Sortant de mon mutisme, je remarque le regard fureteur de Marina dirigé vers moi. Même assise sur les cuisses de son soi-disant mec, elle ne cesse de m'agacer. Cette fille est espiègle, et je crois même que c'est une de ses manies innées.
Habituellement, quand nous nous regroupons en soirée, nous jouons à plusieurs jeux ensemble. Mais aujourd'hui, rien. Nous sommes tous assis, sans un mot. Les couples se frôlent déjà discrètement. Moi, je reste seule. Même Éloïse est près de Samuel, dans un fauteuil au coin de l'appartement.
Je ne comprends pas. Il n'a même pas fallu des mois pour que cette révélation divise notre groupe. J'ai l'impression qu'ils veulent juste me forcer à me plier à leur bonheur, à devenir comme eux. Après toutes ces années passées ensemble, ils me laissent tomber parce que je ne partage pas leur vision ? Impossible.
Que suis-je censée faire, assise ici, perdue dans mes pensées sur ce fauteuil vide ? Peut-être devrais-je simplement partir. Cela arrangerait tout le monde. Mais si c'était ce qu'ils avaient prévu depuis le début, ils auraient dû me le dire. Non, ils ne sont pas sérieux. J'aurais dû rester chez moi, ronchonnai-je à voix basse.
Je me lève subitement. Leurs regards se posent sur moi pour la première fois depuis le début de leurs bavardages. Je suis déstabilisée, mais je fais un effort pour garder un visage neutre. Je m'avance vers la cuisine. Je me rappelle soudain que je n'ai rien mangé depuis hier soir.
C'est inhabituel, moi qui ai plutôt bon appétit. Mais je ne grossis jamais, toujours décharnée, émaciée... efflanquée. À mes yeux, mon corps est gracile, presque fragile. On dit qu'il faut être fière de son corps. Moi, je le déteste. Je me trouve chétive et préfère les filles un peu plus rondes.
Cette atmosphère me turlupine l'esprit, mais je n'en laisse rien paraître. Je surprends même un léger sourire au coin des lèvres. Éloïse me suit, intriguée. Je suis claire avec moi-même : je ne partage pas leur bonheur amoureux, mais je ne veux pas leur interdire d'être heureux. Ce n'est pas mon droit.
Arrivée dans la cuisine, j'ouvre les placards pour sortir les épices. Je compte cuisiner des pâtes à la bolognaise, l'un de mes plats préférés. J'entends Éloïse murmurer quelque chose. Je tends l'oreille :
— Héléna, ça va ?
Sérieusement ? C'est tout ce qu'elle trouve à dire après tout ce qui s'est passé ? Je sors de ma rêverie, et efforçant un sourire, je lui réponds :
— Oui, ça va. Pourquoi cette question ?
— Rien, juste pour savoir. Alors, que comptes-tu cuisiner ?
— Des pâtes à la bolognaise, ça te dit ?
— Oui, je savais que tu ferais ça, tu les adores, dit-elle en mimant un sourire.
— Bien deviné, répondis-je, souriante à mon tour.
Nous cuisinons ensemble, Éloïse et moi. Le plat prêt, nous passons tous à table. Je me retrouve en face d'Olivier. Un frisson me parcourt : ses œillades me dérangent. Je ne suis pas la seule à le remarquer. Marina me lance des regards inquisiteurs. Peut-être sait-elle déjà que son copain aime une autre depuis toujours... moi. Peu importe, je ne lui volerai jamais Olivier.
Assiette vide, je me lève. Marina se lève également, mais je l'ignore et retourne à la cuisine pour déposer mon assiette. Alors que je m'apprête à sortir à nouveau, je la trouve dans l'embrasure de la porte.
— Héléna, je veux que l'on parle, dit-elle, un regard désinvolte.
— Oui, je t'écoute, répondis-je calmement. Mais ajoutai : je ne veux guère te parler, alors je t'écoute.
— Oui, toujours cette langue bien pendue. Je vois ton jeu, Héléna. Mais sache que tu ne me gagneras pas. Je suis plus forte que toi en tout, et tu le sais.
— Pardon ? Et de quel jeu parles-tu ? répliquai-je calmement.
— Tu le sais pourtant. Depuis des années, Olivier a des yeux pour toi. Tu le vois, mais tu feins de ne pas le remarquer. Madame la pimbêche reste cloîtrée dans son mutisme stupide et bête, lança-t-elle avec hargne.
— Je ne te permets pas de me parler sur ce ton, Marina. Tu ne me connais pas, alors tais-toi, dis-je d'un regard tranchant.
— Ferme-la, petite bêcheuse. Tu crois que ta manie me fait peur ? Je t'interdis de t'approcher de mon mec. Il est à moi, à moi seule. Et maintenant que je suis de retour, on verra comment vous resterez proches, argumenta-t-elle.
Je souris légèrement. Elle pense que je suis une menace pour son couple ? Ridicule. Je prends la parole :
— Tu penses que je devrais rivaliser avec toi pour ton mec ? Je ne vois pas pourquoi je le ferais. Et crois-moi, je n'ai rien d'autre à faire que de m'abaisser à tes bassesses. Méfie-toi, Marina, je ne suis pas comme toi. Et ce n'est pas grave de me traiter de maigrichonne. Au moins, c'est une vérité que j'accepte. Un conseil : arrête de ne travailler que ton apparence. Ton cœur est vide de peinture et de fard, tu te contentes de te maquiller et de te peindre pour séduire.
Elle me regarde, outrée. Je fais un pas vers le fauteuil, mais une main se referme sur mon bras. Je me retourne : Marina. Elle a failli me tordre le bras.
— Que me veux-tu, Marina ? dis-je, agacée.
Et soudain, un coup m'atteint au visage. Je trébuche et m'écroule sur le carrelage. Tous se lèvent immédiatement.
Attendez... Elle m'a frappée ?
Pourquoi autant de brutalité ? Tout ça à cause d'un mec ?
Elle se croit dans un film, apparemment. Je ressens une douleur fulgurante au visage.
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Amour en philosophie ( Fin )
RomanceJe déteste ce mot, gravé dans les méninges comme une vérité universelle, parce que ma hutte, invincible, le réfute. Je le déteste parce qu'on m'a appris à le haïr, non par choix, mais par héritage : l'amour infidèle de mes parents. Je déteste ce mot...
