Chapitre 24

12 2 0
                                        

— Éloïse, pardonne-moi... j'aurais dû t'écouter et ne pas m'éloigner de lui. Nous sommes liés par l'amitié, nous formons une famille, dis-je en la regardant droit dans les yeux.
Mais ce que je lis dans son regard me perturbe. Une colère visible y brûle, et je comprends aussitôt qu'elle m'est destinée.
— Éloïse, je...
— Tu es si pathétique, Héléna. Je t'ai toujours soutenue, tu le sais. Mais après ça, je suis désolée, je ne peux plus te défendre. Je t'avais pourtant prévenue de ne pas agir ainsi. Mais vois-tu, l'humain apprend toujours par les conséquences. Puisque tout cela appartient désormais au passé, je te pardonne... même si ce n'est pas à moi que tu as brisé le cœur. Dans trente minutes, nous le verrons sûrement vulnérable, allongé sur un lit d'hôpital. Alors garde tes excuses pour lui, conclut-elle, les larmes aux yeux.
Elle a raison.
Je la prends dans mes bras.
Éloïse a toujours eu une manière coléreuse de me reprocher mes erreurs. Elle ressemble beaucoup à mon frère sur ce point. Je les ai toujours écoutés... mais je ne sais pas ce qui m'a pris de ne pas le faire cette fois-ci.
Olivier... il faut absolument que je le voie pour apaiser ma conscience.
Les trente minutes passent à une vitesse affolante. Mon cœur bat si fort que je me mets à stresser à mesure que mes pas me rapprochent de sa chambre.
Me rejettera-t-il ?
Voudra-t-il me parler après tout ça ?
Honnêtement, je flippe. J'espère que tout se passera bien.
Mon frère entre le premier, suivi de Jenifer, puis Samuel, ensuite Éloïse. Il ne reste plus que Marina et moi. Incapable d'avancer, je lui cède le passage. Elle s'empresse d'entrer, me laissant seule derrière elle.
Après une brève hésitation, mes pieds me guident malgré moi vers la chambre, alors que tout mon être est hagard.
À mon entrée, tous les regards se tournent vers moi.
Puis mes yeux se posent sur Olivier.
Mon cœur se serre instantanément.
Je fais un pas... puis deux... puis trois...
Arrivée à sa hauteur, je m'assois à sa gauche. Il a des égratignures sur le visage, une main plâtrée, un bandage autour de l'abdomen. Son torse est découvert, laissant apparaître sa fragilité. Ses cheveux sont en bataille, comme s'il avait été perdu pendant des jours, loin de toute humanité.
La douleur de le voir ainsi m'envahit, et une larme glisse aussitôt sur ma joue.
— Olivier... je suis tellement désolée. Pardonne-moi pour tout ce que j'ai pu te dire de blessant. Je ne voulais pas que tout se termine par un accident. Je suis sincèrement désolée, suppliai-je en pleurant, comme si ses blessures m'avaient été infligées à moi aussi.
— Héléna, tu n'y es pour rien. J'aurais dû être plus attentif sur la route. Rien de tout ça n'est de ta faute, répond-il calmement.
— Tu as mal... je le sens. Et tu dois encore rester ici plus d'un mois... et ton examen, dis-je, troublée, les yeux humides.
— Ne t'inquiète pas. J'étudierai en ligne. Je tiendrai le coup. Mais promets-moi une chose : prends soin de toi aussi. Je suis hors de danger, j'ai juste besoin de repos. Tu me verras bientôt debout, d'accord ?
— D'accord... merci de m'avoir pardonnée. Je viendrai te voir tous les jours pour que tu ne t'ennuies pas entre ces quatre murs blancs.
— Avec plaisir. Vous êtes tous les bienvenus.
— Tes parents sont là. Je vais les accueillir, annonce Samuel en consultant son téléphone.
— D'accord. Dis-leur surtout que ça va mieux, qu'ils ne viennent pas en courant jusqu'à ma chambre, ajoute Olivier avec un sourire accroché aux lèvres.
Ce qui nous fait tous rire.
Évidemment, des parents s'inquiètent toujours à l'excès, surtout lorsqu'il s'agit de leur fils unique. C'est normal.
Le soir venu, ses parents arrivent à leur tour. Ils sont logés dans un hôtel pour environ deux semaines.
Nous avons passé toute la journée dans cette chambre. Peu à peu, tout le monde rentre... sauf moi.
Assise sur le lit d'Olivier, nous parlons de tout et de rien, de bêtises drôles et enfantines.
Je remarque que notre complicité refait surface, et cela ne me dérange pas. Je ne veux plus l'ignorer comme je l'ai fait ces derniers jours.
Olivier est mon ami. Il compte énormément pour moi. Je ne veux plus que cette histoire désordonne notre amitié.
Son regard ne ment pas. Il m'aime, et il ne s'en cache pas. Comme s'il espérait que je l'aime de la même manière.
Je sais qu'il fait semblant d'éviter le sujet, cloué sur ce lit d'hôpital, et qu'une fois debout, il me le déclarera encore et encore.
Olivier a commis une grave erreur : tomber amoureux de moi.
Il ne fallait pas.
Car, dans ma conception, l'amour est une stupidité. Une véritable stupidité qui accable l'univers.
L'humain est rempli d'une naïveté dangereuse, ignorante, qui le fait souffrir jour et nuit, priant Dieu de se manifester... alors qu'Il s'est déjà manifesté en lui offrant gratuitement le souffle de vie.

Amour en philosophie ( Fin )Des histoires addictives. Découvrez maintenant