PDV d'Olivier
Ça vous arrive de compter les jours depuis que votre cœur ne vous appartient plus ?
Parce que moi, je le fais depuis quatre ans, sans interruption.
Je suis devenu si débile que je me demande parfois comment j'ai pu obtenir ce master haut la main. L'amour... oui, c'est l'amour qui m'a rendu ainsi. Ce mot est capable de faire chanter même un muet, parce que lorsqu'il surgit de manière folle, il déplace toute votre matière grise hors de sa place habituelle.
Depuis que je l'aime, depuis que j'ai accepté de l'aimer, j'ai perdu la raison. Et surtout depuis ces quatre années où je n'ai pas pu la revoir. Elle ne voulait plus me voir après cette soirée. Même lorsque je faisais de courts voyages pendant les vacances, elle trouvait toujours une excuse pour quitter le pays, juste pour ne pas croiser mon visage.
C'est éreintant. Même après nos deux baisers échangés il y a quatre ans, elle ne m'aime pas.
Voilà pourquoi j'ai compris que l'attirance physique ne suffit jamais à faire naître un amour véritable.
Il y a quatre ans, j'enchaînais les filles. Plus maintenant. J'ai grandi. Je sais ce que je veux. La jeunesse m'a servi de leçon pour faire mûrir ma conscience.
Héléna, je t'aime toujours, et je ne suis pas prêt à t'oublier. Toutes ces filles ne t'arrivent pas à la cheville. C'est toi que je veux. Uniquement toi.
— Olivier, parle-moi davantage de tes projets. Il te reste deux ans à la fac, je te rappelle que tu m'avais promis un doctorat, me dit mon père, visiblement enthousiaste.
Mon père possède plusieurs entreprises automobiles et, vu mes compétences en mécanique, il souhaite me placer comme héritier dans l'une d'elles.
— Oui, papa. Et j'aimerais qu'on coopère avec davantage de pays, pourquoi pas ceux d'Afrique. J'ai entendu dire qu'ils sont encore peu exploités.
— Bonne idée, mon fils. Je suis d'accord. Mais finis d'abord tes études, ensuite nous le ferons.
— D'accord, père.
Mes parents sont si merveilleux que je me demande parfois comment leur annoncer que la fille que j'aime, celle qu'ils imaginaient comme leur belle-fille, ne veut pas de moi.
Héléna s'est toujours bien entendue avec eux depuis l'enfance. Et je suis certain que s'ils la revoyaient aujourd'hui, ils ne la reconnaîtraient pas. Elle a beaucoup changé. Je le vois sur les réseaux sociaux : elle est toujours avec Éloïse.
Jennifer, Richard... tous ont grandi. Moi aussi. J'ai pris de l'épaisseur, des muscles, grâce à mes entraînements quotidiens.
Ce que je ne comprends toujours pas, c'est pourquoi elle n'a plus jamais gardé contact avec moi. À mon départ, il y a quatre ans, je l'appelais, je lui écrivais, elle ne répondait pas. Jusqu'à aujourd'hui.
Ce qui m'inquiète le plus, c'est que son frère ne veut plus s'en mêler, de peur de la brusquer et qu'elle le prenne mal.
Elle m'avait demandé du temps. Alors je veux qu'elle soit libre. Et lorsque le moment sera enfin adéquat, je serai toujours là.
Je ne changerai pas d'avis.
C'est elle que je veux. Personne d'autre.
PDV d'Héléna
En effet, les jours ne se ressemblent pas. Ceux qui disent le contraire n'ont simplement pas de raison valable de le dire.
Moi, j'en ai une.
Depuis son départ, je sens mon cœur changer. Chaque jour, une nouvelle sensation naît et recouvre la précédente. Chaque jour qui passe, mon amour pour lui se renouvelle. Chaque jour, il devient plus fort qu'avant.
Je le sais maintenant. Je l'ai accepté trop tard. Et savoir qu'il m'attend toujours m'affaiblit au lieu de me réjouir.
Je suis triste parce que je l'ai fait souffrir trop longtemps. Aujourd'hui, je me dis qu'il ne mérite pas une fille aussi égoïste que moi.
Je ne le veux pas pour lui. Je suis si stupide que je crois ne plus convenir à personne.
Mon frère avait raison. Je ne devais pas me cacher derrière mon passé. Il avait raison, même si je l'ai mal vécu.
Le temps m'attend depuis longtemps. J'ai passé mon examen il y a cinq ans. Aujourd'hui, à vingt-cinq ans, je ne me retrouve toujours pas. Je marche encore dans les ténèbres, alors que mon entourage évolue.
Diplômée, certifiée en droit, écrivaine, philosophe... et pourtant, je demeure dans une pénombre intérieure.
Mon frère s'est marié il y a deux ans avec Jennifer. Je l'ai revue à cette occasion. Olivier avait tant changé. Il était encore plus beau que dans mes souvenirs. Un homme viril, accompli, parfait aux yeux de toutes les femmes.
Trois ans auparavant, Éloïse s'est mariée avec Samuel, son unique amour.
Ils ont tous réussi. Tous... sauf moi.
Moi, qui ai accepté depuis l'enfance une philosophie banale : une philosophie sans amour sentimental. Une philosophie qui, en réalité, m'a détruite.
Mais depuis son départ, une autre philosophie est née en moi. Trop tard, peut-être.
Est-ce réellement trop tard ?
Je ne saurais répondre.
Tout ce que je sais, c'est que j'ai détruit ma vie toute seule. Et peut-être même la sienne, à force de refus. Il m'a tant aimée. Et je sais qu'il m'aime encore.
Alors je dois tout réparer.
À l'aide de cette nouvelle philosophie qui s'est créée en moi :
philosopher, désormais, conjugué au verbe aimer.
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Amour en philosophie ( Fin )
Storie d'amoreJe déteste ce mot, gravé dans les méninges comme une vérité universelle, parce que ma hutte, invincible, le réfute. Je le déteste parce qu'on m'a appris à le haïr, non par choix, mais par héritage : l'amour infidèle de mes parents. Je déteste ce mot...
