CHAPITRE QUATRE-VINGT-TROIS

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 A peine avons-nous franchi la porte que Cameron explose et se met à jurer à tout bout de champ.

-Putain ! Putain, putain, putain. Putain !

-Tu ne veux pas en rajouter un petit pour la route ? ne puis-je m'empêcher de glousser.

Je sais que la situation n'a rien de drôle mais je crois qu'il faut que la pression redescende. Tout est allé si vite que je n'ai pas vraiment eu le temps de réaliser ce qu'il était en train de se produire. Mon sang n'a fait qu'un tour et je me suis emballée en seulement quelques secondes. Mes nerfs sont à vifs. J'ai besoin de trouver une voie de sortie pour m'extirper de cette atmosphère pesante.

Visiblement, Cameron est dans le même état que moi sauf qu'il n'est pas décidé à calmer sa colère. Au contraire, il faut que celle-ci sorte par n'importe quel moyen.

-Putain, peste-t-il une dernière fois. Ce type est vraiment un...

-Con ?

-Non. Pire que ça.

Cameron fonce vers la voiture et je tente désespérément de suivre son rythme. Il est aussi nerveux qu'une pile électrique.

-Que s'est-il passé ? lui demande-je.

-Il a commencé à me poser des questions sur la fac. J'ai essayé de faire comme tu m'avais dit, de prendre sur moi pour survivre à ce dîner. J'ai vraiment essayé, je te le jure. Mais quand il m'a demandé ce que je comptais faire l'année prochaine, c'est totalement parti en vrille. Il s'est mit à critiquer tout ce que je pouvais dire.

-J'ai cru comprendre qu'il était contre l'idée que tu deviennes tatoueur.

-Il dit que ce n'est pas un vrai métier.

-Il a tord, le rassure-je.

-Bien sûr qu'il a tord.

Nous montons à bord de la Ford et nous installons chacun sur notre siège. Tout en pestant à tout va, Cameron allume le moteur et se met en route.

-Si ce n'était pas un vrai métier, Malcolm n'aurait jamais monté le business qu'il a aujourd'hui, reprend-t-il. Et puis, même si ce n'était pas une carrière digne de ce nom, il n' a pas le droit de me pourrir comme il l'a fait.

-Il voulait seulement t'attaquer. Il se comportait mal depuis qu'on était arrivés. Ton beau-père aurait trouvé n'importe quelle excuse pour te mettre plus bas que terre.

-Il sait que je déteste qu'il se mêle de ma vie, marmonne-t-il en freinant un peu trop brusquement à un stop. Ça ne le regarde pas, bordel. Il a déjà trop d'emprise sur moi.

Sa mâchoire est si serrée que les mots qui sortent de sa bouche sont comme mâchés. Je reconnais bien Cameron là. Il est hors de lui. Il lui faudra un moment avant de parvenir à se calmer. Je vais devoir faire preuve de patience, à présent.

-Il me prend toujours de haut comme s'il avait déjà tout vécu. Il se croit bien placé pour me faire la leçon. Non mais je rêve ! Et il a osé s'en prendre à toi alors qu'il ne te connaît même pas.

-Ne t'en fais pas pour moi, Cam. Je me fiche de ce qu'il peut penser.

-Il se doutait bien que je péterais un plomb s'il s'attaquait à toi.

-Il nous a jugé sans rien connaître de nous, je suis d'accord. Mais oublie tout ça, Cam. Tu vas t'en rendre malade.

Brusquement, il frappe du poing contre le volant.

-C'est lui qui me rend malade, s'écrie-t-il.

-Calme-toi, s'il te plaît.

Un Cameron énervé au volant ne me rassure pas plus que ça même si je sais qu'il ne ferait rien qui pourrait me mettre en danger.

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