Chapitre 16

10 2 0
                                        

— Olivier PATSON, êtes-vous avec nous ?
La voix désinvolte de mon professeur de mathématiques m'extirpe brutalement de mes pensées.
— Oui, oui, répondis-je aussitôt, sans vraiment me connecter à la réalité.
— Alors montrez-le-nous convenablement et non en divaguant.
Comme je viens de le dire, nous voulons tous que vous donniez le meilleur de vous-même. Chaque année, nous avons besoin d'excellents résultats. Cela serait bénéfique pour votre cursus scolaire, mais aussi pour l'image de cette école. Il vous reste quelques mois ; ils ne sont pas à prendre à la légère. Mettez-vous au travail, car nous sommes à la porte du dernier trimestre, ajoute-t-il.
Je suis concentré par ses paroles. Même si je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, je sais une chose : je réussirai, afin d'être respecté dans mon entourage.
Les études sont très importantes. Mon rêve est de devenir un grand mécanicien et scientifique dans la fabrication de véhicules de marque. C'est une passion profondément ancrée en moi, car j'ai toujours été fasciné par tout ce qui roule.
Une semaine s'est écoulée depuis que ma vie a basculé.
Voilà une semaine que Héléna s'est éloignée de moi, moi, son meilleur ami.
Voilà une semaine que je fréquente Marina et que je constate à quel point elle a changé. Comme preuve d'amour, elle vient désormais me chercher devant ma classe après chaque cours.
Je ne suis pas amoureux d'elle, mais peut-être qu'un jour mes sentiments évolueront.
J'aime tellement Héléna que je ressens un pincement au cœur chaque fois que je plonge mon regard dans celui de Marina. J'ai l'impression de lui faire du mal.
Elle a voulu être avec moi alors que j'aime une autre.
— Olivier, m'interpelle Samuel derrière mon dos.
— Oui, Samuel... sais-tu au moins que nous sommes encore en cours ? lui répondis-je sur le même ton, pour ne pas attirer l'attention du professeur.
— Oui, bien sûr. Je voulais simplement te rappeler que son anniversaire approche à grands pas. Tu sais ce qu'il te reste à faire, conclut-il.
Attends... Je me demande parfois s'il ne fume pas avant de venir à l'école.
Ne se rend-il pas compte de l'ampleur de la situation ?
Ou est-ce moi qui fais exprès de ne pas comprendre ce langage mystérieux ?
Que signifie exactement cette phrase : « Tu sais ce qu'il te reste à faire » ?
En réalité, Richard est du même avis que lui : tout faire pour briser la hutte forgée dans le cœur de ma bien-aimée.
Celles que j'aime tant ne se rendent-elles pas compte que nous sommes désormais trois dans ce foutu problème ?
Et Marina, où la placent-ils ?
Je lui ai promis d'essayer. Je ne peux donc pas la laisser tomber comme si de rien n'était, alors qu'elle m'aime réellement.
Je ne suis pas ce genre d'homme qui préfère être en couple avec celle qu'il aime, même en sachant qu'elle ne partage pas les mêmes sentiments.
Je ne peux pas être avec celle que j'aime tant, simplement parce qu'il lui est impossible, dans sa façon de penser, d'aimer autrement.
J'ai accepté de me caser dans une relation, premièrement parce que Marina me semble sincère et qu'elle m'aime, et deuxièmement parce que j'ai grandi et ne peux plus être aventureux.
Je voudrais vraiment ramener Héléna à la raison, qu'elle puisse m'aimer un jour. Mais je ne peux pas le faire aujourd'hui. Alors je lâche prise. Encore une décision qui, il y a une semaine à peine, aurait été tout autre.
Marina m'aime, et j'ai décidé de poursuivre cette idylle pour ne plus me sentir coupable envers Héléna.
— Qu'est-ce qu'il me reste à faire, au juste ? lui demandai-je plus tard, lorsque nous fûmes enfin seuls. Le cours de littérature m'avait épuisé.
— Ne fais pas l'ignorant, Olivier. Tu sais très bien de quoi il parle, rétorque Richard en s'asseyant sur la table de mon banc.
Ils veulent vraiment discuter de ce sujet ici ?
Alors qu'il existe de bien meilleurs endroits pour parler calmement.
— Attendez. J'ai été clair sur ce sujet, les amis. Il n'y a rien à faire. Je n'ai aucun espoir avec Héléna, et vous le savez. J'oublie pas que je suis en couple avec Marina. Je ne peux pas tout mélanger. Mon amour pour Héléna est compliqué.
— Ne dis pas ça, Olivier. Nous savons tous à quel point tu es amoureux d'Héléna. Ça ne peut pas se mentir. Bats-toi pour ce que tu ressens. Ne te sens pas coupable parce que Marina est avec toi. Un jour, Héléna finira par t'aimer, affirme Richard calmement.
Mais ma décision est prise. Je ne veux plus semer la discorde entre nous. Je préfère me concentrer uniquement sur Marina.
— Je ne peux plus, Richard. Je ne peux pas la forcer à m'aimer. C'est sa manière de voir les choses. Même si mon amour pour elle ne s'estompe pas, c'est mieux ainsi, dis-je tristement.
Je ne sais pas si je suis sincère à cet instant, mais sincère ou non, je dois arrêter d'en parler, au risque de m'effondrer.
— Ne te sens pas vulnérable, Olivier. Nous sommes tes amis. Si nous te conseillons de suivre ton cœur, c'est parce que tu en as besoin, ajoute Samuel en posant une main sur mon épaule.
— C'est ton choix. Et tu sais que nous te soutenons toujours. Peut-être que c'est mieux ainsi, qui sait ?
— Oui... c'est vrai, finis-je par dire, perdu dans mes pensées.
— Cette fille m'a toujours retourné l'esprit. Je doute qu'elle ouvre son cœur un jour. À croire que c'est ma sœur, plaisante Richard.
— Bon, assez parlé. Il faut y aller. Les filles doivent sûrement nous attendre dans le jardin, dis-je en récupérant mon sac.
Ils m'imitent en silence. Je sais qu'ils s'inquiètent pour moi. Mais je dois apprendre à être fort, à surmonter les épreuves surtout celle-ci.
Je ne pense pas pouvoir oublier mon premier amour.
Oui, Héléna est mon premier amour, et cet amour est puissant.
« Le premier amour est toujours fort », me répète mon père à chaque appel.
À croire que j'ai un géniteur humoriste.
Un cœur lourd, parsemé d'épines, est un cœur meurtri dont la douleur est censée être passagère. Mais est-ce aussi mon cas ?
Mon cœur saigne, et pourtant je dois avancer. La vie a toujours été une succession de choix.
Je décide de continuer, pour ne pas faire souffrir mes proches.
Héléna... ce prénom peut être la source de mon bonheur comme de mon malheur.
Je rêve d'elle en secret, chaque jour. C'est la seule chose qu'il m'est encore permis de faire.
Je suis fou de cette fille. Malade d'amour. Je ne sais pas combien de temps je tiendrai encore. J'ai peur de craquer devant mes amis.
Je suis un homme. La force devrait me définir. Mais l'amour m'a franchi, et il a toujours été dangereux.
— Olivier, tu nous écoutes au moins ? me rappelle Samuel.
— Qu'est-ce que vous disiez ? Pardon, j'étais ailleurs.
— Regarde à ta gauche, ajoute Richard.
— Quoi... Oh, je vois, dis-je, surpris.
Ce que je vois ne me déplaît pas, mais une partie de moi est profondément déçue. La fille que j'aime accorde son attention à un autre.
— Si tu l'aimes vraiment, il faudra suivre ton cœur, même si le monde te fait culpabiliser. Ne la lâche pas. C'est un conseil d'ami. C'est elle que tu aimes, pas Marina. Suis ton cœur, frérot, me souffle Samuel.
Je m'assois sur ce banc vide. Les filles n'étaient donc pas là.
Héléna a-t-elle trouvé quelqu'un pour me remplacer ?
Héléna... qu'es-tu en train de me faire ? Je vais finir par mourir à petit feu.
Samuel a raison. Je dois arrêter de prendre des décisions qui contredisent mon cœur.
C'est décidé : je laisse le temps arranger les choses, sans me nuire, en restant simplement proche d'Héléna.

Amour en philosophie ( Fin )Des histoires addictives. Découvrez maintenant