Chapitre 11

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Pdv d'Olivier
Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Je me sens comme une enveloppe vide, froissée, sans importance...
Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal : que Héléna ne m'aime pas, ou qu'elle ne m'aimera jamais, comme elle le dit si bien.
Et elle n'a pas tort : ce n'est pas parce que l'on avoue son amour qu'il doit être réciproque. Le problème vient de moi. Je la force à m'aimer comme je l'aime. Ai-je réellement ce droit ? La seule réponse plausible est non. Pourtant, je rêve tellement de son amour que je voudrais la faire changer d'avis.
Je sens que je deviendrais fou si je ne calme pas mes pensées et cet amour. Calmer l'amour... est-ce vraiment possible ? Peut-on dissiper ce que l'on ressent pour quelqu'un ?
En tout cas, mes pensées sont tortueuses. La première lueur du soleil blanchit l'horizon. L'aube m'a toujours ébloui, mais aujourd'hui... non.
Je n'ai pas dormi, je suis épuisé mentalement. Je décide de ne pas aller en cours. Ce n'est pas raisonnable : c'est mon année de Baccalauréat, mais je n'ai pas la force d'affronter qui que ce soit. J'ai juste besoin d'être seul pour me retrouver.

Pdv d'Héléna
À la fin des cours du matin, nous nous réunissons à la cafétéria, mais Olivier n'est toujours pas là. Je pourrais me renseigner sur son absence, mais aujourd'hui, je n'ai pas la force. Mon meilleur ami... n'est plus vraiment mon ami. Et ça me touche profondément.
Une crinière flamboyante s'approche de notre table. Pas besoin de préciser son prénom. Marina. Elle ne finira jamais de me gâcher la vie. Sa démarche de mannequin m'exaspère.
— Bonjour à tous, vous allez bien ? demande-t-elle en s'installant en face de moi.
— Oui, répondent-ils en chœur... Je choisis de ne pas répondre. Cette peste est là pour m'énerver, et je ne veux pas me laisser faire.
— Je n'ai pas vu Olivier depuis ce matin, et je m'inquiète pour lui, insiste-t-elle.
Quoi ? Nous ne devrions pas nous inquiéter ? Pourquoi veut-elle absolument se mêler de tout ? Mes pensées s'envolent vers Olivier. J'espère qu'il va bien... mais je dois m'éloigner un moment.
Après toute une nuit de réflexion, j'ai décidé de prendre mes distances. S'éloigner de lui me permettra peut-être de l'aider à m'oublier. Car je comprends enfin pourquoi il m'aime depuis tant d'années. Il est proche de moi, plus qu'il ne l'a jamais été avec Éloïse. Ses sentiments se sont développés, et pour le bien de notre amitié, il me faut reculer.
L'amour... ce mot m'éreinte. Suis-je un phénomène ? Non. J'aime mes amis, ma famille, et Olivier plus que tout. Pourtant, j'ai l'impression de ne jamais pouvoir les rendre heureux.
Jennifer ouvre la bouche :
— Son portable ne répond pas depuis ce matin, toujours le répondeur. Je pense qu'on devrait aller chez lui après les cours du midi.
Jennifer... calme, posée, toujours silencieuse, belle avec ses boucles noires. Éloïse, parfaite aussi, avec son visage soigné et ses cheveux blancs. Quant à moi... je me trouve maigrichonne, insignifiante. Mais elles me font sourire, et juste pour ça, je leur suis reconnaissante.
— Je pense que c'est ce que nous allons faire, mais d'abord, allons en cours, la cloche a sonné, dit Samuel.
Nous sommes la seule table occupée dans la cantine. Depuis ce matin, personne n'est dans son assiette. Même Éloïse ne m'a demandé que si j'allais bien. Aujourd'hui, elle n'a rien ajouté. Je me sens en train de perdre mes amis... et pas seulement Olivier. Ce n'est pas leur faute. Mes manies les dépassent.
Dans la salle de classe, je croise le regard d'Éloïse et lui rends un sourire. Elle me répond tendrement. Puis je reporte mon attention au professeur de sciences physiques, matière que je n'apprécie guère.
Dans la cour du lycée, je les observe : tous bavardent en binômes avec leurs partenaires. Je suis lasse de rester seule.
— On est supposé faire quoi maintenant ? dis-je enfin. Je suis fatiguée de rester là.
Tous me regardent. Éloïse sourit :
— Oui... on attend Marina pour partir chez Olivier. Son contact ne répond pas, Héléna.
Quoi ? Cette Marina s'invite encore dans notre groupe ? Depuis quand devons-nous l'attendre ? Je sens ma colère monter.
— Comment ça, on doit attendre Marina ? depuis quand l'attendons-nous ? m'exclame-je.
— Ce n'est pas grave, Héléna. Calme-toi, c'est quand même la petite amie de ton meilleur ami, dit Richard d'un ton réprobateur.
Je suis abasourdie. Comment accepter sa présence après tout ce passé ? Mais il a raison. Si Olivier doit m'oublier, il faut que je lui permette de se rapprocher d'elle.
— Oui, nous savons que tu n'allumes pas les disputes, mais nous voulons juste apaiser les choses, dit Jennifer.
— On a décidé, puisque c'est la petite amie d'Olivier et que c'est notre ami, de lui laisser une dernière chance. J'espère que tu comprends. On le lui a déjà dit, alors fais un effort, s'il te plaît.
Jennifer... sa voix m'apaise. Pour la première fois depuis l'incident d'hier matin, elle me parle avec douceur.
— D'accord Jennifer, je promets de faire de mon mieux et de lui céder cette chance... c'est le mieux à faire, dis-je.
Oui. Même si je ne peux guère l'aimer comme Olivier m'aime, je vais l'aider à m'oublier. Je baisse les armes. Pour Olivier, pour le groupe... pour que cette histoire ne nous détruise pas davantage.

Amour en philosophie ( Fin )Des histoires addictives. Découvrez maintenant