Pdv d'Héléna :
— Marina nous a beaucoup aidés. Je sais déjà la question que tu veux poser, Olivier. Ne me regarde pas comme ça. Tout ce que Richard a dit est la vérité. Il n'y a rien à ajouter, réplique aussitôt Samuel, coupant Olivier net.
Olivier ouvre de grands yeux, stupéfait.
Je n'arrive pas à y croire.
Comment ont-ils pu me faire ça ?
Pourquoi ?
Leur ai-je déjà dit que j'étais malheureuse ?
Leur ai-je déjà confié quelque chose d'inquiétant me concernant ?
Alors pourquoi jouer avec mon cœur ?
Un cœur qui, pourtant, n'a jamais battu pour ce genre de sentiments.
Quand comprendront-ils que je ne suis pas comme eux ?
Quand comprendront-ils que je ne peux pas aimer ?
Ni Olivier, ni personne d'autre.
Pour m'aider, disent-ils...
Mais m'aider à quoi ?
Je ne comprends pas ce qu'ils attendent de moi. Et je ne veux pas comprendre.
Ils ont tort. Ils ont eu tort.
Leur initiative m'écrase le cœur.
Nous ne sommes pas obligés de ressentir les mêmes choses.
Pourquoi ne peuvent-ils pas l'accepter ?
J'aurai seize ans dans quelques mois.
Ne suis-je pas encore une enfant ?
Et si je le suis, pourquoi m'imposer un sentiment que je n'ai jamais demandé ?
Je suis en colère. Une colère brûlante.
Ce n'était pas la bonne façon de faire.
Je suis déçue.
Déçue de mes amis.
Et pour la première fois de ma vie, je me sens sale... alors que je n'ai rien fait de mal.
Mon frère se lève brusquement, les mains dans les cheveux, dépassé.
Samuel l'imite. Puis les autres suivent.
Tous sont debout, sauf Olivier et moi.
Ma tête est baissée.
Puis je la relève lentement, les mâchoires serrées, et je plante mon regard dans celui d'Olivier, qui me fixait déjà.
Pense-t-il comme moi ?
Ou pense-t-il autrement ?
Comment pourrait-il penser comme moi alors qu'il m'aime ?
Cette situation l'avantage peut-être...
Mais rien ne changera en moi.
Je ne l'aimerai jamais.
Jamais.
Tout cela est ridicule.
Et Éloïse...
Éloïse, à qui j'ai confié mon plus lourd secret.
Ce secret qui hante mes cauchemars depuis des années.
Comment a-t-elle pu se mêler de tout ça ?
En tant que meilleure amie, n'aurait-elle pas dû me protéger ?
Chercher ce qui me détruisait réellement ?
C'est décevant.
Décevant de les voir espérer quelque chose qui n'existera jamais en moi.
Décevant d'avoir été leur amie alors que je ne leur ressemble en rien.
Je suis dévastée.
Et troublée.
Troublée parce que, au-delà de ma colère, je ne sais plus quoi dire.
Cette vérité me laisse vide.
— Héléna, sache que je n'ai pas eu le choix... dit Marina en s'avançant vers moi.
C'est vrai, je t'ai fait du mal par le passé. Mais je ne suis pas assez mauvaise pour te laisser souffrir alors que tu as besoin d'être guérie.
Avant, lorsque je te regardais — ou plutôt lorsque je t'observais — je voyais une fille brisée par quelque chose de profond. Je ne savais pas quoi. Mais j'ai accepté ce plan parce que tu me rappelais ma petite sœur... celle que j'ai perdue dans l'accident de nos parents.
Je me lève et fais face à elle.
Elle est sincère.
Mes mots meurent sur mes lèvres.
— Si je suis partie brusquement l'an dernier, c'était pour elle.
Et si je repars aujourd'hui, c'est parce que je n'ai pas réussi à t'aider.
J'aurais voulu te comprendre davantage.
T'aider plus.
Mais je crois que ta carapace se brisera d'elle-même, sans que tu t'en rendes compte.
Si je peux prier pour toi, je demanderai au Seigneur de donner une chance à ton cœur...
Une chance de tomber amoureux un jour.
De découvrir que l'amour existe, même dans la philosophie qui te guide.
C'est peut-être l'unique voie vers ta guérison.
Elle me tient la main.
— Marina... je ne crois pas que ce soit possible pour moi. Je ne peux pas écouter...
— Si, écoute-moi, Héléna. Je ne veux que ton bien.
Je sais que tu es en colère.
Mais Olivier t'aime d'un amour si fort qu'il ne s'éteindra pas.
Je ne sais pas si vous êtes faits l'un pour l'autre.
Notre idée était ridicule.
Oui, ridicule.
Mais une chose est vraie : je n'aime pas Olivier comme je l'ai laissé croire.
Avant, peut-être.
Mais après mon départ, j'ai compris.
J'ai compris le mal que je faisais aux autres.
Et surtout... j'ai compris l'amour qu'Olivier te porte.
— Marina, je ne veux plus entendre parler de ce sujet, dis-je en lâchant sa main.
Je m'éloigne.
Debout devant la baie vitrée, je fixe le vide.
Je repense à chacune de ses paroles.
Je fuis leurs regards pour ne pas faire quelque chose que je regretterais.
Mais même derrière moi, Marina continue :
— Olivier te regardait autrement.
Je voyais l'amour dans ses yeux.
C'est pour ça que je t'humiliais...
Je l'ai compris en partant.
Je suis revenue pour m'excuser.
Et pour que, un jour, quand ta philosophie changera, tu te souviennes de tout ça.
Ses mots me transpercent le cœur.
— Je comprends, Marina... Je vais être sincère. Je ne t'en veux pas, dis-je sans me retourner.
— Pardonne-moi, Héléna. Je dois partir. Mon vol est à sept heures.
— Je te pardonne. Bon voyage, Marina.
Mon cœur se déchire.
Mais pardonner est parfois la seule façon de survivre.
Marina m'étonne.
Elle est sincère.
Et au fond de moi, une infime partie de mon cœur espère aussi... aimer un jour.
Une infime lumière lutte encore.
Elle prend sa valisette.
Je me retourne enfin.
Nos regards se croisent.
Et soudain, elle me prend dans ses bras.
Je ne résiste pas.
J'accepte son étreinte.
Comme si je l'attendais depuis toujours.
Comme si, pour la première fois depuis des années, quelqu'un apaisait mes blessures.
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Amour en philosophie ( Fin )
RomanceJe déteste ce mot, gravé dans les méninges comme une vérité universelle, parce que ma hutte, invincible, le réfute. Je le déteste parce qu'on m'a appris à le haïr, non par choix, mais par héritage : l'amour infidèle de mes parents. Je déteste ce mot...
