Chapitre 33

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PDV d'Héléna
Mes seize ans d'existence sont vite arrivés.
Je crois que c'est un signe, celui qui me montre que j'ai grandi. Les choses devraient changer...
Et pourtant, rien n'a changé.
Mon cœur est toujours aussi mourant qu'auparavant.
Il souffre encore, comme avant, pour des faits dont je ne suis pas coupable.
La vie est si étrange : elle nous punit pour les erreurs des autres.
Mais quoi de plus normal, finalement ? La vie ne change pas sa manière de faire.
Seuls nous pouvons tout transformer, en façonnant le destin comme nous le souhaiterions.
Je me pose toujours la même question :
comment transformer mon destin ?
Alors que l'unique mot capable de le faire, je l'ai volontairement écarté de ma trajectoire.
Je souffre... et je fais semblant.
Mais aujourd'hui, je n'y arrive plus.
Je souffre réellement.
J'ai même pris l'habitude de monologuer, pensant que c'est l'unique moyen pour moi de résoudre mes problèmes.
J'ai si mal...
Comment accepter l'amour alors que ce mot est un combat permanent ?
Ils ont détruit ma vie, et pourtant ils demeurent heureux, vivant une existence parfaite, remplie de ce même mot que j'ai sans doute mal défini.
C'est si injuste.
Aujourd'hui, je dois être heureuse.
Je dois fêter mon anniversaire avec les autres, même si je n'arrive plus à faire semblant.
Je suis encore une enfant, certes, mais chaque âge a son lot de problèmes...
Et les miens me paraissent funèbres.
Tout est noir.
Ma vie n'est que tragédie.
Je souffre tellement et, aujourd'hui, je veux être soignée...
Alors qu'il me semble que c'est déjà trop tard.
— Non... rien n'est trop tard, Héléna. Tu te trompes.
À l'entente de cette voix, je me retourne, les yeux larmoyants.
Je ne parviens pas à retenir mes larmes qui glissent sur mes joues.
— Ne pleure pas, Héléna. Je serai toujours là pour toi.
Pardonne-moi de ne pas avoir été là plus tôt, de ne pas t'avoir comprise.
Oh... ne pleure pas. Viens par là.
Il se rapproche de moi.
Mon frère...
J'ai été si naïve en cachant tous mes secrets, tout ce qui me détruisait, tout ce qui m'a brisée.
— J'ai trop mal fait, Richard. J'aurais dû tout te dire.
Je me sens si mal... mon cœur souffre.
— Ne pleure pas, Héléna. Je suis là. Je te comprends, je te comprends, me murmure-t-il en me serrant contre lui.
Je ne peux m'empêcher de pleurer en reniflant.
C'est la première fois que mon frère me voit dans une telle faiblesse.
Je ne peux plus cacher ce que je ressens ni ce que je suis réellement :
je suis profondément brisée de l'intérieur, même si mon corps prétend le contraire.
— Pardonne-moi, Richard, de t'avoir caché tout ça... je t'en prie, pardonne-moi, dis-je une fois calmée, en m'asseyant sur mon lit.
— Pardonne-moi aussi, Héléna, de ne pas avoir vu plus loin... et pour tout ce que j'ai comploté derrière ton dos.
— Ne t'inquiète pas. Je comprends tes raisons.
Tu es un bon grand frère, ne doute jamais de cela, répondis-je en baissant les yeux.
— Seulement, Héléna, tu mérites d'être heureuse.
Je suis sûr qu'un jour ton cœur se rétablira.
Mais ne le ferme pas aux sentiments extérieurs... car ce sont eux qui te guériront.
Tu es ma petite sœur. Je ne peux pas être heureux si tu ne l'es pas.
Je ferai tout pour que tu trouves la paix du cœur.
Mais cela ne sera possible que si tu cesses de te renfermer face à l'amour.
Ce ne sera pas facile... mais promets-moi de te donner une chance de vivre autrement, dit-il en serrant fermement mes mains.
— Je te le promets, Richard.
Je veux guérir. Je ne veux plus continuer ainsi.
— Alors fais quelque chose pour moi, Héléna, me demanda-t-il.
— Qu'est-ce que tu veux que je fasse pour toi, Richard ?
— Ne repousse pas les sentiments d'Olivier.
Il t'aime profondément, je le sais.
Je voudrais que tu l'acceptes et que tu lui donnes une chance d'être avec toi dans cette nouvelle vie.
Quand tu seras prête à la bâtir, fais-lui une place.
C'est tout ce que je te demande, en tant que grand frère.
— Richard... je ne peux pas. Il est mon ami... écoute...
— Écoute-moi, Héléna.
Tu m'as dit vouloir guérir et être heureuse.
Tu ne peux pas lui faire ça.
Il t'aime. Ne le rends pas malheureux.
Fais-le pour moi, s'il te plaît.
— D'accord...
Je te promets que lorsque je serai prête, je lui parlerai.
— Merci, Héléna.
Maintenant, ne pleure plus. Aujourd'hui, c'est ton anniversaire.
Souris... et rejoignons les autres. Ils doivent nous attendre.
— D'accord, répondis-je en essuyant mes larmes et en affichant un sourire radieux.
Honnêtement, cet instant partagé avec mon frère m'a profondément soulagée.
Au fond de moi, quelque chose s'est apaisé.
Ce dialogue a renoué notre complicité... et peut-être, pour la première fois, a ouvert une porte vers la guérison.

Amour en philosophie ( Fin )Des histoires addictives. Découvrez maintenant