CHAPITRE VINGT

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 La nuit est tombée depuis plusieurs minutes déjà et il pleut à verse dehors. Mon dernier cours s'est fini bien plus tard que prévu. Mais voilà, c'est fait. Je n'ai pas eu le choix que de rester jusqu'au bout. En élève studieuse que je suis, je n'ai pas rechigné lorsque le professeur nous a demandé de rester encore une heure. Certains de mes camarades sont parti mais une bonne partie du groupe n'a pas quitté sa place jusqu'au terme de l'enseignement.

Malheureusement, à vingt-et-une heure, je me retrouve à marcher sous la pluie battante pour rentrer à la résidence.

Tous mes membres sont glacés par le froid et mes cheveux sont trempés par les gouttes d'eau qui s'abattent avec férocité sur moi. Ma vision n'est pas à son avantage malgré les quelques lampadaires qui bordent les allées du campus. Je tente malgré le temps de protéger mon sac en le serrant contre moi comme une bouée de sauvetage. Je suis frigorifiée et mouillée de la tête aux pieds mais je ne perds pas espoir d'atteindre ma chambre universitaire seine et sauve. Je risque néanmoins certainement d'attraper un rhume du tonnerre.

Je marche à vive allure le long d'une route traversant le campus. Il n'y a personne dans les alentours. Tout le monde doit être bien au chaud tandis que je me débats avec le déluge. Ma tignasse blonde n'est plus qu'une serpillière gorgée d'eau. Je n'oserai pas me regarder dans un miroir à cet instant. Je dois très probablement être affreuse. Pire qu'un chien mouillé.

Alors qu'une nouvelle bourrasque de vent me secoue, j'entends au loin le son d'un moteur vrombissant. Le vent est si fort dans mes oreilles que je ne le perçois que partiellement. J'accélère encore le pas en essayant d'échapper à ma propre détresse. La tempête ne se calme pas une seconde. Je continue ma route tandis que deux phares illuminent le bitume à ma gauche.

-Carlson !

Je manque de me faire un croche-pied tant je suis choquée d'entendre cette voix. Je crois un instant avoir rêvé. Sauf que, lorsque je tourne la tête pour confirmer mon hallucination, c'est bien la voiture de Cameron que je vois me suivre au pas.

-Monte ! me crie-t-il par dessus le son assourdissant d'un nouveau coup de vent violent.

Mon cerveau fonctionne à bloc. J'ai beau être comme sous un jet d'eau puissant, au milieu d'une tempête sans nom, je n'ai aucune envie de monter dans sa voiture. Je ne veux pas accepter son aide. Je ne le connais que trop bien. A peine serais-je assise à l'intérieur qu'il se moquera sûrement de moi et ce jusqu'à la fin du trajet.

-Non, merci, crie-je à mon tour pour qu'il puisse m'entendre. Je préfère marcher.

-Arrête tes conneries, vocifère-t-il d'un ton hargneux. C'est le déluge dehors.

-M'en fiche.

Je poursuis ma route, ne lui accordant aucun regard, mais lui me suit toujours. La vitre côté passager ouverte, il me crie ses paroles.

-Monte dans cette voiture, bordel.

-Je t'ai dit non.

-Emery !

Son hurlement furieux me fait piler net. Sous les trombes d'eaux brutales, je m'arrête pour le considérer. Son regard est noir de colère et sa mâchoire contractée au possible m'informe sur le degré d'énervement qu'il a atteint. Il me fusille de ses yeux perçants mais il ne m'effraie plus comme avant.

-Si tu ne montes pas tout de suite, c'est moi qui vient te chercher, me prévient-il.

Je vois bien qu'il se retient d'exploser. Ses mains sont fermement serrées autour du volant si bien que les jointures de ses doigts sont translucides. Je n'ai aucunement peur de lui mais je sais parfaitement qu'il est prêt à mettre sa menace à exécution. Seulement, je ne veux pas qu'il me touche. Plus jamais.

THE WAY - LA RENCONTREDes histoires addictives. Découvrez maintenant