il s'est produit dans cette même chambre, sur ce lit où je suis allongée. J'y ai vécu mon tout premier baiser. Cet instant marquera ma vie à tout jamais. Une fille se souvient toujours de son premier baiser et du garçon qui lui a donné. Je serre les dents en pensant au mien.
Cameron...
Bon sang, je n'aurai jamais pu imaginer que ce serait lui. Si quelqu'un m'avait prévenu, je lui aurai sûrement rit au nez. Je ne vois pas pourquoi j'aurai accordé mon premier baiser à ce garçon, celui qui me martyrise et me malmène depuis que je suis à la fac. Je me torture l'esprit en me demandant comment cela a-t-il pu arriver ? Je n'en sais rien. Nous nous haïssons depuis le premier jour et pourtant notre baiser d'hier soir n'avait rien de détestable.
Au contraire, il était parfait. Mêlant la douceur et la fougue, le désir et la passion. Je n'arrive pas à croire qu'il l'ait fait. Je n'arrive pas à croire que je ne l'ai pas repoussé. Quelque chose ne tourne pas rond chez moi, pas vrai ? Je ne me comprends pas moi-même. Je le déteste plus que n'importe qui mais je l'ai laissé m'embrasser. Et j'ai répondu à ce baiser. J'ai même éprouvé une dose inquiétante de plaisir. Je me souviens même avoir espéré qu'il ne s'arrête jamais.
Syndrome de Stockholm ? Pourquoi pas. Folie ? Très certainement. Comment se fait-il que j'en ai eu envie au point de lui céder mon premier baiser ? Peut-être parce qu'il s'est montré gentil et que, pour la première fois, il ne me faisait pas aussi peur que d'habitude. Ou bien est-ce parce qu'il est affreusement beau lorsqu'on oublie son caractère d'ogre ? Je suis complètement paumée. Je repense à ses lèvres contre les miennes et mon corps s'échauffe instinctivement. Je me souviens de sa langue glissant contre la mienne et un frisson délicieux recouvre ma peau toute entière. Mon Dieu ! Je ne peux m'empêcher de penser que ce baiser était celui que j'espérai pour cette première fois. Je n'aurai pas pu imaginer quelque chose de plus parfait.
Avant de devenir folle en retournant toutes ces interrogations dans ma tête, je quitte mon lit et vais prendre mes affaires. J'ai bien besoin d'une bonne douche brûlante. Cela me remettra peut-être les idées en place. Je fourre des vêtements ainsi que ma trousse de toilette sous mon bras et sors dans le couloir.
-Tiens, tiens, tiens ! s'exclame une voix guillerette derrière moi. Voilà, la lâcheuse.
Violet et moi avons le don pour nous croiser devant nos portes.
Un sourire rayonnant prend forme immédiatement sur mes lèvres dès que je la vois.
-Encore désolé pour hier soir, soupire-je.
-Laisse tomber, va. J'ai juste eu la peur de ma vie mais, tu as de la chance, je ne suis pas rancunière.
-Tant mieux. J'aurai tout de même trouvé un moyen de me faire pardonner.
-Oh, mais ça ne veut pas dire que tu ne peux pas m'acheter un brownie au chocolat pour me consoler d'avoir eu si peur.
-J'y penserai, glousse-je. Sinon, comment s'est passé la soirée après que je sois partie ?
-Rien de très intéressant. Josh est parti quelques minutes après toi. Sam a tellement bu qu'il s'est presque effondré en sortant du bar. Tim a du le porter jusqu'à la voiture. Dean et Summer ont quasiment baisé sur la piste et, moi, je me suis contentée de suivre le mouvement en picolant.
En entendant ce récit, je ne regrette pas d'avoir quitté les festivités hier soir. Je n'aurai pas voulu être témoin de tout ça. Ce genre de soirée est loin de me plaire. Ce doit être pour ça qu'on me traite de coincée. L'alcool a en perdre le nord et les folies avec les garçons au beau milieu d'un lieu public ne m'intéressent pas le moins du monde. Très peu pour moi.
-Et...et Cameron ? articule-je, nerveuse au possible.
-Il nous a dit qu'il t'avait ramené à la résidence.
-Euh, ouais.
-Quand il est revenu, Summer et lui se sont disputés mais je n'ai pas trop compris pourquoi. Je crois qu'il était question du comportement de garce de Summer. Cam l'a carrément incendié. Mais c'est Summer et Cameron, tu sais. L'histoire s'est finie comme elle se termine toujours.
-Co...comment ça ?
Quelque chose me dit que la suite ne va pas me plaire. Je sens déjà une boule naître dans mon estomac.
-Ils sont partis tous les deux et je suppose qu'ils ont couché ensemble pour se réconcilier.
Mon Dieu. J'ai envie de vomir.
-Rien de surprenant, rétorque Violet sans se douter une seconde du poids de ses mots sur moi.
C'est comme si on m'enfonçait un poignard jusqu'au plus profond de mes entrailles. J'ai envie de pleurer, de hurler, de frapper. Ma gorge se serre et ma poitrine me fait mal. J'ai la sensation qu'on me tord les intestins comme pour me faire cracher mon cœur par terre.
Pourquoi est-ce que je me sens aussi mal ? Trahie et victime d'une nouvelle moquerie de Cameron. J'imagine pendant un instant que notre baiser n'était qu'une façon pour lui de se foutre de moi une fois de plus, un stratagème ultra malsain dont Cameron seul a le secret. Je parviens à m'en convaincre sans même m'en rendre compte. Je prends conscience de l'erreur monstrueuse que j'ai faite. J'ai donné mon premier baiser à ce porc.
Après m'avoir embrassé, il est parti retrouver une autre avec qui il a sûrement couché. Bon sang, je ne devrais pas être surprise. Je ne devrais pas me sentir aussi blessée. On parle de Cameron, voyons. Le monstre. Le menteur. Le sadique. Ce baiser n'avait aucune signification pour lui. Il ne représentait qu'une vacherie de plus de sa part. Tout ça n'est qu'un jeu pour lui.
Je n'aurai jamais du lui accorder ma confiance. Je n'aurai pas du lui offrir mes lèvres qui n'avaient jamais été embrassées jusque là. Je me sens terriblement minable. Je me suis faite avoir en beauté. Je n'ai rien vu venir. Cameron m'a servi ses belles paroles et je n'y ai vu que du feu. J'ai gobé toutes ses salades sans me poser de questions. Pourquoi ai-je fait ça ? Je me le demanderai sûrement jusqu'à la fin de mes jours.
De sa voix douce et chantante, Violet m'extirpe de mes rêveries meurtrières. Je suis encore sous le choc mais je me fais violence pour faire bonne figure. Je ne veux en aucun cas me trahir.
-Et toi, comment s'est passé cette fin de soirée ?
-Rien d'important, je réponds.
Non, en effet. Rien d'important. Personne ne doit jamais savoir ce qui s'est passé dans cette chambre hier soir. Moi-même, je compte bien effacer de ma mémoire cet instant désastreux. Je tairai ce secret en tentant de ne pas laisser la rancœur et les remords me ronger. Ce baiser ne doit plus jamais existé que dans un très lointain souvenir.
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THE WAY - LA RENCONTRE
RomanceEmery Carlson a toujours tout planifié dans sa vie. Tout est organisé au millimètre près. Elle respecte scrupuleusement toutes les règles qu'elle se fixe et n'abuse jamais des vices de la vie étudiante. Bienveillante, amicale et toujours soignée, el...
