Chapitre 12

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La vie est une philosophie, et elle est ma philosophie. Sans elle, je n'aurais jamais appris à philosopher. Philosopher, c'est vivre. Vivre, c'est philosopher. Être ici, c'est laisser mes traces. Philosopher m'offre l'espoir d'un monde nouveau, m'échappe et m'élève, car il n'y a que ce que je crains et ce que je pense qui puisse me comprendre.
La vie n'est ni facile ni difficile, elle est merveilleuse. Elle nous donne la capacité de créer notre univers, de faire des choix, de penser librement. La vie est panoramique, elle est comme une guitare dont chaque corde représente une existence humaine. Elle appartient aux courageux, aux combattants. Les faibles n'y survivent pas toujours. Rien n'est simple : entreprendre, obtenir, faire vivre ses projets et ses rêves, tout cela exige force et constance. La réussite ? Un mot qui existe, mais qu'on peine à voir dans le réel.
J'ai toujours cru qu'il fallait être confiant en soi, en sa doctrine, en sa religion, et en la grandeur de Celui qui nous a placés ici. Mais moi, mon monde ne possède aucune grandeur. Je l'ai construit seule. Pourtant, j'aime philosopher : cela m'offre espoir, et parfois, un sentiment de perfection, même si mon monde reste incomplet.
La vie ne m'a pas appris l'amour. Tout a été brisé dès mon enfance. Mes parents ont détruit mon cœur. Leur divorce m'a anéantie. J'aurais aimé qu'ils se réconcilient pour apaiser ma peine, mais même cette pensée est impossible. Je dois reprendre ma vie en main. Toujours, je l'ai fait. Ma "hutte", mon monde intérieur, doit rester intact. S'il venait à se briser, je souffrirais autant qu'alors, quand mes parents me faisaient souffrir par leurs querelles et leurs infidélités.
Durant deux longues années, je n'ai presque pas revu ma mère, et mon père m'a montré combien il pouvait être infidèle, avec deux enfants hors mariage. Cette vérité m'avait anéantie, mais aujourd'hui, je l'accepte : c'est ma famille, et malgré tout, ils sont aimables. Grâce à leur séparation, j'ai appris à philosopher, et cette philosophie m'a guérie, même de manière incomplète.
Pythagore disait que la philosophie est « l'amour de la sagesse ». J'adhère totalement. Philosopher, c'est se questionner, douter, chercher, comprendre. Après la séparation de mes parents, je me suis renfermée, mais le temps et les réflexions m'ont permis de grandir, de douter et de construire ma propre vision. La vie est un jeu : qui joue bien vit bien, qui joue mal chute. Philosopher, c'est accepter la critique, car toute opinion est sujette à questionnement. Toute doctrine a sa philosophie propre, et la mienne exclut l'amour sentimental : il est trop destructeur.
J'admire Hugo pour sa vision générale du monde et sa philosophie romantique. Ses écrits m'évadent dans un monde imaginaire. Pour moi, se résigner n'est pas sage : philosopher, c'est critiquer, réfléchir, ne jamais se soumettre aveuglément. La partie cachée de l'iceberg est souvent la plus importante, et je sais que mes pensées profondes me guideront toujours.
Ma philosophie repose sur ma conception du monde, ma vision de la vie. Elle est comme un courant marin formant un maelström : tourbillonnante, mais bénéfique. J'aime quand mes pensées s'entrechoquent, elles me font progresser.
— Tu n'as rien dit depuis des minutes, n'es-tu donc pas fatiguée d'être toujours dans tes pensées ? demande Éloïse dans la voiture.
— Non, jamais ! réponds-je, en la regardant dans les yeux, un large sourire aux lèvres. Elle me le rend aussitôt.
Mais être en compagnie de Marina reste pénible : elle parle trop, toujours.

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