Les heures de cours se sont passées normalement. Une fois que j'eu réussi à ignorer les murmures intrigués ou moqueurs de mes camarades, ça allait. J'arrivais presque à me concentrer sur le prof lorsque mes pensées passagères se taisaient.
Le pire c'était à midi. Au réfectoire, je pris mon plateau et restais en plan.
J'avais l'impression que tout le monde me regardait, comme dans les films où tous les élèves se tournent vers le protagoniste.
Là, c'est pas aussi exagéré, certains en ont sûrement rien à foutre de mon orientation sexuelle.
Je me suis timidement dirigée vers l'estrade. Les garçons de l'équipe de soccer et de football m'ont regardé en rigolant et murmurant entre eux, je ne voulais pas savoir ce qu'ils disaient.
Les filles m'ont toutes foudroyées du regard. Même les filles de l'équipe de cheerleader me regardaient avec un air de dégoût.
À leur table, Eden les a toutes passées en revue, a soupiré et s'est levée en même temps que Tristan, de l'autre côté de l'estrade depuis la table des joueurs de soccer.
Tous les deux ont descendu les marches avec leurs plateaux et sont allés s'assoir à cette table vide où j'avais mangé avec Maddison.
Je sentis les larmes me monter aux yeux et allai m'assoir avec eux.
Personne n'a rien dit pendant quelques minutes, puis Eden a brisé le silence.
- Pourquoi tu nous as rien dit?
- Je me disais bien que quelque chose allait pas depuis quelques temps... murmura Tristan comme pour lui-même.
Je me sentis légèrement coupable, mais il n'y avait aucune rancoeur dans leurs voix, juste de l'incompréhension et de l'amitié.
- Je suis désolée, j'aurais aimé pouvoir en parler, mais j'avais trop peur de vos réactions...
- J'étais surprise lorsque je vous ai vu lundi, mais je dois avouer que je m'y attendais un peu. J'avais remarqué comment tu la regardais et l'évitais en même temps, me dit Eden.
- Dommage que Chris ne soit pas là, on pourrait se faire un grand moment à coeur ouvert tous les quatre.
- Ho, il était déjà au courant, lâchais-je sans réfléchir.
Ils me regardèrent tous les deux, idiots.
- Quoi?
- Euh... Il m'a vu avec Maddison... Dans la rue.
Mythoooo.
- Si il était au courant alors on avait le droit de l'être! s'écria Eden.
C'était étrange de voir cette petite d'habitude si calme et triste aussi virulente. Sa nouvelle famille lui faisait le plus grand bien.
- Oui, j'ai eu tord, pardon.
- Pas grave.
Tristan avait plus l'air d'en avoir rien à foutre.
- Ce qui m'embête le plus c'est de ne pas manger avec mes potes, dit-il.
- Tu penses qu'on remangera là-haut ?
- Je fais toujours partie de l'équipe de cheerleader, et je fais partie des 'filles canons'... Alors... Lorsque ce sera officiel et que l'effet de surprise général sera passé, on pourra sûrement remonter.
J'espérais être convaincante.
Mais j'avais du mal à y croire moi-même.
•
- Je suis désolée Emy, mais on va se passer de toi dorénavant.
Je tombais du haut d'une putain de falaise émotionnelle.
Je regardais derrière ma coach, mais toutes les filles de l'équipe regardaient le gazon ou les oiseaux.
- Mais... Je fais partie de l'équipe. Je suis la meilleure voltigeuse avec Eden! Kate!
Kate, la capitaine de l'équipe, s'approcha de nous d'un pas assuré.
- Désolée Emy, mais l'équipe a voté. T'es exclue.
Je restais sans voix.
Incapable de capter ce qu'il se passait.
- On allait quand même pas laisser une renarde dans le poulailler? me dit-elle, un petit sourire satisfait au coin des lèvres.
- Alors c'est ça ton mobile? On découvre que j'aime les filles et ça y est, j'aime toutes les filles qui m'entourent?
- Les garçons et les filles ne partagent pas les même vestiaires, c'est pas pour rien.
- Mais j'ai une copine! Tu crois que je vais mater une des filles? Que je vais vous agresser ?! Je n'ai jamais fait ça avant, pourquoi je le ferais maintenant ? Admets le, Kate, t'as aucune raison valable pour me virer.
- Je suis désolée Emy, c'est irrévoquable, me dit la coach en s'approchant.
Jamais elle ne m'avait regardé comme aujourd'hui, avec autant de haine.
•
- Ma coach est homophobe, fantastique.
Dane ne me dit rien. Qu'aurait-il pu me dire de toute manière ? Un énième "je suis désolé"?
J'en avais juste marre.
Oui, je parle avec Dane car j'ai trouvé personne d'autre, Tristan était à son match d'entrainement de soccer et Eden avait été emmenée de force par mon ex-équipe de cheerleaders.
Visiblement elle leur était moins indispensable que moi.
J'avais la rage rien que d'y penser, me virer alors que j'étais toujours en première ligne, à chaque match, toujours présente, jamais en retard. Moi qui pouvais faire des saltos sans même avoir besoin d'élan, qui pouvais faire un grand-écart, en équilibre sur les mains de mes porteuses.
- C'est absurde.
- Si tu dis au directeur que tu es victime de diffamation ?
- Non, Dane, c'est pas de la diffamation, je suis vraiment lesbienne, tu le sais mieux que quiconque.
- Alors de discrimination ? D'homophobie?
Je réfléchis un instant.
Ce serait possible, je pourrais faire un rapport d'incident ou aller directement me plaindre et exiger d'être réintégrée... Mais que penseraient les autres filles? Accepteraient-elles qu'elles ont eu tord? Après tout, elles avaient voté contre moi.
- Non, pas une bonne idée. Je n'ai qu'à faire une croix sur les cheerleaders.
- Emy, tu peux pas abandonner, t'adore ça, t'es la meilleure, tu l'as dis toi-même!
- C'est vrai... Mais... J'aurais plus de temps à consacrer à Mad?
- Oui, au faite, elle est où, bordel?
- Hum... Elle avait des trucs à régler.
- Au point de te laisser tomber après avoir foutu la merde?
- Arrête, Dane, dans son gang c'est des questions de vie ou de mort, d'argent, de courses, de paris, de combats. Ils n'ont que faire des mélodrames d'une adolescente lambda. Même de la copine de Mad.
- Mais Mad c'est pas genre la boss de ce gang?
- Non... Enfin, si, à mi-temps on va dire. Leur chef est souvent absent et en son absent, Parker et elle sont de garde, mais les décisions ne leur reviennent pas... j'ai demandé.
Il hocha légèrement la tête.
Mais il avait raison, j'aurais aimé que Maddison soit là quand j'avais besoin d'elle.
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Where Life Begins
Fiksi Remaja" - J'avais toujours considéré ma vie comme parfaite, mais pourtant il me manquait quelque chose. Maintenant je sais ce que c'était. Le danger. Et le danger, c'est toi. Elle resta bouche bée. Je ne savais pas pourquoi, je ne la connaissais que depui...
