Chapitre 38

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— Calme-toi d'abord. Tu viens d'atterrir, tu le retrouveras, j'en suis certaine. Mais ne pleure pas, regarde comment tes yeux sont enflés...
— Éloïse, il est où ? Je t'assure que je l'aime. Je l'aime depuis tant d'années sans même le savoir. Éloïse, j'ai si mal... c'est de ma faute.
En réalité, une semaine s'est écoulée et aujourd'hui je viens d'atterrir à Lille, mes bagages à la main, avec un seul but : le retrouver et ne plus jamais le lâcher.
Après que mon frère m'a montré cette lettre, il y a quelques jours, j'ai été si anéantie que je n'ai pas pu sortir de la maison. Cloîtrée dans ma chambre, seule, jusqu'au moment où j'ai pris une décision : celle de reprendre mon parcours, mon univers que j'avais construit pendant des années sans amour.
Je l'aime.
Ce verbe doit désormais s'attacher à ma philosophie, devenir ma conception même.
Il doit impérativement s'y coller, sinon je ne le retrouverai jamais.
Je dois le retrouver, comme je l'avais promis il y a neuf ans : le jour où je serais prête, je le chercherais.
Et tout s'aligne aujourd'hui.
Je suis prête.
Je dois le retrouver avant qu'il ne soit trop tard.
— Héléna, je crois savoir où il est... dit une voix à l'embrasure de la porte.
Jennifer.
Oui, c'est elle.
Cette femme que j'ai tant négligée et qui, aujourd'hui, est prête à m'aider. Je dois me faire pardonner. Il n'y a pas qu'à Olivier que j'ai fait du mal. Ils m'ont toujours soutenue alors que j'étais égoïste envers eux.
— Jennifer, je t'en prie, pardonne-moi. Toi aussi, Éloïse. Je vous ai mal traitées. J'étais égoïste, je ne vous ai jamais soutenues dans vos vies amoureuses parce que je ne pensais pas de la même manière. Je souffre aujourd'hui à cause de moi seule.
Samuel, Richard... vous aussi, pardonnez-moi s'il vous plaît, implorai-je en pleurs, les mains jointes. Sans votre pardon, même en le retrouvant, je ne pourrai jamais avancer.
— Héléna, on t'a déjà tout pardonné depuis longtemps. Ne pleure pas. On est heureux aujourd'hui parce que tu veux enfin revivre ta vie. C'est tout ce qu'on attendait. Nous sommes fiers de toi. Viens par là... dit Jennifer en me prenant dans ses bras.
Puis elle ajouta, un sourire aux lèvres :
— Comme je te l'ai dit, je crois savoir où il est.
— Vas-y, dis-nous, Jennifer, renchérit Samuel, l'espoir brillant dans les yeux.
— Vous vous rappelez de Marina ?
— Oui, répondîmes-nous tous en chœur.
— Eh bien, sa petite sœur aurait croisé Olivier dans le sud du pays. Elle a noté une adresse : elle l'a vu entrer dans un domaine privé. La voici, Héléna.
Elle me tendit un bout de papier, puis ajouta :
— Je suis presque certaine que c'est là qu'il est. Dans les montagnes. Tu te souviens du message codé ? Il parlait des montagnes, n'est-ce pas ?
— Oui, oui... c'est bien ça. Jennifer, tu es incroyable, répondis-je.
— Cette zone est très montagneuse. Seuls les fortunés y construisent, car les travaux y sont complexes, expliqua-t-elle.
— Oh, je ne savais pas que ma femme était si calée en géographie, lança Richard en venant l'embrasser.
— Tu oublies qu'elle est docteure en géographie à l'université de la ville, répliqua Samuel en souriant.
— Ah oui... viens par là, ma femme, dit mon frère en la serrant davantage contre lui.
Cette scène me pinça le cœur.
Si seulement j'avais cru aux sentiments plus tôt... j'aurais peut-être été épanouie comme elle.
Je les envie.
Elles sont si pleines de vie.
Et pourtant, je suis heureuse de les avoir dans la mienne.
— Merci infiniment, Jennifer. Merci aussi à Marina et à sa sœur, dis-je avec émotion.
— Ce n'est rien. Et je compte organiser une fête le mois prochain pour célébrer nos retrouvailles. Mais pour l'instant, vas-y... il n'attend que toi, Héléna.
En les regardant tour à tour, je comprends enfin que tous m'ont soutenue depuis le début.
Mes amis... sans eux, je n'aurais jamais pu arriver jusqu'ici.
La vie est difficile par nature, mais tout est possible. Il ne faut pas la compliquer au risque de perdre ce qui nous permet de survivre.
Moi, j'ai tout compliqué depuis l'enfance. Le divorce de mes parents, ce que mes yeux ont vu, tout cela m'a changée.
On dit que les yeux sont un miroir... mais ils sont incontrôlables.
Ils voient même ce qu'ils ne devraient pas.
C'est ce qui m'est arrivé.
Mes yeux ont brisé mon parcours. Ils étaient trop curieux.
Ils ont enregistré des blessures que j'ai transformées en murs, construisant une chute invisible contre tous les sentiments.
Pendant des années, je me suis renfermée, sans savoir que j'allais devenir malheureuse.
Aujourd'hui, je comprends enfin que j'ai failli tout perdre en un claquement de doigts.
Seuls mes amis m'ont soutenue.
Et même maintenant, assise dans ce véhicule pour le chercher, ils sont encore là.
Sans eux, je n'aurais jamais pu aimer.
Je n'aurais jamais compris qu'il m'aime... et que je l'aime follement.
J'accepte enfin ce sentiment.
Je l'accueille définitivement dans ma vie.
Car sans ce mot, je n'aurais jamais guéri.
J'accepte désormais de philosopher en amour et par amour, en écrivant ma nouvelle histoire, pour unique titre :
« Amour en philosophie »

Amour en philosophie ( Fin )Des histoires addictives. Découvrez maintenant